La démocratie participative oubliée

La démocratie participative oubliée

Démocratie · Participation citoyenne

La démocratie participative oubliée

Nous parlons sans cesse de la crise de la démocratie représentative. Beaucoup plus rarement des outils — pourtant nombreux, gratuits et déjà en service — qui permettraient d’y remédier. Ils existent. Personne ne les connaît.

Élysée Conseils · Note d’analyse · 3 octobre 2025

L’essentiel

  • La plateforme de pétitions de l’Assemblée nationale a démontré sa puissance : 2,1 millions de signatures contre la loi Duplomb, et un débat parlementaire à la clé.1
  • La Cour des comptes dispose d’une plateforme participative ouverte aux propositions citoyennes.2
  • L’application gouvernementale Agora posait chaque semaine à un ministre une question choisie par les internautes. Participation dérisoire.
  • Le problème n’est pas l’outil, ni l’appétence des citoyens. C’est l’absence totale de relais.
Le constat

Des outils qui fonctionnent — quand on en entend parler

L’été 2025 a fourni la démonstration que tout le monde attendait : quand un dispositif participatif devient visible, les Français s’en emparent massivement.

La pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale contre la loi Duplomb a recueilli plus de deux millions de signatures, un record historique pour cette plateforme.1 Elle a franchi le seuil des 500 000 signatures qui ouvre la voie à un débat parlementaire — une première.

Or combien de Français connaissaient l’existence de ce site avant cet épisode ? Il fonctionnait depuis des années, dans un silence quasi complet.

2 131 368

signatures recueillies. Une plateforme que presque personne ne connaissait quelques semaines plus tôt.

Pétition contre la loi Duplomb, plateforme de l’Assemblée nationale, juillet-décembre 2025

Le même schéma se répète ailleurs. La Cour des comptes dispose d’une plateforme de participation citoyenne2 qui lance périodiquement des appels à propositions. Qui en a entendu parler ? Quel média, quel responsable public en a fait la promotion ?

Le gouvernement avait pourtant tenté l’expérience avec l’application Agora : chaque semaine, une question plébiscitée par les internautes était posée à un ministre, qui s’engageait à y répondre. L’idée était simple, le dispositif accessible. Le taux de participation fut dérisoire.

L’explication

Ce n’est pas un problème d’outil

L’explication commode

Les Français se désintéressent de la vie publique ; ils préfèrent râler que participer.

Ce que montre la loi Duplomb

Dès qu’un dispositif devient visible, la mobilisation est massive et immédiate. Le déficit n’est pas civique, il est informationnel.

Pourquoi ces plateformes restent-elles désertes ? Parce qu’on n’en parle pas. Parce qu’aucune information n’est relayée vers le grand public.

Imaginons qu’à la fin du journal télévisé, sur les chaînes publiques, une voix annonce : « Cette semaine, la Cour des comptes sollicite vos propositions, rendez-vous sur… ». Trente secondes d’antenne. N’aurions-nous pas alors une démocratie participative plus vivante, et surtout plus crédible ?

Le service public audiovisuel a des obligations de mission. Informer les citoyens de l’existence des canaux par lesquels ils peuvent s’exprimer en fait assurément partie.

La position

Ni démocratie directe permanente, ni statu quo

Que les choses soient claires : il ne s’agit pas de plaider pour une démocratie directe où chaque citoyen voterait sur tout et n’importe quoi. Nous avons une démocratie représentative, avec ses forces et ses limites, et elle demeure le cadre.

Mais pourquoi refuser aux citoyens des canaux d’expression plus visibles, mieux utilisés, davantage valorisés ? Ces outils ne retirent rien au Parlement. Ils l’éclairent.

Trois mesures immédiates, à coût quasi nul

  1. Un rendez-vous hebdomadaire sur le service public. Trente secondes en fin de journal pour annoncer les consultations ouvertes de la semaine.
  2. Un point d’entrée unique. Un portail rassemblant pétitions parlementaires, consultations de la Cour des comptes, enquêtes publiques et consultations ministérielles — aujourd’hui éparpillées sur des dizaines de sites.
  3. Une obligation de retour. Toute consultation doit donner lieu à une réponse publique motivée. Sans retour, la participation devient une formalité décourageante.

Ne vaudrait-il pas mieux investir une heure par semaine dans le débat éclairé, plutôt que dans les querelles sans fin des réseaux sociaux — où l’on se divise sans s’écouter, et sans jamais creuser les sujets ?

La question vous est posée. Et cette fois, vous savez où aller y répondre.

Notes

  1. Pétition « Non à la loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective », déposée le 10 juillet 2025 sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Elle a dépassé les deux millions de signatures le 28 juillet et totalisait 2 131 368 signatures à la clôture, le 2 décembre 2025. Première pétition de la plateforme à franchir le seuil des 500 000 signatures ouvrant droit à un débat, celui-ci s’est tenu le 11 février. La loi Duplomb autorisait la réintroduction temporaire de l’acétamipride, un pesticide néonicotinoïde.
  2. Plateforme de participation citoyenne de la Cour des comptes : participationcitoyenne.ccomptes.fr. (Une version antérieure de ce texte évoquait une « pétition contre la loi Dupond-Moretti » : il s’agissait en réalité de la loi Duplomb.)

Références vérifiées

Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *