PPE 3 : le document qui plombe l’électricité Française

PPE 3 : le document qui plombe l’électricité Française

Projet 2027 — Réussir ensemble · Environnement

PPE 3 : le document qui plombe l’électricité Française

L’Académie des sciences a rendu sur la programmation pluriannuelle de l’énergie un avis d’une sévérité rare : chiffres contradictoires, prévisions démenties par les faits, surcapacités programmées. Nous avons instruit le dossier. Voici ce qui ne va pas, ce que dit la meilleure expertise disponible, et les six mesures que nous porterons.

Élysée Conseils · 29 juillet 2026 · Temps de lecture : 18 minutes · Chapitre rattaché au pilier Environnement du Projet 2027

L’essentiel en six points

  • La PPE 3 annonce quatre niveaux différents de consommation électrique pour 2035 — 429, 508, 580 ou 600 TWh — selon la page du document que l’on consulte.
  • Depuis 2017, la consommation électrique française baisse : de 480 à 449 TWh en 2024. La PPE 3 table pourtant sur une production de 666 à 708 TWh en 2035.
  • Le texte prévoit de porter l’éolien et le solaire de 73 TWh en 2023 à 254-274 TWh en 2035, portant la part non pilotable à près de 40 % — sans stockage massif disponible.
  • Le système électrique français émet déjà 21,3 g de CO₂ par kWh, contre 350 g en Allemagne. La décarbonation de notre électricité est faite ; le problème est ailleurs.
  • Le Shift Project démontre qu’une politique sérieuse de maîtrise de la demande permettrait d’éviter 130 TWh de consommation en 2050 — l’équivalent de treize EPR2.
  • Notre doctrine : indexer le rythme de déploiement de la production sur la demande constatée, et non sur des prévisions que les faits démentent depuis huit ans.
01

Un document qui ne s’accorde pas avec lui-même

Une politique énergétique nationale se juge d’abord à sa rigueur arithmétique. La PPE 3 échoue à ce test élémentaire.

Le 8 avril 2025, l’Académie des sciences publiait son avis sur la version révisée de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Le comité de prospective en énergie, présidé par Marc Fontecave et réunissant vingt-huit membres de l’Institut, y formule un constat que nul responsable public ne devrait pouvoir ignorer : le texte s’appuie sur des chiffres incohérents, et il le fait après que les mêmes observations lui aient déjà été adressées lors de la consultation publique de décembre 2024.

L’exemple est trivial à vérifier. Page 11 du document, la consommation d’énergie finale prévue est de 1 243 TWh en 2030 et de 1 100 TWh en 2035. Quatre pages plus loin, la figure 1 donne pour les mêmes années 1 410 et 1 302 TWh. L’écart atteint 200 TWh, soit près de la moitié de la consommation électrique annuelle du pays.

Cette incohérence ne reste pas confinée à une note de bas de page. Elle se propage. La figure 1 attribue une part de 39 % à la consommation électrique en 2035. Appliqué à 1 302 TWh, ce pourcentage donne 508 TWh. Appliqué à 1 100 TWh, il donne 429 TWh. Et page 86, après examen des scénarios, le document indique que le scénario dit « avec mesures supplémentaires » devrait se situer entre 580 et 600 TWh.

Quelle consommation électrique en 2035 ? Quatre réponses dans le même document

Consommation constatée en 2024 (référence)449 TWh
PPE 3, page 11 — 39 % de 1 100 TWh429 TWh
PPE 3, page 15, figure 1 — 39 % de 1 302 TWh508 TWh
PPE 3, page 86 — scénario « avec mesures supplémentaires »580–600 TWh
Réalité constatée Chiffres de la PPE 3

Échelle commune 0–700 TWh. Source : Académie des sciences, avis du 8 avril 2025, à partir du projet de PPE 3.

Entre 429 et 600 TWh, l’écart est de 171 TWh. C’est davantage que la production annuelle de dix-sept réacteurs EPR2. On ne parle pas ici d’une divergence entre experts, ni d’une fourchette d’incertitude assumée : on parle de trois chiffres différents dans un même document, produit par les services de l’État, censé engager la nation pour dix ans.

« Le texte actuel n’est pas à la hauteur des enjeux de l’énergie, d’une importance extrême pour la France et ses citoyens. Il n’a pas non plus le niveau de rigueur attendu d’une production des services de l’État. »

Ce jugement n’émane ni d’un parti d’opposition ni d’une association militante. Il émane de l’Académie des sciences, dont les membres du comité comptent parmi les physiciens, chimistes et climatologues les plus reconnus du pays. Lorsqu’une telle institution emploie ces mots, le sujet cesse d’être technique pour devenir politique.

02

La demande baisse, la PPE prévoit qu’elle explose

Depuis 2017, la consommation électrique française recule. Aucun scénario alternatif de la PPE 3 n’en tient compte.

Le fait est établi et documenté par RTE : la consommation électrique française est passée de 480 TWh en 2017 à 449 TWh en 2024. Le phénomène n’est pas français, il s’observe dans la plupart des pays européens, et l’Académie en énumère les causes sans complaisance : un prix de l’électricité élevé qui pousse les ménages à la sobriété et les industriels à optimiser leurs installations, une désindustrialisation persistante, et des freins économiques, scientifiques et technologiques à l’électrification des usages que l’on veut précisément décarboner.

Face à cette trajectoire, la PPE 3 affiche pour 2035 un objectif de production électrique de 666 à 708 TWh.

Consommation constatée et production visée

Consommation électrique 2017480 TWh
Consommation électrique 2024449 TWh

Production visée en 2035 — borne basse666 TWh
Production visée en 2035 — borne haute708 TWh
Consommation constatée Objectif de production PPE 3

Échelle commune 0–708 TWh. Sources : RTE, bilan électrique 2024 ; projet de PPE 3 révisée.

L’écart entre la consommation d’aujourd’hui et la production visée dans dix ans dépasse 250 TWh. Il ne s’agit pas de contester la nécessité d’électrifier : nous y reviendrons, c’est au contraire le cœur de notre programme. Il s’agit de constater qu’un document de planification qui ignore une tendance de huit ans, et qui refuse d’explorer le moindre scénario alternatif, ne planifie pas — il postule.

Ce que l’on entend

« La consommation va nécessairement remonter avec l’électrification des usages : véhicules, pompes à chaleur, hydrogène, industrie. »

Ce que disent les faits

Elle remontera, et elle le doit. Mais les scénarios convergents de RTE et de l’ADEME évaluent le besoin supplémentaire à 100-150 TWh à l’horizon 2050 — pas à 250 TWh dès 2035.

La question n’est donc pas de savoir si l’électrification aura lieu, mais à quel rythme. Et sur ce point précis, la PPE 3 ne propose pas d’hypothèse : elle en impose une, sans la justifier, et sans prévoir ce qu’il advient si elle se révèle fausse.

03

Le mirage des surcapacités

Produire trop, au mauvais moment, avec des moyens qu’on ne peut pas piloter : c’est la définition d’un système électrique coûteux.

La PPE 3 prévoit de porter la production éolienne et solaire de 73 TWh en 2023 à 254-274 TWh en 2035. Le rythme est vertigineux : un quasi-quadruplement en douze ans.

Éolien et solaire : le saut prévu par la PPE 3

Production réalisée en 202373 TWh
Objectif 2035 — borne basse254 TWh
Objectif 2035 — borne haute274 TWh

Échelle commune 0–274 TWh. Source : projet de PPE 3 révisée, analysé par l’Académie des sciences.

Le problème n’est pas le volume en soi. Il est que ce volume porterait la part d’électricité non pilotable à près de 40 % du mix, dans un pays qui ne dispose pas — et ne disposera pas dans dix ans — des capacités de stockage correspondantes. Les capacités par batteries raccordées au réseau de distribution représentent aujourd’hui environ 550 MW, avec une progression de 100 à 150 MW par an. L’ordre de grandeur nécessaire est cent fois supérieur.

L’Académie détaille les trois conséquences mécaniques de cette configuration.

Première conséquence : la volatilité des prix. Une production non pilotable prioritaire sur le réseau engendre des périodes de prix très élevés alternant avec des prix négatifs. Ce n’est pas une hypothèse, c’est ce que l’on observe déjà en Allemagne et dans les pays qui ont massifié les intermittents sans stockage.

Deuxième conséquence : le sous-emploi du parc nucléaire. Pour assurer l’équilibre offre-demande, il faudrait moduler la production nucléaire au-delà du raisonnable. Or un réacteur en fonctionnement ne peut, pour des raisons de sûreté, descendre sous 25 à 30 % de sa puissance nominale — valeur qui diminue encore en fin de cycle. En dessous, la modulation n’est plus techniquement viable, sauf à arrêter le réacteur, sans garantie de pouvoir le redémarrer à volonté. Le facteur de charge du parc français est déjà inférieur à 70 %, quand il dépasse 90 % aux États-Unis.

Troisième conséquence : le coût des réseaux. Adapter le réseau à cette variabilité représente des dépenses considérables, aujourd’hui absentes de l’analyse économique du document.

100 TWh

L’excédent d’offre par rapport à la demande que produirait le scénario de la PPE 3 en 2035 — une électricité produite, financée par le consommateur français, et exportée à prix bradé faute de débouché intérieur.

Source : Académie des sciences, avis du 8 avril 2025.

À cela s’ajoute une anomalie que l’Académie relève en note et qui mérite d’être soulignée : dans la version révisée, l’objectif de puissance solaire installée en 2035 a été abaissé de 75-100 GW à 65-90 GW, mais la production correspondante attendue a été… relevée, passant de 93 TWh à 92-110 TWh. Moins de panneaux, plus d’électricité. Le document ne l’explique pas.

04

L’argument qui devrait clore le débat

L’électricité française est déjà l’une des plus décarbonées du monde. Le combat s’est déplacé ailleurs.

Le bilan électrique 2024 de RTE établit un fait que le débat public français peine à intégrer : avec déjà 29 % d’énergies intermittentes et un record d’exportation de 89 TWh, le système électrique français a émis 21,3 grammes de CO₂ équivalent par kilowattheure produit. C’est l’un des taux les plus bas de la planète.

Le système allemand, avec 45 % de production éolienne et solaire la même année, affiche 350 grammes.

Intensité carbone de l’électricité produite, 2024

France — 29 % d’intermittents, nucléaire et hydraulique en base21,3 g
Allemagne — 45 % d’éolien et solaire, charbon et gaz en pilotable350 g

Grammes de CO₂ équivalent par kWh produit. Échelle commune 0–350 g. Source : RTE, bilan électrique 2024, cité par l’Académie des sciences.

Ce rapport de un à seize dit l’essentiel. Une part élevée de renouvelables intermittents n’est pas, en soi, un indicateur de performance climatique : ce qui compte, c’est ce qui produit quand le vent et le soleil manquent. En Allemagne, ce sont le charbon et le gaz. En France, c’est le nucléaire et l’hydraulique.

La conséquence politique est directe. Augmenter massivement l’éolien et le solaire en France ne décarbone pratiquement rien, puisqu’il n’y a presque plus rien à décarboner dans notre production électrique. L’urgence climatique française ne se joue pas dans le mix électrique — elle se joue dans les transports, le chauffage des bâtiments et l’industrie, qui dépendent encore massivement du pétrole et du gaz importés.

Nous ne dépensons pas nos milliards là où sont nos émissions. Voilà le vrai scandale de la PPE 3.

05

Ce que dit la meilleure expertise disponible

Le Shift Project a modélisé vingt chantiers de décarbonation, chacun en trois variantes, pour identifier ce qui rend une trajectoire robuste.

En avril 2025, le Shift Project a publié Réussir la transition dans l’incertitude — la méthode Shift en 20 chantiers, fruit de dix-huit mois de travail, de plusieurs centaines d’auditions d’acteurs et d’un outil de modélisation multisectoriel construit pour l’occasion. La méthode marque une rupture avec les exercices de prospective habituels : au lieu de bâtir un scénario unique où tout se passe bien, l’équipe a décliné chaque chantier en trois versions — réussite pleine, réussite partielle, échec — puis simulé les trajectoires nationales résultant de leurs combinaisons.

Trois enseignements de ce travail structurent notre position.

La double contrainte carbone

La France importe 99 % de son pétrole et la totalité de son gaz. Cette dépendance lui coûte environ 60 milliards d’euros par an les bonnes années, et jusqu’à 120 milliards les mauvaises. Décarboner n’est donc pas seulement une politique climatique : c’est une politique de souveraineté et de pouvoir d’achat. Que l’on décarbone parce que le climat se dérègle ou parce que le robinet se ferme, les mesures à prendre sont pour l’essentiel les mêmes.

La maîtrise de la demande est un levier de production

C’est l’enseignement le plus contre-intuitif et le plus opérationnel. En déployant le vélo et les transports en commun, en massifiant le train voyageurs et le fret ferroviaire, en rénovant les logements, en modérant le trafic aérien et en encadrant le déploiement des centres de données, la France éviterait 130 TWh de consommation électrique en 2050.

13 EPR2

C’est l’équivalent en production annuelle des 130 TWh que permet d’éviter une politique sérieuse de maîtrise de la demande. Autrement dit : la sobriété organisée est le moyen de production le moins cher dont nous disposons.

Source : Shift Project, « Réussir la transition dans l’incertitude », avril 2025.

Sans effort de maîtrise, l’électrification porterait la consommation d’environ 450 TWh aujourd’hui à près de 700 TWh en 2050. Avec, la hausse est divisée par deux.

Consommation électrique en 2050 : deux trajectoires

Aujourd’hui≈ 450 TWh
2050 — électrification sans maîtrise de la demande≈ 700 TWh
2050 — électrification avec maîtrise de la demande≈ 570 TWh

Échelle commune 0–700 TWh. Source : Shift Project, modélisation « transition robuste », avril 2025.

Nucléaire et renouvelables ne sont pas substituables

La modélisation du Shift est sans ambiguïté sur ce point, et elle contredit les deux camps du débat français. Se priver du nucléaire conduit à une impasse dans les années 2040, lorsque les trois quarts du parc actuel — qui fournit 70 % de notre production — atteindront soixante ans. Se priver des renouvelables conduit à une impasse plus tôt encore, dès le milieu des années 2030 : notre excédent exportateur aura fondu, et les premiers EPR2 ne sont pas attendus avant 2038 dans l’hypothèse favorable.

Il faut donc mener les deux front. Non par compromis politique, mais parce qu’aucune des deux filières seule ne couvre le besoin dans les temps.

06

Notre doctrine : l’indexation sur la demande constatée

L’avis de l’Académie et la modélisation du Shift ne se contredisent pas. Ils désignent la même faute.

On pourrait croire à une opposition. L’Académie des sciences déconseille un développement précipité et massif des sources non pilotables ; le Shift Project appelle à pousser à fond les renouvelables. Lue attentivement, la contradiction se dissout.

L’Académie ne dit pas qu’il ne faut pas de renouvelables. Elle dit qu’il ne faut pas les dimensionner sur des prévisions de consommation surestimées, et qu’il faut instaurer des mécanismes garantissant une meilleure cohérence entre le développement du mix électrique et l’évolution de la demande. Ses propres termes : la croissance de la production décarbonée doit suivre le même rythme que celui de l’électrification des usages.

Le Shift ne dit pas autre chose lorsqu’il fait de la maîtrise de la demande le premier levier de sa trajectoire, et lorsqu’il rappelle que le rythme de l’électrification conditionne tout le reste.

Les deux institutions convergent donc sur une exigence unique, que la PPE 3 ne satisfait pas : synchroniser la production et la demande. Ce que l’une formule comme une prudence économique, l’autre le formule comme une condition de robustesse. C’est la même chose.

De là notre incompatibilité mathématique structurante.

On ne peut pas dimensionner une production électrique sur une demande qu’on refuse de piloter.

Cette formule n’est pas un slogan. Elle décrit une faute de méthode précise. La PPE 3 fixe des objectifs de production à dix ans en s’appuyant sur des projections de consommation qu’elle ne sait pas elle-même établir — quatre chiffres différents dans un même texte — et sur lesquelles elle ne se donne aucun moyen d’agir. Elle traite la demande comme une donnée subie, alors qu’elle est en grande partie le produit de politiques publiques : rénovation, transports, urbanisme, fiscalité, encadrement des centres de données.

Notre doctrine tient en une phrase : la France pilote sa demande, et indexe le rythme de déploiement de sa production sur la demande réellement constatée. Cela signifie concrètement trois choses.

D’abord, que la maîtrise de la demande cesse d’être une variable d’ajustement pour devenir un objectif contraignant, doté d’indicateurs et de moyens, au même rang que les objectifs de production.

Ensuite, que les volumes d’appels d’offres pour les renouvelables cessent d’être fixés une fois pour toutes à dix ans, et soient recalés périodiquement sur la consommation électrique effectivement observée — un mécanisme de cliquet qui accélère si la demande monte, et qui ralentit si elle stagne.

Enfin, que le programme nucléaire, lui, ne soit pas soumis à ce cliquet. Sa temporalité est différente : un EPR2 se décide quinze ans avant de produire. Il constitue le socle, et se planifie sur le renouvellement du parc existant, non sur la conjoncture de la demande.

La méthode actuelle

On fixe un objectif de production à 2035, on le décline en appels d’offres annuels, et l’on découvre en cours de route que la demande n’a pas suivi.

La méthode que nous proposons

On fixe une trajectoire de demande que l’on s’engage à piloter, on la mesure chaque année, et l’on cale les volumes de production de l’année N+2 sur ce qui a été constaté en N.

07

Nos six mesures

Aucune de ces mesures n’invente un droit nouveau. Toutes appliquent, corrigent ou complètent des dispositifs existants.

Ce que nous ferons

  1. Suspendre l’adoption de la PPE 3 et confier à la Cour des comptes un audit de cohérence chiffrée. Le document sera réécrit sur la base d’un jeu de chiffres unique, vérifié et publié en données ouvertes. Coût budgétaire nul ; délai : six mois.
  2. Faire voter la programmation énergétique par le Parlement. La loi de programmation énergie-climat, prévue par le code de l’énergie et repoussée depuis 2023, sera présentée dès la première session. Une politique qui engage la nation sur quinze ans ne peut plus être fixée par décret.
  3. Instaurer une clause d’indexation des volumes renouvelables sur la demande constatée. Les volumes d’appels d’offres éolien et solaire de l’année N+2 seront calés sur la consommation électrique observée en année N, publiée par RTE. Mécanisme symétrique : accélération automatique si la demande dépasse la trajectoire, ralentissement si elle reste en deçà.
  4. Rendre obligatoire l’analyse en coût complet système. Reprenant la proposition du Haut-Commissaire à l’Énergie atomique, soutenue par l’Académie des sciences, tout scénario de programmation devra être accompagné du chiffrage de son coût complet — production, réseaux, stockage, flexibilités — et comparé à au moins deux scénarios alternatifs.
  5. Ériger la maîtrise de la demande en objectif contraignant, avec une cible de 130 TWh évités en 2050. Déclinée en objectifs sectoriels opposables : rénovation des logements, report modal, fret ferroviaire, efficacité industrielle. Financement par redéploiement des soutiens actuels aux surcapacités de production.
  6. Planifier le raccordement des centres de données. Conditionner l’accès au réseau à un schéma national et territorial de déploiement, imposer la transparence des consommations réelles, et interdire le recours à des capacités thermiques hors réseau. Les demandes de raccordement en cours représentent déjà 14 GW.

À lire également Ce chapitre s’articule avec notre volet « Le piège du logement » — la rénovation thermique étant l’un des principaux gisements de maîtrise de la demande — et avec notre volet réindustrialisation, dont la doctrine de financement conditionne la capacité de la France à produire elle-même ses pompes à chaleur, ses véhicules électriques et ses composants de réseau.

08

Questions fréquentes

Critiquer la PPE 3, n’est-ce pas s’opposer aux renouvelables ?

Non. Nous proposons de continuer à déployer l’éolien et le solaire, y compris l’éolien en mer dont la montée en puissance est nécessaire. Nous proposons de le faire à un rythme indexé sur la demande réelle plutôt que sur des prévisions démenties depuis huit ans. La différence n’est pas idéologique : elle est comptable. Une capacité installée qui ne trouve pas de débouché intérieur est payée par le consommateur et revendue à perte.

Si la consommation baisse, pourquoi construire des EPR2 ?

Parce que les deux questions ont des horizons différents. Le parc existant vieillit : les trois quarts des réacteurs atteindront soixante ans d’ici 2050, et l’Autorité de sûreté nucléaire ne s’est pas prononcée sur une prolongation au-delà. Sans construction neuve, la France subirait un effet falaise dans les années 2040, quelle que soit l’évolution de la demande d’ici là. Le nucléaire relève du renouvellement du socle, pas de l’ajustement conjoncturel.

La comparaison avec l’Allemagne n’est-elle pas biaisée ?

Elle est incomplète si on la limite au bilan carbone, et c’est pourquoi il faut la compléter. L’Allemagne a hérité d’un parc charbonnier qu’elle doit fermer, et son point de départ n’était pas le nôtre. Mais la leçon reste valable : dans un système sans capacité pilotable bas-carbone suffisante, l’intermittence est nécessairement adossée à du fossile. Le prix payé par les ménages allemands — 0,38 € par kWh contre 0,27 € en France au premier semestre 2025, selon Eurostat — traduit ce choix.

Le stockage ne va-t-il pas régler le problème ?

Pas à l’échéance considérée. Les capacités de stockage par batteries raccordées au réseau de distribution représentent aujourd’hui environ 550 MW, avec une croissance de 100 à 150 MW par an. Les ordres de grandeur nécessaires pour absorber 40 % d’intermittents sont sans commune mesure. Le chapitre de la PPE 3 consacré au stockage est d’ailleurs jugé particulièrement creux par l’Académie. Nous soutenons l’effort de recherche et le déploiement des flexibilités, mais nous refusons de fonder une politique publique sur une technologie dont le calendrier n’est pas établi.

Que se passe-t-il si la demande repart plus vite que prévu ?

C’est précisément l’objet du mécanisme de cliquet. Il est symétrique : si la consommation constatée dépasse la trajectoire, les volumes d’appels d’offres sont relevés automatiquement, sans nouvelle décision politique. C’est la différence entre planifier et parier. Nous visons l’ambition maximale sur chaque chantier tout en organisant la capacité à corriger — c’est la définition même d’une trajectoire robuste.

Pourquoi reprendre les travaux du Shift Project plutôt que produire les vôtres ?

Parce que nous refusons de réinventer la roue. Le Shift Project mobilise une quarantaine d’ingénieurs et de chercheurs salariés, épaulés par un réseau de plusieurs dizaines de milliers de bénévoles qualifiés, et ses travaux reposent sur des centaines d’auditions sectorielles conduites sur des années. Aucune équipe de campagne ne peut produire cela. Le rôle du politique n’est pas de fabriquer l’expertise : il est de l’assumer, de trancher les arbitrages que les rapports laissent ouverts, et de les traduire en décisions. C’est ce que fait ce chapitre.

Sources

  1. Académie des sciences, Avis sur la version révisée de la programmation pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3), 8 avril 2025. Auteur : Marc Fontecave, président du comité de prospective en énergie.
  2. RTE, Bilan électrique 2024.
  3. The Shift Project, Réussir la transition dans l’incertitude — la méthode Shift en 20 chantiers, avril 2025 (rapport de 341 pages et synthèse).
  4. Haut-Commissaire à l’Énergie atomique, Avis sur la programmation pluriannuelle de l’énergie, février 2025.
  5. Académie des sciences, L’hydrogène aujourd’hui et demain, mai 2024 ; Considérations sur l’électronucléaire actuel et futur, 2021.
  6. RTE et Agence internationale de l’énergie, rapport conjoint sur l’intégration des énergies renouvelables variables, 2021.
  7. Eurostat, statistiques des prix de l’électricité pour les ménages, premier semestre 2025.

Projet 2027 — Réussir ensemble
Chapitre Environnement · Énergie et programmation
Élysée Conseils · Philippe Agnelli, président
Publié le 29 juillet 2026. Ce document est une contribution au débat public ; il est appelé à être corrigé et enrichi.

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