Écologie · Paroles
Cinq punchlines d’Aurélien Barrau pour prendre du recul sur l’écologie
Astrophysicien et philosophe, Aurélien Barrau pratique une écologie qui refuse les demi-mesures et les formules rassurantes. On peut discuter ses conclusions. On peut difficilement écarter la gêne que provoquent ses questions.
L’essentiel
- Cinq extraits d’interventions publiques d’Aurélien Barrau, choisis pour leur capacité à déranger les évidences.
- Le fil conducteur : nous employons les mots croissance, progrès et écologique sans en interroger le contenu.
- Ces propos n’engagent que leur auteur ; nous les reproduisons parce qu’ils obligent à préciser sa propre position.
Pourquoi reproduire ces phrases
Aurélien Barrau est astrophysicien, directeur de recherche au CNRS, et philosophe.1 Ses prises de position sur la crise environnementale sont tranchées, parfois brutales, souvent contestées — y compris par des scientifiques qui partagent son diagnostic mais pas sa méthode.
Nous ne les reprenons pas pour les approuver en bloc. Nous les reprenons parce qu’elles ont une vertu rare dans ce débat : elles obligent à préciser sa propre position. On peut être en désaccord complet avec Barrau, mais difficilement en désaccord vague.
Cinq phrases, cinq gênes
1. Sur le mot « croissance »
Tant que vous appellerez la croissance le fait de raser un espace gorgé de vie pour le remplacer par une plateforme commerciale neutre en carbone, nous n’aurons pas commencé à réfléchir sérieusement.Aurélien Barrau
Le point n’est pas anecdotique. La neutralité carbone est devenue le critère unique, au point d’éclipser la destruction du vivant, qui n’entre dans aucun bilan comptable.
2. Sur le mot « progrès »
Tant que vous nommerez « progrès » la mise en place d’une nouvelle offre de téléphonie mobile qui ne répond à aucun besoin, mais dont les conséquences délétères sont avérées, nous n’aurons pas commencé à réfléchir sérieusement.Aurélien Barrau
La question posée est celle de la direction du progrès technique, et non de son rythme. Elle est rarement posée ainsi.
3. Sur la voiture « écologique »
C’est un monde où l’on tente de faire croire qu’une automobile de deux tonnes qui possède une batterie de cinq cents kilos est un objet écologique. Je reconnais que c’est un peu gros, mais certains sont dupes.Aurélien Barrau
Le reproche vise moins le véhicule électrique en lui-même que le glissement sémantique qui transforme « moins émetteur à l’usage » en « écologique ».
4. Sur l’exemplarité européenne
Nous n’avons pas encore compris que nous ne sommes pas la solution, nous sommes le problème : ce sont nos valeurs et nos manières d’être qui mènent à ce que l’ONU qualifie de menace existentielle directe. Et nous en sommes encore à pérorer de notre exemplarité.Aurélien Barrau
C’est sans doute la formule la plus contestable — et la plus intéressante à contester. L’Europe a réduit ses émissions territoriales ; elle a aussi délocalisé une part de sa production. Les deux affirmations sont vraies simultanément.
5. Sur ce que nous avons déjà perdu
Depuis le début de l’agriculture, une grande partie des forêts a disparu. Les sceptiques qui disent que ce n’est pas grave ne se trompent pas seulement sur l’avenir : ils n’ont pas encore commencé à comprendre le passé.Aurélien Barrau
L’argument est historique avant d’être écologique. Il rappelle que le point de référence à partir duquel nous jugeons l’état de la nature est déjà, lui-même, un état dégradé.2
Le désaccord utile
Notre ligne, sur ce site, n’est pas celle de la décroissance. Nous défendons la réindustrialisation, l’énergie pilotable et décarbonée, l’investissement productif. Sur plusieurs points, nous sommes en désaccord franc avec Aurélien Barrau.
Mais il y a une chose qu’il fait mieux que la plupart des participants à ce débat : il refuse les mots creux. « Croissance verte », « progrès », « écologique » — ces termes servent trop souvent à éviter la discussion plutôt qu’à la mener.
On peut refuser ses réponses. On ne peut pas se contenter de les ignorer sans avoir formulé les siennes.
C’est à cela que servent ces cinq phrases : non pas à convaincre, mais à obliger chacun — nous compris — à dire ce qu’il entend précisément par les mots qu’il emploie.
Pour aller plus loin
Notes
- Aurélien Barrau est astrophysicien, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Université Grenoble-Alpes, spécialiste de cosmologie et de physique des trous noirs. Il est également l’auteur de plusieurs essais philosophiques sur la crise écologique. ↩
- Le phénomène est connu des écologues sous le nom de shifting baseline syndrome : chaque génération prend pour état normal de la nature celui qu’elle a connu dans son enfance, et ne perçoit donc qu’une fraction de la dégradation cumulée. ↩
Références vérifiées
- Interventions publiques et conférences d’Aurélien Barrau, 2019-2025. Les citations sont reproduites à des fins de commentaire et d’analyse, avec attribution à leur auteur.
- Une des sources vidéo de cette sélection : youtu.be/7Ztx4IOO3IE.
- GIEC et IPBES — rapports d’évaluation sur le climat et sur la biodiversité.
Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

