L’énergie n’est pas un intrant parmi tant d’autres

L’énergie n’est pas un intrant parmi tant d’autres

C’est le fondement même de notre civilisation

Analyse critique de la place de l’énergie dans la théorie économique

D’après les travaux de Nate Hagens

The Great Simplification — Frankly #99

« The 10 Core Myths Still Taught in Business Schools »

Enregistré le 9 juin 2025 — Publié le 20 juin 2025

Rédaction et synthèse : Philippe Agnelli

Avril 2026

Introduction : pourquoi cet article

En juin 2025, Nate Hagens, directeur de l’Institute for the Study of Energy and Our Future (ISEOF) et ancien diplômé en finance de l’Université de Chicago, publiait un épisode marquant de sa série Frankly intitulé The 10 Core Myths Still Taught in Business Schools. Cet épisode identifie dix mythes fondamentaux encore enseignés dans les écoles de commerce et les cursus d’économie du monde entier — des postulats qui, selon Hagens, sont profondément déconnectés de la réalité biophysique de notre planète.

Le présent article se concentre sur le mythe qui constitue, selon Hagens lui-même, le cœur de sa démarche intellectuelle — celui auquel il a consacré sa thèse de doctorat et près de vingt ans de recherche : le mythe selon lequel l’énergie ne serait qu’un intrant parmi d’autres dans la fonction de production économique. Nous y intégrons également les mythes connexes sur la création monétaire, la dette, le PIB et la relation entre économie et environnement, car tous convergent vers une même conclusion : notre modèle économique repose sur une incompréhension fondamentale de l’énergie.

Pour la France, cette analyse revêt une importance particulière. Notre pays, dépendant à plus de 98 % d’importations pour son pétrole et à près de 98 % pour son gaz naturel, se trouve au premier rang des nations vulnérables aux tensions énergétiques mondiales que décrit Hagens. Comprendre la centralité de l’énergie dans l’architecture économique n’est pas un exercice académique : c’est un impératif stratégique.

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1. L’énergie, fondement invisible de l’économie

1.1 Ce que les manuels d’économie n’enseignent pas

Dans les programmes de MBA et d’économie du monde entier, le modèle fondamental de la productivité est la fonction de production Cobb-Douglas, où la production économique est définie comme le produit du capital multiplié par le travail, assorti d’un facteur résiduel vaguement qualifié de « productivité totale des facteurs ». L’énergie est tout simplement absente de cette équation — alors qu’elle conditionne chaque élément de la formule.

Les machines ont besoin d’énergie pour fonctionner. Le travail humain nécessite de l’énergie pour l’alimentation, le chauffage, la mobilité, l’entretien des infrastructures et les communications. Comme le formule l’économiste Steve Keen avec une ironie mordante :

« Le travail sans énergie est un cadavre, et la technologie sans énergie une sculpture. » — Steve Keen

Nate Hagens ajoute : « Une ville sans énergie est un musée. » La conclusion est aussi simple que radicale : pas d’énergie, pas d’économie. Moins d’énergie disponible et plus chère ? Une économie plus petite et plus coûteuse.

1.2 Les chiffres vertigineux de la substitution énergétique

La croissance économique spectaculaire des deux derniers siècles ne relève ni de la magie ni de la seule ingéniosité humaine. Elle repose, en premier lieu, sur l’accès à une énergie fossile bon marché, abondante et extraordinairement concentrée. Les données sont éloquentes :

Un baril de pétrole brut (prix du marché : environ 95 dollars en mars 2026) contient 5,7 millions d’unités thermiques, soit environ 1 700 kilowattheures d’énergie utile. Un être humain travaillant 40 heures par semaine produit en moyenne 0,6 kilowattheure par jour de travail physique. Autrement dit, un seul baril de pétrole équivaut au travail physique d’une personne pendant 11 ans à temps plein.

En tenant compte de l’efficacité relative des machines (qui convertissent l’énergie moins efficacement que le muscle humain, avec un facteur de correction d’environ 40 %), un baril de pétrole couplé à une machine remplace tout de même quatre à cinq années de travail humain.

1.3 L’armée invisible de 500 milliards de travailleurs

Chaque année, l’humanité consomme environ 30 milliards de barils de pétrole, auxquels s’ajoutent l’équivalent de 70 milliards de barils sous forme de charbon et de gaz naturel. Soit un total de près de 100 milliards de barils équivalent pétrole par an.

Traduit en termes de travail humain, cela signifie que nous ajoutons chaque année une armée fantomatique de 500 milliards de travailleurs énergétiques à une économie mondiale qui ne compte qu’environ 5 milliards de travailleurs réels. Ces « esclaves énergétiques », comme les qualifient certains analystes, accomplissent silencieusement l’essentiel du travail productif de notre civilisation.

Le PIB mondial est corrélé à environ 99 % avec la consommation d’énergie et de matières premières. Même les gains d’efficacité énergétique sont réinjectés dans le système pour produire davantage — un phénomène connu sous le nom d’effet rebond (ou paradoxe de Jevons). Pourtant, rien de tout cela ne figure dans les manuels d’économie ni dans les programmes des écoles de commerce.

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2. L’énergie n’est substituable que par de l’énergie

La théorie économique enseigne que si une matière première se raréfie ou renchérit, les signaux de prix inciteront à trouver des substituts. On innovera, on s’adaptera, le marché trouvera une solution. Cette logique, parfaitement raisonnable pour le cuivre ou le coton, ne s’applique tout simplement pas à l’énergie.

On ne peut pas remplacer l’énergie par de l’argent ou de l’ingéniosité. On ne peut la remplacer que par une autre forme d’énergie de qualité comparable — c’est-à-dire de densité énergétique, d’échelle et de durée équivalentes. Or, très peu de sources d’énergie atteignent la densité énergétique des hydrocarbures fossiles : un litre de diesel contient environ 10 kilowattheures d’énergie, le fruit de millions d’années de photosynèse compressée.

Lorsque nous imaginons pouvoir remplacer le pétrole par une « technologie mystère » ou que le marché trouvera spontanément la réponse, nous nous trompons sur l’élément le plus fondamental de notre civilisation. Les énergies renouvelables — solaire, éolien — représentent aujourd’hui environ 4 % de l’approvisionnement énergétique mondial (hors hydroélectricité et biomasse). L’ensemble des renouvelables, y compris l’hydraulique, plafonne sous les 10 %. La transition énergétique est nécessaire, mais elle ne sera ni rapide ni indolore.

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3. L’impulsion carbone : un pic unique dans l’histoire planétaire

3.1 Nous consommons un héritage, pas un revenu

La troisième vérité énergétique est peut-être la plus dérangeante : nous consommons les stocks d’énergie fossile des millions de fois plus vite qu’ils ne se sont formés, et notre système économique les traite comme s’ils constituaient des flux renouvelables.

« Les combustibles fossiles ne sont pas un revenu, c’est un capital. C’est un fonds fiduciaire, et nous dilapidons cet héritage comme s’il s’agissait d’un salaire hebdomadaire. » — Nate Hagens

3.2 Le déclin naturel des gisements : les données d’ExxonMobil

Les données les plus frappantes proviennent d’une source inattendue : ExxonMobil elle-même. Dans son rapport Global Outlook 2024, le géant pétrolier admet que la production pétrolière mondiale décline naturellement à un rythme d’environ 15 % par an en l’absence de nouveaux investissements — soit près du double de l’estimation précédente de l’AIE, qui tablait sur 8 %.

Cette accélération du déclin s’explique par le basculement vers les hydrocarbures non conventionnels (pétrole de schiste, formations denses), dont les puits s’épuisent beaucoup plus rapidement que les gisements conventionnels. Aux États-Unis, certains puits de schiste affichent des taux de déclin initial pouvant atteindre 70 %.

Concrètement, selon ExxonMobil : sans aucun nouvel investissement, l’offre mondiale de pétrole chuterait de plus de 15 millions de barils par jour dès la première année. En dix ans, le chômage pourrait atteindre 30 %, dépassant les niveaux de la Grande Dépression. Le prix du pétrole pourrait bondir de plus de 400 %.

Nate Hagens estime que le taux de 15 % est probablement conservateur. Toutes choses égales par ailleurs, il ne resterait que 10 % de la production pétrolière actuelle dans 30 ans si l’on se contentait d’entretenir les gisements existants sans en forer de nouveaux.

3.3 Le concept d’impulsion carbone

L’ensemble de ces données converge vers ce que Hagens appelle l’impulsion carbone (Carbon Pulse) : un pic unique dans l’histoire de la planète, un moment fugace à l’échelle géologique où l’humanité dispose d’une quantité maximale d’énergie fossile. Ce pic est en train d’être atteint — ou a peut-être déjà été franchi.

De plus, l’intégration massive de technologie et d’énergie dans des processus autrefois manuels a créé une économie extrêmement sensible aux variations du prix de l’énergie. Un doublement ou un triplement du coût énergétique détruirait une part considérable de notre modèle économique, nous plaçant dans une situation précaire alors même que l’extraction énergétique devient de plus en plus onéreuse.

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4. L’argent, la dette et l’illusion énergétique

4.1 La création monétaire : le mythe de l’épargne préalable

Le lien entre énergie et monnaie est direct, bien que rarement enseigné. Dans le système financier moderne, l’essentiel de la monnaie en circulation n’a pas été épargné au préalable : elle est créée instantanément au moment où un emprunt est contracté. C’est ce que les économistes appellent la création monétaire endogène, confirmée officiellement par la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine.

Lorsque vous contractez un prêt immobilier, la banque ne vous remet pas l’argent d’un autre déposant. Elle inscrit un chiffre sur votre compte — et cet argent n’existait pas un instant auparavant. Un actif (votre prêt) et un passif (votre dette) sont créés simultanément. L’argent créé existe et circule dans l’économie réelle jusqu’au remboursement du prêt.

4.2 La dette : un pari sur l’énergie future

Le lien avec l’énergie est ici crucial. Chaque fois que nous dépensons de l’argent, nous achetons quelque chose qui contient de l’énergie incorporée. L’argent est donc, en substance, une créance sur l’énergie et les matières premières. Et si l’argent est une créance sur l’énergie, la dette est une créance sur l’énergie future.

Or, les données sont sans appel. Depuis les années 1970, les États-Unis et le monde ont vu leur dette croître plus vite que leur PIB, chaque année sans exception. La dette mondiale double environ tous les neuf ans, tandis que le PIB — le flux de revenus censé la rembourser — ne double que tous les 25 ans environ. La productivité de la dette (le surcroît de PIB obtenu par unité supplémentaire de dette) décline depuis des décennies : nous empruntons toujours plus pour des rendements toujours moindres.

Ce n’est pas du levier financier : ce sont des rendements décroissants assortis d’un risque énorme. Les fruits faciles — le pétrole bon marché, les sols les plus fertiles — ont déjà été cueillis. Nous exploitons désormais des ressources de moindre qualité, plus coûteuses, tant en termes financiers qu’énergétiques.

Hagens prévoit qu’au cours de la prochaine décennie, un moment « trop gros pour être sauvé » surviendra — un État ou une entité (il cite le Japon ou la France) ayant accumulé des créances monétaires si considérables par rapport à l’économie réelle qu’aucune coalition de banques centrales ne pourra procéder au sauvetage. C’est à ce moment, selon lui, que débutera véritablement The Great Simplification.

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5. Le PIB, un compteur de vitesse sans carte

La question du PIB est indissociable de la problématique énergétique. Le PIB mesure les transactions monétaires — il comptabilise tout ce qui fait circuler de l’argent, sans distinguer le bénéfique du destructeur. Construire un hôpital, nettoyer une marée noire, mener une guerre, traiter un cancer : tout cela est compté positivement.

Hagens propose une métaphore saisissante : juger de la santé de votre voiture par le montant de vos factures de garagiste. Si vous dépensez 3 000 dollars en réparation moteur, le PIB enregistre un signal positif. Mais votre voiture fonctionne-t-elle mieux pour autant ?

Aux États-Unis, 17 % du PIB est absorbé par les dépenses de santé — non pas parce que les Américains sont en meilleure santé (leurs indicateurs sanitaires sont inférieurs à ceux de nombreux pays développsés), mais parce que le système est plus coûteux. Si cette part montait à 30 %, ce serait « techniquement bon » pour le PIB.

Le PIB ignore également les composantes essentielles de la richesse réelle : écosystèmes sains, air respirable, eau potable, temps passé en famille, santé mentale des citoyens, biodiversité, confiance sociale. Si vous abattez une forêt pour vendre le bois, le PIB augmente. Si vous préservez cette forêt pour sa protection contre les inondations et son stockage carbone, le PIB n’enregistre rien.

« Le PIB est un compteur de vitesse sans carte. Il mesure le mouvement économique, pas la direction, ni la qualité, ni la soutenabilité. » — Nate Hagens

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6. L’économie est un sous-ensemble de l’environnement, pas l’inverse

Le dernier mythe connecté à la question énergétique est celui qui, avec l’énergie, a poussé Hagens à quitter Wall Street : l’idée que l’environnement serait un sous-ensemble de l’économie. Dans les débats politiques et les manuels d’économie, l’économie est présentée comme l’événement principal et l’environnement comme une question annexe — quelque chose à gérer par la réglementation, à compenser par des crédits carbone, ou à financer une fois la croissance assurée.

La réalité est exactement inversée. Tout ce que nous achetons, vendons, construisons ou consommons dépend des flux du monde naturel : lumière solaire, eau, minéraux, sol, énergie, pollinisateurs, stabilité climatique. Ce ne sont pas des intrants optionnels du système économique : ce sont les préconditions de toute activité à moyen et long terme.

Comme le souligne Hagens : on peut imprimer de la monnaie, mais on ne peut pas imprimer de la terre arable. On peut émettre des obligations, mais on ne peut pas reconstituer des aquifères fossiles. On peut faire des introductions en bourse, mais on ne peut pas ressusciter des récifs coralliens morts. La physique ne négocie pas et les écosystèmes ne font pas de plans de sauvetage.

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7. Les implications pour la France et l’Europe

Si les analyses de Nate Hagens concernent l’économie mondiale dans son ensemble, leurs implications sont particulièrement aigûes pour la France et l’Europe. Plusieurs facteurs aggravent notre vulnérabilité :

Dépendance énergétique massive. La France importe la quasi-totalité de son pétrole et de son gaz. Notre parc nucléaire, qui fournit environ 70 % de notre électricité, constitue un atout stratégique majeur, mais l’électricité ne représente qu’une fraction de la consommation énergétique totale. Le transport, l’agriculture et l’industrie restent massivement dépendants des hydrocarbures.

Vulnérabilité géopolitique. Les tensions croissantes autour du détroit d’Ormuz, la déstabilisation des chaînes d’approvisionnement et la compétition pour les ressources rares (lithium, terres rares) placent l’Europe dans une position de plus en plus précaire. Comme le souligne Hagens dans son épisode récent Frankly #133 consacré à la crise Iran/États-Unis, les perturbations des flux d’énergie fossile se propagent dans l’économie mondiale avec un temps de retard.

Endettement excessif. La France est explicitement citée par Hagens parmi les pays susceptibles de connaître un moment « trop gros pour être sauvé ». Avec une dette publique dépassant 110 % du PIB et une dette totale (publique, privée, ménages) considérable, la France est particulièrement exposée à un retournement des conditions de financement lié à une contraction énergétique.

L’illusion du découplage. L’idée que la France et l’Europe auraient « découplé » leur croissance économique de la consommation d’énergie est largement une illusion statistique : nous avons délocalisé les processus industriels les plus énergivores vers l’Asie. Si l’on intègre l’énergie incorporée dans nos importations de biens manufacturés, le découplage disparaît presque entièrement.

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Conclusion : dépasser la mythologie économique

L’analyse de Nate Hagens est sans concession, mais elle n’est pas catastrophiste. Elle est descriptive. Elle décrit un système économique bâti sur des postulats qui étaient compréhensibles pendant l’ère d’abondance énergétique, mais qui deviennent de plus en plus déconnectés de la réalité biophysique à mesure que nous approchons du sommet de l’impulsion carbone.

La leçon centrale est celle-ci : si nous ignorons l’énergie — sa centralité, ses limites, son épuisement et son caractère non interchangeable — nous naviguons à vue. Nous concevons des systèmes économiques qui présupposent une croissance infinie à partir d’une ressource finie.

« En réalité, quand le carburant vient à manquer, la machine se moque bien de l’intelligence de l’opérateur. » — Nate Hagens

Comme le rappelait Milton Friedman, cité par Hagens en conclusion de son épisode : « Seule une crise — réelle ou perçue — produit un véritable changement. Lorsque cette crise survient, les mesures prises dépendent des idées qui traînent. » L’enjeu est donc de faire en sorte que les bonnes idées — celles fondées sur la réalité biophysique de notre planète — soient celles qui « traînent » lorsque la crise arrivera.

Sources et liens

Énergie

Thèse de doctorat de Nate Hagens sur l’énergie dans la fonction de production : springer.com

Fonction de production Cobb-Douglas : encyclopediaofmath.org

Steve Keen — « Labor without energy is a corpse » : rebuildingmacroeconomics.ac.uk

Prix du pétrole (cours actualisés) : oilprice.com

ExxonMobil Global Outlook 2024 — Déclin de 15 %/an : corporate.exxonmobil.com

ExxonMobil Global Outlook — Résumé exécutif (PDF) : corporate.exxonmobil.com

Le concept de Carbon Pulse : thegreatsimplification.com — Frankly #44

Données OPEP sur la consommation pétrolière mondiale : opec.org

Reality Blind — Travail humain vs. énergie fossile : read.realityblind.world

Monnaie et dette

Monnaie endogène — Article académique : elgaronline.com

Banque d’Angleterre — « Money Creation in the Modern Economy » (PDF) : bankofengland.co.uk

Banque d’Angleterre — Vidéo explicative : youtube.com

Productivité de la dette américaine (graphique) : datawrapper.de

Dette et croissance — Mercatus Center : mercatus.org

Impact de la dette publique sur la croissance — Cato Institute : cato.org

PIB et environnement

Dépenses de santé US vs. autres pays : healthsystemtracker.org

Externalités — FMI : imf.org

Limites planétaires — Stockholm Resilience Centre : stockholmresilience.org

Érosion des sols agricoles : eos.org

Épuisement des aquifères fossiles : science.org

Mort des récifs coralliens : unep.org

Épisode source et contenu connexe

Frankly #99 — The 10 Core Myths Still Taught in Business Schools : thegreatsimplification.com

Essai complet sur Substack (2 avril 2026) : natehagens.substack.com

Episode #185 avec Josh Farley — The Myths Shaping Our Economies : natehagens.substack.com

Frankly #132 — A Framework for Action : thegreatsimplification.com

Frankly #133 — Iran, U.S., and the Rest : thegreatsimplification.com

Frankly #134 — Uncomfortable Questions for Unsettled Times : thegreatsimplification.com

Vidéo YouTube de l’épisode : youtube.com

Spotify : open.spotify.com

Apple Podcasts : podcasts.apple.com

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