De la lucidité à la renaissance économique

Économie · Programme 2027

De la lucidité à la renaissance économique

Croissance de 0,9 % en 2025, 0,2 % au dernier trimestre, et surtout 0,5 % par habitant : les chiffres ne sont pas une fatalité, ils sont un signal d’alarme salvateur. Pour la première fois, le voile se déchire sur une réalité longtemps masquée par 57 points de PIB de dépense publique.

Élysée Conseils · Philippe Agnelli · 2 février 2026

L’essentiel

  • Croissance 0,9 % en 2025, mais seulement 0,5 % par habitant — d’où le décalage entre les chiffres et le ressenti.1
  • Le PIB par habitant des États-Unis dépasse désormais le nôtre d’environ 25 %.
  • L’anesthésie budgétaire touche à sa fin : la dépense publique ne masque plus l’appauvrissement relatif.
  • Objectif central : porter le taux d’emploi des seniors à 75 %, standard scandinave.2
  • Basculer massivement de la consommation vers l’investissement productif : R&D, industrie, énergie.
Partie I

Le miroir de la stagnation

La France sort de vingt ans où sa croissance a stagné autour de 1 %. Ce rythme semblait acceptable car aligné sur la zone euro. Les chiffres récents montrent une érosion qu’on ne peut plus ignorer.

La croissance en trompe-l’œil
Indicateur Valeur
Croissance 2025 0,9 %
Croissance par habitant 0,5 %
Quatrième trimestre 2025 0,2 %
Dépense publique ≈ 57 points de PIB

C’est la deuxième ligne qui compte. La croissance par habitant n’est que de 0,5 % : voilà pourquoi les Français ressentent une stagnation de leur niveau de vie malgré les discours officiels. Ils n’ont pas tort — l’indicateur qui les concerne est bien celui-là.

Le décrochage international est tout aussi net. Les Français constatent l’écart avec des voisins dynamiques comme la Pologne, et face aux États-Unis, dont le PIB par habitant dépasse désormais le nôtre d’environ 25 %.

Partie II

La fin de l’anesthésie par la dette

Longtemps, des choix politiques à visée électorale ont été masqués par une anesthésie budgétaire : on compensait l’absence de croissance par de la dépense financée à crédit. Le mécanisme atteint sa limite.

Le mirage

Une dépense publique élevée compense la faiblesse de la création de richesse, et le niveau de vie est préservé.

La réalité

L’appauvrissement relatif n’est plus une théorie : c’est un fait statistique. Et la dépense ne peut plus le masquer, faute de capacité d’emprunt.

Mais le réveil des citoyens change la donne. Loin de produire du défaitisme, cette prise de conscience est le moteur d’une volonté de changement inédite. Les électeurs sont désormais prêts à entendre un discours de vérité et à fournir des efforts — pourvu qu’ils s’inscrivent dans un projet transparent et cohérent.

C’est là toute la condition. On ne demande pas d’efforts sans dire à quoi ils servent, ni sans montrer que la charge est équitablement répartie.

Partie III

Investir pour ne pas périr

L’enjeu tient en une bascule : passer de la consommation à l’investissement productif. Recherche, industrie, transition énergétique.

Cela suppose de sortir de l’illusion du « travailler moins ». Non par idéologie de l’effort, mais par arithmétique : une population qui travaille moins d’heures sur une vie plus courte produit moins de richesse à répartir — et finance moins bien le modèle social auquel elle tient.

Produire plus n’est pas l’inverse de protéger mieux. C’est la condition de pouvoir continuer à protéger.

Partie IV

Dix propositions

Le programme économique

  1. Pacte pour le travail et l’expérience. Aligner le taux d’emploi des seniors sur le standard scandinave de 75 %, par la valorisation de l’expérience, l’accès massif à la formation continue et une refonte des fins de carrière.
  2. Choc d’investissement stratégique. Réallouer 2 à 3 points de PIB des frais de fonctionnement publics vers trois piliers : recherche et développement, transition énergétique, défense.
  3. Renaissance de la France productive. Baisser drastiquement les impôts de production pour recréer un tissu dense de PME industrielles, sur le modèle de l’Italie du Nord.
  4. Contrat de transparence publique. Une règle budgétaire privilégiant l’investissement sur le fonctionnement, chaque euro public étant évalué à l’aune de son impact sur la richesse par habitant.
  5. Priorité à la jeunesse et à l’apprentissage. Généraliser l’apprentissage précoce et orienter l’enseignement supérieur vers les métiers de la technologie, de l’énergie et de l’industrie.
  6. Choc de productivité par l’innovation. Orienter les investissements vers la robotisation, l’intelligence artificielle et l’automatisation, pour une croissance intensive.
  7. Plan « Épargne Innovation ». Créer des dispositifs d’épargne longue et des fonds de pension à la française pour flécher l’épargne des ménages vers le capital-risque national et les entreprises stratégiques.3
  8. Arbitrage intergénérationnel. Stabiliser la part des dépenses liées au passé pour réallouer chaque euro économisé vers l’éducation, la formation et les universités.
  9. Accélération de l’entrée dans la vie active. Généraliser l’apprentissage dès 16 ans et simplifier les ponts entre école et entreprise, pour supprimer les années de stagnation post-diplôme.
  10. Souveraineté énergétique et industrielle. Un plan décennal fondé sur le pragmatisme — nucléaire et énergies décarbonées — pour offrir à nos industries l’énergie la moins chère d’Europe.

Ces dix mesures ne sont pas un catalogue : elles forment un système. L’emploi des seniors finance l’investissement ; l’investissement produit la croissance ; la croissance finance la protection sociale. Retirer un maillon fait tomber les autres.

La France dispose de tous les atouts pour transformer ce moment de tension en un saut de prospérité. Encore faut-il le courage de la lucidité.

Notes

  1. Données INSEE pour l’année 2025. L’écart entre croissance globale et croissance par habitant s’explique par l’évolution démographique : à croissance égale, une population qui augmente répartit la richesse créée sur davantage de personnes.
  2. Le taux d’emploi des 55-64 ans en France demeure sensiblement inférieur à celui des pays nordiques et de l’Allemagne. Cet écart constitue, avec la durée effective de la vie active, l’un des principaux gisements de croissance potentielle identifiés par les organisations internationales.
  3. Ce point rejoint notre note sur la Bourse de Paris et le financement de l’économie productive : l’épargne française est abondante mais insuffisamment orientée vers le capital des entreprises nationales.

Références vérifiées

  • INSEE — comptes nationaux trimestriels et annuels, croissance 2025.
  • OCDE — comparaisons de PIB par habitant et de taux d’emploi des seniors.
  • FIPECO — niveau et structure de la dépense publique française.
  • Banque de France — analyses sur l’orientation de l’épargne des ménages.

Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

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