Projet 2027 — Réussir ensemble
35 heures, SMIC, robots : six questions qu’on nous pose, six réponses chiffrées
Le débat français sur le travail tourne depuis vingt-cinq ans autour de trois chiffres que presque tout le monde cite de travers. Voici nos réponses aux questions les plus fréquentes — avec les sources, y compris quand elles contredisent les idées reçues de notre propre camp.
Êtes-vous pour ou contre les 35 heures ?
Les 35 heures ont été une faute de calendrier historique. Mais nous ne proposons pas d’y revenir : il faut les tenir, et préparer ce qui vient après.
Regardons d’abord la date. La première loi Aubry est votée en juin 1998, la seconde en janvier 2000. Entre-temps, le mur de Berlin est tombé, dix pays d’Europe centrale et orientale préparent leur adhésion à l’Union, et la Chine entre à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001. En moins de dix ans, plusieurs centaines de millions de travailleurs entrent dans la division internationale du travail. C’est le moment que la France choisit pour réduire sa durée légale du travail. On peut discuter du principe ; on ne peut pas discuter du calendrier.
Mais il faut ensuite regarder les chiffres honnêtement — et c’est là que le débat français se trompe presque toujours de cible.
Ce qu’on entend
« Les Français ne travaillent que 666 heures par an, contre 776 dans l’Union européenne. C’est la preuve qu’ils travaillent moins que leurs voisins. »
Ce que dit la statistique
Cet indicateur de l’OCDE rapporte les heures à la population totale, enfants et retraités compris. Il pénalise mécaniquement un pays à natalité soutenue et à espérance de vie élevée. Rapporté aux personnes en emploi, le Français travaille 35,8 heures par semaine : exactement la moyenne européenne.
Prenons donc les indicateurs qui comparent ce qui est comparable. Un salarié français à temps complet a travaillé 1 664 heures en 2024, contre 1 785 heures en Allemagne. L’écart existe : il représente environ trois semaines par an, dont deux relèvent de l’absentéisme et non de la durée hebdomadaire.
La conclusion est claire, et elle dérange tout le monde. Le déficit français ne vient pas d’abord de l’heure hebdomadaire. Il vient du nombre de personnes qui travaillent.
Taux d’emploi des 55-64 ans en France, contre 65,2 % dans l’Union européenne. Nous sommes 17es sur 27. Chez les 60-64 ans, l’écart devient béant : 42,4 % contre 53,1 %.
Source : Dares, juillet 2025 ; Eurostat.
Ajoutez à cela un taux de chômage des 15-24 ans à 21,1 % au premier trimestre 2026, quand l’Allemagne est à 7,1 % et les Pays-Bas à 9,3 %. La France ne travaille pas moins parce que chacun travaille moins. Elle travaille moins parce que trop de gens ne travaillent pas du tout. C’est une tout autre politique publique.
Le problème français n’a jamais été la durée du travail. C’est la quantité de travail.
Reste ce que personne ne dit. L’intelligence artificielle et la robotique vont réduire le contenu en travail humain d’une part croissante de la production, intellectuelle comme manuelle. Cette réduction ne se décrétera pas : elle sera subie ou négociée. Dans les deux cas, la question qui compte n’est plus « combien d’heures ? » mais « à qui appartiennent les machines ? ». C’est l’objet de notre sixième réponse.
Il y a quatre ans, nous aurions porté un passage volontaire à 37 ou 39 heures. Aujourd’hui, le sens de l’histoire s’est inversé : le temps de travail individuel va baisser, c’est mécanique. Il faut donc tenir les 35 heures pour ne pas décrocher face au reste du monde, et se préparer sérieusement à la suite.
Ce que nous proposons
- Maintien de la durée légale à 35 heures. Ni retour en arrière imposé, ni nouvelle réduction. La stabilité du cadre est elle-même un actif économique.
- Changement d’objectif national : nous ne visons plus la durée hebdomadaire, mais le taux d’emploi. Cible de convergence vers la moyenne européenne d’emploi des seniors en cinq ans, soit près de cinq points à rattraper.
- Élargissement du recours volontaire aux heures supplémentaires par accord d’entreprise, sans dégradation de la majoration, pour ceux qui veulent travailler davantage.
- Conférence nationale sur le partage du temps de travail à l’horizon 2035, adossée à une mesure indépendante des gains de productivité réellement dégagés par l’intelligence artificielle.
Faut-il augmenter le SMIC ? De combien ?
Non, pas par décret. Le problème n’est pas le montant du SMIC : c’est son niveau au regard de ce que la France produit — et le fait qu’on n’en sorte jamais.
Commençons par rétablir un fait, parce qu’il circule beaucoup et qu’il est faux : la France n’a pas le salaire minimum le plus élevé d’Europe.
Ce qu’on entend
« La France a le SMIC le plus élevé d’Europe. »
Ce que disent les chiffres
La France est 6e de l’Union européenne, avec 1 823 € bruts mensuels au 1er janvier 2026 — derrière le Luxembourg, l’Irlande, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. En horaire, l’Allemagne est à 13,90 € contre 12,31 € en France.
La bonne question n’est donc pas « le SMIC est-il élevé ? », mais « est-il élevé au regard de ce que le pays produit ? ». Et là, la réponse change complètement. Deux mesures, deux fois le même verdict.
Rapporté au salaire médian, le SMIC atteint 62,5 % en 2024 — le ratio le plus élevé des pays européens selon le Groupe d’experts sur le SMIC. Cela dit une chose précise : notre plancher est très près de notre milieu. Notre échelle des salaires est écrasée par le bas.
Rapporté à la production nationale, le constat est plus frappant encore. La France a le 6e salaire minimum de l’Union — mais un PIB par habitant à 98 % de la moyenne européenne. Nous sommes le seul pays du premier groupe européen pour le salaire minimum dont la production par habitant se situe sous la moyenne de l’Union.
| Pays | Rang salaire minimum | PIB par habitant (UE = 100) |
|---|---|---|
| Pays-Bas | 4e | 134 |
| Allemagne | 3e | 115 |
| Belgique | 5e | 115 |
| France | 6e | 98 |
| Italie | pas de salaire minimum légal | 96 |
| Espagne | 12e | 92 |
Part du PIB par habitant que représente le SMIC annuel brut en France : 22 400 € pour une production par habitant d’environ 42 600 €. Un salaire minimum ne se juge pas dans l’absolu, mais au regard de ce que l’économie qui le verse est capable de produire.
Calcul Élysée Conseils d’après Insee et Eurostat, données 2025-2026.
Augmenter le SMIC par décret dans cette configuration produirait trois effets, et un seul est désirable. Un gain immédiat de pouvoir d’achat pour ceux qui le touchent, c’est vrai. Mais aussi une compression supplémentaire de l’échelle, qui décourage la qualification. Et un renchérissement du coût du travail dans des secteurs où la productivité ne peut mécaniquement pas suivre.
Car c’est le point que le débat public refuse d’entendre. Un serveur qui apporte un café ne peut pas apporter deux fois plus de cafés. Une aide à domicile ne peut pas accompagner deux personnes à la fois. Dans les services à la personne, la restauration, le soin, le gain de productivité est structurellement faible — jusqu’au jour, éventuellement, où une machine remplacera le geste. Augmenter le prix du travail sans que sa productivité augmente, ce n’est pas augmenter le salaire : c’est accélérer sa substitution.
Le SMIC doit être une porte d’entrée, pas une salle d’attente.
Il y a en effet une anomalie française : on entre au SMIC et on y reste. Près de 2,7 millions de salariés, soit 14,6 % du secteur privé, sont au voisinage du plancher. Ailleurs, le salaire minimum est un point de départ.
Le modèle à regarder est celui des pays nordiques — non parce qu’ils paieraient moins, c’est l’inverse : au Danemark, le plancher conventionnel de l’industrie approche 19,60 € de l’heure, sans qu’aucun salaire minimum légal n’existe. Ce qu’il faut leur emprunter, c’est le mécanisme : le salaire minimum n’y est pas fixé par la loi mais par la négociation de branche, avec une couverture conventionnelle de 82 à 84 %. Aux Pays-Bas, c’est un barème par âge, de 15 à 21 ans, qui organise l’entrée progressive dans l’emploi.
Sur la régionalisation, l’idée a du sens économique : un serveur à Limoges ou dans le Larzac n’a pas les mêmes charges qu’un serveur au centre de Paris ou à Cannes, et le salaire médian francilien dépasse de plus de 10 % la moyenne nationale. Mais nous préférons un instrument qui n’écrit pas dans la loi que le travail vaudrait moins en province : une modulation territoriale des cotisations, pas un SMIC à deux vitesses. Le résultat économique est le même ; le message social ne l’est pas.
Quant au SMIC jeune, il faut distinguer. Pour un métier où la productivité ne dépend pas de l’expérience — le café, encore : à 18 ans comme à 42 ans, c’est le même café —, il n’a aucun fondement. Pour les métiers qualifiés et intellectuels, l’expérience se paie, et il est légitime de commencer plus bas avec une perspective de progression rapide. C’est exactement ce que fait déjà l’apprentissage. Nous n’avons donc pas besoin d’un SMIC jeune. Nous avons besoin d’un apprentissage massifié.
Ce que nous proposons
- Aucun coup de pouce discrétionnaire. Maintien de l’indexation légale, qui protège déjà le pouvoir d’achat, et fin des annonces politiques sur le SMIC.
- Priorité au salaire net plutôt qu’au salaire brut : bascule des cotisations de solidarité vers la CSG et la TVA sociale. C’est le seul levier qui augmente le net sans augmenter le coût.
- Obligation renforcée de négociation de branche sur les grilles, avec sanction financière pour les branches dont les premiers coefficients restent sous le SMIC plus de deux exercices. Objectif : décoller l’échelle du plancher.
- Modulation territoriale des allégements de cotisations, expérimentée sur trois régions, plutôt qu’un SMIC régionalisé.
- Refus du SMIC jeune généralisé, compensé par la massification de l’apprentissage et un contrat de première expérience pour les métiers qualifiés.
Que proposez-vous contre le chômage des jeunes ?
Il n’y a pas un chômage des jeunes. Il y en a plusieurs — et un seul instrument a fait ses preuves : l’apprentissage.
C’est pour nous la question centrale, parce qu’elle touche au taux d’emploi. Quand nous disons qu’il faut travailler plus, nous ne parlons pas de ceux qui ont déjà un emploi. Nous parlons de ceux qui sont à mi-temps et qui voudraient travailler davantage, et de ceux qui ne travaillent pas du tout.
Jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation — les « NEET », pour Not in Education, Employment or Training. Soit 13,1 % de leur classe d’âge au premier trimestre 2026, en hausse de 0,9 point par rapport à fin 2019.
Source : Insee, Informations rapides, mai 2026.
Ce chiffre est le seul qui compte vraiment. Le taux de chômage des jeunes — 21,1 % pour les 15-24 ans — est un mauvais indicateur : il se calcule sur les seuls jeunes actifs, alors que la majorité des 15-24 ans sont en études. Le taux de NEET, lui, mesure ce qui nous préoccupe réellement : le décrochage. C’est cet indicateur que nous proposons de placer au cœur de la politique de la jeunesse, avec une cible chiffrée et publique.
Il faut ensuite refuser la catégorie « les jeunes ». Elle n’existe pas. Il y a un chômage des jeunes très diplômés dans des filières sans débouché — un master de psychologie ou de grec ancien ouvre sur un marché infiniment plus étroit que la plomberie. Il y a un chômage des jeunes sans qualification. Il y a une inactivité de long terme, concentrée dans certains territoires. Ces trois situations n’appellent pas les mêmes réponses, et prétendre le contraire, c’est garantir l’échec — ce que quarante ans de plans d’urgence successifs ont amplement démontré.
Travailler plus, ce n’est pas travailler plus longtemps chaque semaine. C’est que davantage de gens travaillent.
Reste le levier principal. L’apprentissage a fait la preuve de son efficacité : les entrées sont passées de 320 000 en 2018 à 878 900 en 2024, et environ 70 % des apprentis trouvent un emploi à l’issue de leur contrat. Mais 2025 marque la première baisse depuis dix ans, à 846 700 contrats, soit un recul de 5 %, concentré sur l’enseignement supérieur. La cause est connue : la réduction des aides à l’embauche.
Nous voulons aller plus loin que la simple défense de l’existant. L’apprentissage repose aujourd’hui sur un couple entreprise / centre de formation. Or, pour une partie des jeunes — précisément les plus éloignés —, le centre de formation est un obstacle et non un tremplin. Nous proposons de créer une voie d’apprentissage par l’expérience : une formation intégralement en entreprise, avec une rémunération minorée en contrepartie explicite de la formation reçue, et une certification à la sortie. C’est le principe historique de l’apprentissage, débarrassé de son formalisme scolaire.
Et il faut dire pourquoi, parce que c’est notre ligne : la création de richesse se fait dans les entreprises. C’est elle qui permet ensuite le partage. Un jeune formé par une entreprise coûte moins cher à la collectivité qu’un jeune formé contre elle.
| Année | Entrées en apprentissage | Évolution |
|---|---|---|
| 2018 | 320 000 | avant la loi « Avenir professionnel » |
| 2024 | 878 900 | + 4,5 % |
| 2025 | 846 700 | − 5 %, dont − 7,8 % dans le supérieur |
Ce que nous proposons
- Un objectif national chiffré : ramener la part des 15-29 ans NEET sous 10 % en cinq ans, contre 13,1 % aujourd’hui. Indicateur unique, publié chaque trimestre, opposable au Gouvernement.
- La création de l’apprentissage par l’expérience : formation intégralement en entreprise, sans passage obligé par un centre de formation, certification à la sortie.
- Le recentrage des aides à l’apprentissage sur les niveaux 3 à 5, c’est-à-dire les publics les plus fragiles, plutôt que sur l’enseignement supérieur qui absorbe aujourd’hui près de six contrats sur dix.
- L’intégration systématique entreprise / université : période en entreprise obligatoire dans tout cursus, conseils de perfectionnement co-pilotés par les branches professionnelles.
- L’articulation avec l’aménagement du territoire : la redynamisation des villes moyennes de 5 000 à 30 000 habitants est une politique de l’emploi des jeunes, même si elle n’en porte pas le nom.
Que pensez-vous du télétravail et de la semaine de quatre jours ?
Favorables là où des gains de productivité réels les financent. Opposés à toute généralisation par la loi.
Il faut poser une règle simple et s’y tenir : le temps de travail ne peut baisser que là où la production par heure augmente. Toute réduction non financée par la productivité est financée par autre chose — le salaire, l’emploi, ou la dette publique. C’est la leçon la moins discutée des 35 heures, et c’est celle qu’il faut retenir.
Or les gains de productivité sont aujourd’hui extraordinairement inégaux selon les métiers. L’intelligence artificielle transforme profondément le travail d’analyse, de rédaction, de programmation, de traitement documentaire. Elle ne change rien à celui de l’aide-soignante qui accompagne une personne dépendante, du couvreur, de l’éleveur ou de l’agent d’entretien.
La semaine de quatre jours ne se décrète pas. Elle se gagne.
Décréter une norme unique pour ces deux mondes reviendrait à faire payer par les seconds le progrès des premiers. Nous ne voyons pas un agriculteur travailler quatre jours par semaine — et ce n’est pas un reproche adressé aux salariés du tertiaire, c’est une constatation sur la nature du travail agricole.
D’où notre position : le cadre national fixe la durée légale, la négociation collective fixe l’organisation. Un accord d’entreprise ou de branche qui répartit explicitement un gain de productivité mesuré entre salaire, emploi et temps libre est légitime, et nous l’encouragerons. Une loi qui impose quatre jours à tout le monde ne l’est pas.
Sur le télétravail, la logique est la même mais l’enjeu diffère : c’est un enjeu d’équité. Le télétravail crée une ligne de fracture nouvelle entre les métiers télétravaillables et les autres — et cette ligne recoupe largement celle des qualifications et des revenus. Nous défendons donc un droit à la négociation du télétravail, pas un droit opposable, et une vigilance explicite sur les compensations dues à ceux qui ne peuvent, par nature, pas en bénéficier.
Ce que nous proposons
- Aucun passage légal aux 32 heures. La durée légale reste à 35 heures.
- Un cadre juridique clair pour l’accord « gains de productivité contre temps » : mesure objectivée du gain, répartition négociée entre salaire, emploi et temps de travail, clause de retour en cas de non-réalisation.
- Télétravail : un droit à la négociation dans toute entreprise au-delà d’un seuil d’effectif, et non un droit opposable. Obligation de traiter dans le même accord la situation des postes non télétravaillables.
- Une clause de rendez-vous en 2030 sur l’effet mesuré de l’intelligence artificielle sur la productivité, préalable à toute évolution de la durée légale.
Comment augmenter les salaires sans tuer les entreprises ?
En sortant du bulletin de paie ce qui n’y a pas sa place : la solidarité nationale.
C’est ce qui arrive au salarié sur 100 € dépensés par son employeur. Près d’un euro sur deux part en cotisations et en impôts. Avec un coin socio-fiscal de 47,2 %, la France est le troisième pays de l’OCDE, derrière la Belgique et l’Allemagne.
Source : OCDE, Les impôts sur les salaires 2026, données 2025.
Notre modèle social a été bâti en 1945, dans un monde qui n’existe plus. En 1960, on comptait 4,69 cotisants pour un retraité. On en comptait 3,13 en 1970, 2,79 en 1980, 2,10 en 1990. Nous sommes aujourd’hui autour de 1,7 et nous nous dirigeons vers 1,3.
Ce qu’on entend
« Avant, on mourait deux ans après avoir pris sa retraite. »
Ce que disent les chiffres
La réalité est moins caricaturale, et plus parlante : vers 1965, avec un départ autour de 64 ans, la durée de retraite avoisinait quinze ans. Elle atteint 24,4 ans pour la génération née en 1960 — 28 % de la durée de vie totale.
Récapitulons l’ampleur du décalage : le rapport démographique a été divisé par près de trois, et la durée de service des pensions a augmenté des deux tiers. Un financement assis exclusivement sur les salaires ne pouvait pas absorber cela. Il ne l’a pas absorbé : il a produit l’un des coins socio-fiscaux les plus lourds du monde développé.
Ce n’est pas le salaire qui est trop bas. C’est le bulletin de paie qui est chargé de ce qui ne le concerne pas.
Le raisonnement qui en découle est simple, et il est ancien — la CSG, créée en 1991, en est déjà l’application. Il faut trier.
| Nature | Ce qu’elle finance | Assiette |
|---|---|---|
| Salaire différé | Chômage, accidents du travail, retraite — des droits personnels, proportionnels à ce que le salarié a versé | Reste sur le salaire |
| Solidarité nationale | Maladie, famille, dépendance — des prestations universelles, dont bénéficient tous les résidents, y compris ceux qui ne travaillent pas | Bascule sur la CSG et la TVA |
Aujourd’hui, les cotisations représentent encore 64 % des recettes de la Sécurité sociale — 41 % de part patronale, 10 % de part salariale — quand la CSG en assure 17 %. C’est ce ratio qu’il faut inverser progressivement. Les ordres de grandeur sont connus : un point de TVA rapporte environ 13 milliards d’euros, un point de CSG sur les revenus d’activité environ 8 milliards.
Une objection sérieuse doit être traitée de front, parce qu’elle viendra : la TVA est un prélèvement proportionnel, donc moins progressif que l’impôt sur le revenu, et elle pèse relativement plus sur les ménages modestes. C’est exact. Deux réponses. D’abord, elle frappe aussi les produits importés, ce que les cotisations ne font pas : à financement égal, elle rétablit une part de la compétitivité perdue. Ensuite, la neutralité distributive doit être garantie par construction — égalisation des taux de CSG entre catégories de contributeurs, et vérification que le gain de net compense la hausse des prix pour les premiers déciles. Nous nous engageons à publier cette évaluation avant le vote, pas après.
Ce que nous proposons
- Une distinction juridique explicite, inscrite dans le code de la sécurité sociale, entre cotisations contributives — le salaire différé — et contributions de solidarité.
- La bascule des contributions de solidarité vers la CSG et la TVA sociale, étalée sur cinq ans, à prélèvement global constant.
- L’égalisation des taux de CSG entre catégories de contributeurs, condition d’équité du dispositif.
- La neutralité garantie pour l’entreprise : chaque point de cotisation supprimé se traduit intégralement en salaire net, avec clause de rendez-vous annuelle et publication de l’évaluation distributive avant le vote.
- Une règle d’airain : aucune mesure de pouvoir d’achat financée par la dette.
Faut-il taxer les robots et l’intelligence artificielle ?
Non. Aucun robot ne paiera jamais d’impôt : ce sera le consommateur. La réponse n’est pas de taxer les machines, c’est d’en être propriétaire.
Commençons par l’erreur de raisonnement. Une taxe sur les robots est présentée comme un impôt sur le capital. Elle n’en est pas un : c’est un impôt sur la production, qui se répercute dans les prix. Le parallèle avec les droits de douane est exact — on a longuement expliqué aux Américains que la Chine paierait les tarifs douaniers ; ce sont les consommateurs américains qui les ont payés. Une taxe robot fonctionnerait de la même façon, avec un effet supplémentaire : elle pénaliserait précisément les entreprises qui investissent, dans un pays qui souffre déjà d’un déficit d’investissement productif.
Posons maintenant le problème correctement. L’automatisation ne détruit pas la valeur : elle la déplace. Elle la fait passer du travail vers le capital. Si la valeur se déplace du travail vers le capital, la réponse structurellement cohérente n’est pas de taxer davantage le capital — les capitaux sont mobiles, ils partiront. C’est de faire en sorte que les salariés et la collectivité en soient propriétaires.
Posséder les machines plutôt que les taxer. On ne taxe pas ce que l’on possède : on en perçoit les dividendes.
Ce n’est plus une idée théorique.
En août 2025, l’administration américaine a converti 8,9 milliards de dollars d’aides publiques — 5,7 milliards issus du CHIPS Act et 3,2 milliards du programme Secure Enclave — en 433,3 millions d’actions Intel, soit environ 10 % du capital, sans siège au conseil ni droits de gouvernance. La participation a très fortement pris de la valeur depuis.
Sources : Intel et Département du Commerce des États-Unis, 22 août 2025.
Le même gouvernement a négocié 15 % des ventes de puces de Nvidia et d’AMD vers la Chine, et une action spécifique dans US Steel. Plusieurs dirigeants de l’industrie de l’intelligence artificielle ont eux-mêmes proposé de céder des parts de leur entreprise à la collectivité.
Autrement dit : le pays le plus libéral du monde a cessé de subventionner et s’est mis à prendre des parts. La France, elle, continue de verser des avances remboursables et des subventions à fonds perdus — et n’en retire rien lorsque l’entreprise réussit. C’est une asymétrie que rien ne justifie.
Ce que nous proposons, c’est donc un capitalisme assumé, sans naïveté : l’État propriétaire du sol, de l’énergie et de l’infrastructure, qui les loue plutôt que de les céder ; l’État actionnaire lorsqu’il finance ; et les dividendes ainsi perçus affectés au fonds de retraite par capitalisation des citoyens, géré par la Caisse des Dépôts.
Il faut souligner le double effet de ce dernier point, parce qu’il est décisif. D’abord, il transforme la richesse produite par les machines en revenu de retraite pour ceux que les machines auront remplacés. Ensuite, il sanctuarise : un actif placé dans un fonds de retraite citoyen devient politiquement intouchable. Aucun gouvernement futur ne le bradera.
Nous précisons enfin la filiation, parce qu’elle compte. Ce n’est ni du collectivisme, ni de l’étatisme. C’est la doctrine gaullienne de la participation, formalisée dans les ordonnances de 1967, appliquée à une économie où le capital productif n’est plus une machine-outil mais un modèle et un centre de données. Le général de Gaulle voulait que le travailleur soit associé au capital de son entreprise. Nous disons la même chose, dans un monde où il y aura moins de travailleurs par usine.
Ce que nous proposons
- Une doctrine de l’État actionnaire industriel : toute aide publique majeure à une installation fortement automatisée — usine sans personnel, centre de données, unité de production de semi-conducteurs — est convertie en participation au capital ou en redevance sur le chiffre d’affaires, et non versée en subvention à fonds perdus.
- Foncier et infrastructure loués, jamais cédés : l’État et les collectivités conservent la propriété du terrain, du raccordement énergétique et du réseau, et les louent aux exploitants.
- Un actionnariat salarié obligatoire renforcé dans les sites à très faible intensité de main-d’œuvre.
- L’affectation des dividendes publics au fonds de retraite par capitalisation des citoyens, géré par la Caisse des Dépôts — la propriété citoyenne rendant ces actifs politiquement intouchables.
- Le refus explicite de toute taxe sur les robots ou sur l’intelligence artificielle assise sur la production.
Sources
- OCDE, Les impôts sur les salaires 2026, avril 2026 — coin socio-fiscal.
- OCDE, heures travaillées par habitant, 2024.
- Rexecode, La durée effective du travail et sa quantité en France et en Europe en 2024.
- Eurostat, salaires minimaux mensuels, publication du 30 janvier 2026 ; PIB par habitant en standards de pouvoir d’achat, 2025.
- Groupe d’experts sur le SMIC, rapport 2025, Haut-commissariat à la stratégie et au plan, décembre 2025.
- Dares, enquêtes ACEMO ; taux d’emploi des seniors, juillet 2025 ; contrats d’apprentissage, février 2026.
- Insee, Informations rapides n° 113, premier trimestre 2026 ; comptes nationaux.
- Conseil d’orientation des retraites, rapport annuel, juin 2025 ; Drees, fiche 15.
- Organisation internationale du travail, le salaire minimum dans les pays nordiques ; accord CO-industri / Dansk Industri, 2025.
- economie.gouv.fr, structure des recettes de la Sécurité sociale.
- Intel et Département du Commerce des États-Unis, communiqués du 22 août 2025.
Élysée Conseils — Projet 2027, Réussir ensemble.
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