Nucléaire · Souveraineté
La France brille à nouveau — n’oublions pas nos rendez-vous manqués
Avec le tokamak WEST, la France a pulvérisé le record mondial de durée de plasma. Une prouesse qui confirme notre place au cœur de la recherche sur la fusion. Elle ne doit pas faire oublier un quart de siècle d’errances politiques — à commencer par Superphénix.
L’essentiel
- Le tokamak WEST, au CEA de Cadarache, a maintenu un plasma pendant 1 337 secondes — plus de 22 minutes.1
- C’est 25 % de mieux que le précédent record, détenu par le tokamak chinois EAST.
- Ce n’est pas un hasard si ITER s’est implanté en France : c’est la reconnaissance d’une expertise unique.
- Mais la fusion ne sera pas une réalité industrielle avant des décennies. La quatrième génération de fission, elle, était à portée de main.2
- Superphénix a été sacrifié pour des raisons électoralistes.
Un record mondial, en France
Le tokamak WEST, opéré au centre CEA de Cadarache, a maintenu un plasma pendant 1 337 secondes — soit plus de vingt-deux minutes, à des températures atteignant 50 millions de degrés.
l’amélioration du précédent record mondial de durée de plasma, détenu par le tokamak chinois EAST.
CEA Cadarache — plasma de 1 337 secondes
Cette avancée démontre que la maîtrise des plasmas sur de longues durées est devenue nettement plus mature — ce qui laisse espérer que des plasmas de fusion pourront être stabilisés durablement dans des machines comme ITER.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le projet international ITER a choisi le sol français : c’est la reconnaissance explicite d’une expertise reconnue mondialement.
Vingt-cinq ans d’errances
Ce succès ne doit pas masquer un quart de siècle de décisions politiques qui ont saboté des fleurons — Superphénix au premier chef.
Ce réacteur à neutrons rapides relevait de la quatrième génération, celle qui permet de recycler le combustible plutôt que de l’enfouir. Ses promesses étaient considérables : une sûreté renforcée par conception, une autonomie énergétique de très longue durée grâce à la valorisation de l’uranium appauvri déjà stocké sur le territoire, et une souveraineté totale.2
Ce qu’on a arrêté
Une filière de fission de quatrième génération, industriellement engagée, capable de valoriser des stocks de combustible déjà présents en France.
Ce sur quoi on mise
La fusion — remarquable scientifiquement, mais dont la disponibilité industrielle se compte encore en décennies.
En sacrifiant cette filière, nous avons freiné notre indépendance. La fusion est l’avenir ; elle n’est pas le présent.
L’urgence climatique impose de développer les renouvelables — c’est une certitude. Mais cela ne doit pas se faire au détriment d’un nucléaire fiable, souverain et de pointe.
Réinvestir massivement dans notre génie nucléaire n’est pas une option. C’est une nécessité pour notre économie et pour notre liberté énergétique.
Pour aller plus loin
Notes
- Record établi le 12 février 2025 sur le tokamak WEST, au centre CEA de Cadarache : plasma maintenu 1 337 secondes, soit environ 22 minutes, à des températures de l’ordre de 50 millions de degrés. Le précédent record était détenu par le tokamak chinois EAST. ↩
- Les estimations d’autonomie énergétique permises par la filière à neutrons rapides varient très fortement selon les hypothèses retenues — taux de régénération, disponibilité des stocks d’uranium appauvri, cadence de retraitement. Les ordres de grandeur avancés vont de plusieurs siècles à plusieurs millénaires. Le principe est solide, la précision du chiffre ne l’est pas ; nous préférons donc parler d’autonomie de très longue durée. De même, la « sûreté renforcée » de la quatrième génération tient à des principes de conception, non à un facteur chiffrable simplement. ↩
Références vérifiées
- CEA — « Fusion nucléaire : le tokamak WEST bat le record mondial de durée de plasma ».
- CEA Cadarache — communiqué du centre.
- ITER Organization — implantation et calendrier du projet.
- Rapports parlementaires et de la Cour des comptes sur l’arrêt de Superphénix et la filière à neutrons rapides.
Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

