TALIS 2024 : la France dernière de l’OCDE pour la reconnaissance des enseignants

TALIS 2024 : la France dernière de l’OCDE pour la reconnaissance des enseignants

Éducation · Enquête TALIS 2024

Dernière de l’OCDE : ce que TALIS 2024 dit de nos enseignants

Quatre pour cent. C’est la proportion d’enseignants français qui estiment leur métier valorisé par la société, contre vingt-deux pour cent en moyenne dans l’OCDE. Dernière place. L’enquête TALIS 2024 révèle une crise silencieuse — et pourtant, neuf enseignants sur dix se disent heureux quand ils enseignent.

Élysée Conseils · Note d’analyse · 7 octobre 2025

L’essentiel

  • 4 % des enseignants français jugent leur métier valorisé dans la société, contre 22 % dans l’OCDE : dernière place.1
  • 4 % seulement pensent que les décideurs politiques tiennent compte de leur avis (OCDE : 16 %).
  • Formation continue jugée utile par 35 % d’entre eux, contre 55 % dans l’OCDE.
  • Retard numérique massif : 14 % ont utilisé l’intelligence artificielle dans leur travail, contre 36 % dans l’OCDE.
  • Mais neuf sur dix se déclarent souvent heureux en enseignant : le malaise vient de l’institution, pas du métier.2
Le constat

Le paradoxe central

Les enseignants français aiment enseigner. Ils ne supportent plus la manière dont on les gouverne.

C’est le résultat le plus frappant de l’enquête TALIS 2024 de l’OCDE, et celui qu’on a le moins commenté. D’un côté, la France occupe la dernière place de l’OCDE pour la valorisation sociale du métier. De l’autre, neuf enseignants sur dix déclarent se sentir souvent heureux lorsqu’ils enseignent.2

4 %

des enseignants français estiment que leur profession est valorisée dans la société. La moyenne de l’OCDE est de 22 %.

OCDE, enquête TALIS 2024 — note pays France

Ce grand écart désigne précisément le problème. Ce n’est pas la classe qui décourage : c’est tout ce qui l’entoure. La hiérarchie, la charge administrative, l’absence d’écoute, l’instabilité des consignes.

Nos enseignants ne se sentent ni écoutés, ni reconnus, ni considérés. Ils continuent pourtant d’aimer leur métier. C’est notre dernière chance de redresser la situation.

Le détail

Sept faiblesses structurelles

1. Une formation initiale et continue en deçà des standards

Seuls 53 % des jeunes enseignants jugent la qualité de leur formation initiale « bonne », contre 75 % dans l’OCDE. Pour la formation continue, 35 % seulement estiment qu’elle a eu un impact positif sur leur enseignement, contre 55 %. Les freins invoqués sont concrets : manque de temps, horaires incompatibles, offre peu pertinente.

2. Un retard technologique préoccupant

Usage du numérique et de l’IA
Indicateur France OCDE
Enseignement hybride ou en ligne dans le mois 8 % 16 %
Utilisation de l’intelligence artificielle 14 % 36 %
Se disent sans les compétences nécessaires 79 % 75 %
Évoquent un manque d’infrastructure 50 % 37 %

Le diagnostic est sévère mais difficile à contester : un système éducatif encore largement ancré dans le XXe siècle, au moment précis où l’IA entre dans toutes les salles de classe — par la porte des élèves, faute d’être entrée par celle des professeurs.

3. Des conditions de travail sous tension

62 % des enseignants se disent stressés par les changements incessants imposés d’en haut, 58 % par la charge administrative. Le temps consacré à la discipline atteint 18 % du temps scolaire, contre 15 % dans l’OCDE. Le stress affecte « beaucoup » la santé mentale de 13 % d’entre eux.

4. Une insatisfaction salariale marquée

Seuls 27 % se déclarent satisfaits de leur salaire, contre 39 % dans l’OCDE. Plus inquiétant : la satisfaction relative aux conditions d’emploi hors salaire a chuté de 21 points depuis 2018. Ce n’est donc pas qu’une question d’argent.

5. Isolement professionnel

À peine 4 % pensent que les décideurs politiques prennent en compte leurs opinions (OCDE : 16 %). La collaboration entre pairs reste très faible : 20 % travaillent en coordination sur les évaluations, et 3 à 4 % seulement enseignent régulièrement en équipe.

6. Une diversité subie plutôt qu’accompagnée

74 % des enseignants français exercent dans des écoles comptant plus de 10 % d’élèves à besoins particuliers — contre 46 % dans l’OCDE. Mais seuls 53 % estiment pouvoir adapter leur enseignement à ces élèves (OCDE : 62 %). La France accueille les publics les plus hétérogènes d’Europe et forme le moins ses enseignants à cette réalité.

7. Une désaffection qui s’accélère

14 % des enseignants de moins de 30 ans prévoient de quitter le métier d’ici cinq ans. Le chiffre reste inférieur à la moyenne de l’OCDE (20 %), mais il a doublé depuis 2018. Et seuls 53 % des nouveaux enseignants ont choisi ce métier par vocation, contre 58 %.

Ce qu’il faut faire

Rendre des marges de manœuvre

Partout ailleurs, l’autonomie accordée aux enseignants a produit des effets mesurables : hausse du bien-être professionnel, amélioration des résultats des élèves, plus grande agilité des établissements.

En France, nous persistons à tout régenter depuis le sommet, jusqu’à étouffer les initiatives locales et la créativité pédagogique. Les enseignants ne sont pas des exécutants. Ce sont des professionnels de la transmission.

Quatre leviers

  1. De l’autonomie dans la classe, pour adapter les méthodes aux élèves réellement présents plutôt qu’aux élèves théoriques d’une circulaire.
  2. De l’autonomie dans l’établissement, pour bâtir des projets éducatifs qui engagent une équipe plutôt qu’une addition d’individus isolés.
  3. Une revalorisation salariale adossée à un allègement administratif. L’un sans l’autre ne suffira pas : la charge administrative française est parmi les plus lourdes de l’OCDE.
  4. Une refonte de la formation, initiale comme continue, avec une priorité explicite sur le numérique, l’IA et la gestion de l’hétérogénéité — les trois retards les plus documentés.

Les cerveaux de nos enfants sont la richesse de notre société future. Il est vital de les accompagner avec exigence, confiance et respect.

TALIS 2024 nous dit une chose simple : la vocation est encore là. Elle ne le restera pas indéfiniment.

Notes

  1. OCDE, Résultats de TALIS 2024 : où en est l’enseignement ?, publié en octobre 2025. TALIS (Teaching and Learning International Survey) interroge les enseignants et chefs d’établissement dans une cinquantaine de systèmes éducatifs. La France y occupe la dernière place pour la valorisation sociale perçue du métier.
  2. Ce résultat, moins commenté que les autres, figure dans la note pays France : au collège comme à l’école élémentaire, neuf enseignants sur dix déclarent se sentir souvent heureux lorsqu’ils enseignent. Le contraste avec les 4 % de reconnaissance sociale perçue est l’enseignement central de l’enquête.

Références vérifiées

Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

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