Climat · Technologies
Captage du CO₂ : ce que dit vraiment le rapport de l’AIE
Le captage et le stockage du carbone sont régulièrement présentés comme un élément clé de la lutte contre le changement climatique. Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie invite à la prudence — et livre un ordre de grandeur qui devrait clore bien des débats.
L’essentiel
- Capter les émissions de CO₂ de l’ensemble des secteurs économiques mobiliserait environ 2,5 fois la demande mondiale actuelle d’électricité.1
- Le coût du captage est estimé autour de 100 dollars par tonne de CO₂.
- Le CCUS n’est donc pas une solution de substitution à la réduction des émissions : c’est un complément, réservé à des usages ciblés.
- Son usage pertinent : les émissions incompressibles de l’industrie lourde — ciment, chaux, certains procédés chimiques.
L’énergie qu’il faudrait pour capter
L’Agence internationale de l’énergie a publié le 26 septembre 2023 un rapport détaillé sur les technologies de captage, stockage et utilisation du CO₂. Il met en lumière les défis techniques, économiques et environnementaux associés.
Pour capter les émissions de CO₂ de l’ensemble des secteurs économiques, il faudrait mobiliser environ deux fois et demie la demande mondiale actuelle d’électricité.
AIE, rapport sur le CCUS, septembre 2023
Ce chiffre doit être lu correctement, car il est souvent mal employé.1 Il ne dit pas que le captage est inutile. Il dit qu’il ne peut pas être une solution générale : l’énergie nécessaire pour capter tout le CO₂ excède très largement ce que nous produisons — et cette énergie devrait elle-même être décarbonée, sous peine d’absurdité.
Environ cent dollars la tonne
Le second obstacle est économique. Le captage est estimé autour de 100 dollars par tonne de CO₂. Rapporté aux dizaines de milliards de tonnes émises chaque année dans le monde, l’ordre de grandeur de la facture parle de lui-même.
La promesse implicite
Nous pourrons continuer à émettre, puisque nous saurons capter. La technologie nous dispensera de changer.
Ce que montre le rapport
Le captage coûte cher et consomme massivement de l’énergie. Chaque tonne évitée à la source reste incomparablement moins coûteuse qu’une tonne captée.
Un outil ciblé, pas une dispense
Faut-il pour autant écarter le CCUS ? Non — et ce serait une erreur symétrique.
Il existe des émissions qu’aucune substitution énergétique ne supprime : celles qui proviennent du procédé lui-même. La décarbonatation du calcaire dans la production de ciment et de chaux en est l’exemple canonique : le CO₂ y est libéré par la réaction chimique, indépendamment de la source de chaleur employée.
C’est là — et essentiellement là — que le captage trouve sa justification économique et physique.
Le captage n’est pas une alternative à la réduction des émissions. C’est ce qu’on emploie une fois qu’on a réduit tout ce qui pouvait l’être.
La distinction est décisive pour la politique publique. Financer le CCUS sur des usages où une électrification est possible revient à subventionner le maintien du fossile. Le financer sur les émissions de procédé, c’est traiter le résidu que rien d’autre ne traitera.
Pour aller plus loin
Notes
- Ce chiffre est une borne théorique, calculée en supposant que l’on capterait la totalité des émissions de tous les secteurs. Il ne correspond à aucun scénario réellement envisagé : il sert à établir que le captage ne peut pas être universel. Les scénarios de l’AIE réservent le CCUS à une fraction limitée des émissions, principalement industrielles. ↩
Références vérifiées
- Agence internationale de l’énergie — rapport sur les technologies de captage, stockage et utilisation du carbone (CCUS), 26 septembre 2023.
- GIEC — sixième rapport d’évaluation, groupe de travail III, chapitre sur l’élimination du dioxyde de carbone.
Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

