9,8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté en France : qui sont-elles ?

Pauvreté · France et Europe

9,8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté : qui sont-elles ?

Le chiffre circule beaucoup, la composition presque jamais. Derrière les 9,8 millions de Français vivant sous le seuil de pauvreté, on trouve trois millions d’enfants, deux millions et demi de personnes qui travaillent, et une surexposition massive des indépendants. Ces détails changent complètement les politiques à mener.

Élysée Conseils · Note d’analyse · 15 novembre 2025

L’essentiel

  • En France, 15,4 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit environ 9,8 millions de personnes.1
  • Un tiers d’entre elles sont des enfants : 3,1 millions de mineurs, avec un taux de pauvreté de 21,9 %.
  • 2,4 millions de travailleurs pauvres : avoir un emploi ne met pas à l’abri.
  • Les indépendants sont trois fois plus exposés que les salariés — 19,2 % contre 6,6 %.
  • Les retraités sont relativement protégés : 11,1 %, soit moins que la moyenne nationale.
Partie I

Qui sont les 9,8 millions

On débat du chiffre global. On ne regarde presque jamais sa composition — c’est pourtant là que se trouvent les leviers.

Répartition selon le statut d’activité, France métropolitaine, 2023
Catégorie Taux Personnes Part
Actifs occupés 8,0 % 2,4 M 24 %
— dont salariés 6,6 % 1,6 M 16 %
— dont indépendants 19,2 % 0,8 M 8 %
Inactifs non retraités 36,8 % 3,2 M 33 %
— dont chômeurs 36,1 % 0,8 M 8 %
— dont autres inactifs 37,3 % 2,4 M 25 %
Retraités 11,1 % 1,8 M 18 %
Enfants (moins de 18 ans) 21,9 % 3,1 M 32 %

Trois enseignements se dégagent immédiatement de ce tableau, et aucun des trois n’occupe la place qu’il mériterait dans le débat public.

3,1 M

enfants pauvres. Près d’un tiers des personnes sous le seuil de pauvreté ont moins de dix-huit ans, avec un taux de 21,9 % — bien au-dessus de la moyenne nationale.

Les familles monoparentales sont les plus exposées : 34,3 %

Partie II

Les trois angles morts

1. Travailler ne protège pas

2,4 millions de personnes occupent un emploi et vivent malgré tout sous le seuil de pauvreté. C’est 24 % de l’ensemble des personnes pauvres. Le temps partiel subi, les carrières hachées et la composition du foyer — un salaire pour plusieurs personnes à charge — expliquent l’essentiel de ce phénomène.

Cela invalide une idée reçue tenace : le retour à l’emploi n’est pas, en soi, une politique de lutte contre la pauvreté. C’est une condition souvent nécessaire, jamais suffisante.

2. Les indépendants sont massivement exposés

L’image dominante

L’indépendant est un entrepreneur qui a choisi son autonomie et en tire un revenu supérieur au salariat.

Ce que disent les chiffres

Le taux de pauvreté des indépendants atteint 19,2 %, soit près de trois fois celui des salariés (6,6 %).

Derrière la catégorie « indépendant » se cachent des réalités sans commune mesure : le consultant bien rémunéré et le livreur en micro-entreprise relèvent du même statut juridique et du même régime social. Le second n’a ni chômage, ni garantie de revenu, ni véritable protection en cas d’arrêt.

3. Les retraités ne sont pas la priorité

Avec un taux de 11,1 %, les retraités sont moins touchés que la moyenne nationale, grâce à la revalorisation des pensions et au minimum vieillesse. Cela ne signifie pas que la pauvreté des personnes âgées n’existe pas — elle concerne 1,8 million de personnes — mais qu’elle est, relativement, mieux contenue que celle des enfants ou des inactifs.

Nous consacrons l’essentiel du débat sur la pauvreté aux retraités, qui sont la catégorie la mieux protégée, et presque rien aux enfants, qui sont la plus touchée.

Partie III

La France dans l’Europe : ni exemplaire, ni catastrophique

Rapportée à ses voisins, la France se situe légèrement sous la moyenne européenne de risque de pauvreté, qui s’établit autour de 16,2 %.2

Taux de risque de pauvreté, sélection de pays de l’UE
Pays Taux Seuil annuel
République tchèque 9,5 % n.d.
Belgique 11,5 % 17 398 €
Danemark 11,6 % 20 342 €
Pays-Bas 12,1 % 18 494 €
Autriche 14,3 % 18 866 €
Allemagne 15,5 % 15 764 €
France 15,9 % 14 507 €
Moyenne UE-27 16,2 % 12 210 €
Luxembourg 18,1 % 28 582 €
Italie 18,9 % 11 891 €
Espagne 19,7 % 10 990 €
Bulgarie 21,7 % 3 914 €

Deux précautions de lecture s’imposent. D’abord, le seuil varie du simple au sept entre la Bulgarie et le Luxembourg : ces taux ne mesurent pas le même dénuement matériel. Ensuite, le Luxembourg affiche un taux supérieur à la France tout en étant nettement plus riche — parce que l’indicateur mesure une dispersion des revenus, pas une privation absolue.3

La conclusion utile n’est donc pas un classement. C’est que la France protège correctement ses retraités, moyennement ses salariés, et mal ses enfants et ses indépendants. C’est là que devraient porter les efforts.

Notes

  1. Insee, Niveau de vie et pauvreté en 2023 (revenus fiscaux et sociaux). Le seuil de pauvreté monétaire est fixé à 60 % du niveau de vie médian, soit environ 1 288 € par mois pour une personne seule.
  2. Les comparaisons européennes reposent sur l’enquête Eurostat EU-SILC, dont la méthodologie diffère légèrement de celle de l’Insee. C’est pourquoi la France apparaît à 15,4 % dans les publications nationales et à 15,9 % dans les séries européennes : il s’agit du même phénomène mesuré selon deux conventions. L’écart n’est pas une contradiction.
  3. Ce paradoxe luxembourgeois est développé dans notre note consacrée à la comparaison France-Luxembourg : un seuil de pauvreté presque double du nôtre, et pourtant un taux de pauvreté supérieur.

Références vérifiées

Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

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