Les marchands de bonheur : anatomie d’un déni collectif

Projet 2027 — Réussir ensemble · Rapport

Les marchands de bonheur : anatomie d’un déni collectif

Un éditorial paru fin juillet 2026 pose une question que personne, dans la campagne qui s’ouvre, n’a envie d’entendre : qui paie ? Nous avons repris la question et l’avons instruite. Voici les chiffres, les sources, et les cinq chefs d’accusation qui en découlent.

Élysée Conseils · 29 juillet 2026 · Temps de lecture : 16 minutes · Rapport rattaché au volet État, Europe & monde du Projet 2027

L’essentiel en cinq points

  • La dette publique française atteint 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, au premier trimestre 2026 — en hausse de 75,6 milliards en un seul trimestre (Insee, 25 juin 2026).
  • La charge d’intérêts devient le premier poste du budget de l’État. La Cour des comptes la projette au-delà de 100 milliards d’euros à l’horizon 2029.
  • La seule amélioration du déficit en 2025 provient exclusivement de hausses de prélèvements : les économies ont, une nouvelle fois, été reportées (Cour des comptes, juin 2026).
  • Il faudrait réduire le déficit de 3 points de PIB, soit environ 89,6 milliards d’euros, pour seulement arrêter la progression de l’endettement. Aucun programme présidentiel connu ne présente ce chiffrage.
  • Le pays a déjà rendu son verdict : 20 % des Français seulement pensent que les responsables politiques essaient de tenir leurs promesses (CEVIPOF, vague 17, janvier 2026).
Section 01

Ce que dit l’éditorial — et pourquoi il a raison

Le reproche adressé aux candidats de 2027 n’est pas d’être trop ambitieux. Il est de ne jamais nommer le payeur.

L’éditorial part d’un constat simple. À mesure que les projets se dévoilent, les promesses s’accumulent : éducation, salaires, technologies, transition énergétique. Chaque secteur reçoit sa part de largesses. La dette et les déficits, eux, ont disparu de l’horizon. À l’extrême gauche, on distribue dans une économie quasi administrée. À l’extrême droite, on prétend financer par le coût de l’immigration, la contribution européenne et la fraude — trois gisements qui ne produisent pas les dizaines de milliards annoncés. Chez les modérés, on promet des hausses massives de salaires et l’on refuse par avance « le sang et les larmes ».

L’éditorial relève une exception : sur les retraites, un candidat au moins accepte de dire qu’il faudra travailler plus longtemps et rouvrir le débat sur l’âge pivot — paramètre devenu tabou depuis le rejet de la réforme de 2023. Le reste du champ politique s’est réfugié derrière la seule durée de cotisation, ce qui revient à parler d’un thermomètre en refusant de regarder la température.

Nous partageons ce diagnostic. Nous ajoutons que ce n’est pas un accident de campagne : c’est un système. Il a une histoire, des mécanismes, des bénéficiaires — et un coût désormais mesurable.

Un programme qui ne dit pas qui paie n’est pas un programme. C’est une traite tirée sur nos enfants.

Section 02

L’incompatibilité mathématique de la campagne 2027

Dépenser davantage, prélever moins, réduire la dette : trois engagements, deux degrés de liberté. Il faut en abandonner un — et le dire.

Chaque chapitre de notre programme nomme l’incompatibilité arithmétique qui le structure. Celle de la campagne présidentielle est la plus élémentaire de toutes, et la plus systématiquement contournée. Un budget est une identité comptable : dépenses = recettes + emprunt. Promettre simultanément la hausse des unes, la baisse des autres et la décrue du troisième terme n’est pas une ambition politique, c’est une erreur d’algèbre.

3 536,1 Md€

Dette publique française au sens de Maastricht à la fin du premier trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB — après 115,7 % au trimestre précédent.

Source : Insee, Informations rapides n° 158, 25 juin 2026.

En un seul trimestre, l’endettement a progressé de 75,6 milliards d’euros. La contribution de l’État à cette hausse s’élève à 66,3 milliards. Le déficit public 2025 s’est établi à 152,5 milliards, soit 5,1 % du PIB. Rapportée à la zone euro, la France figure au troisième rang des pays les plus endettés, derrière la Grèce et l’Italie, avec l’un des déficits les plus élevés de la zone.

Trajectoire

Charge d’intérêts de la dette publique

En milliards d’euros. Barre pleine = constaté ; barre grisée = prévision.

202035 Md€
202458 Md€
202567 Md€
2026 (prévision)74 Md€
2029 (projection Cour des comptes)> 100 Md€

Sources : Cour des comptes, La situation des finances publiques début 2026 ; rapport du Sénat sur la mission « Engagements financiers de l’État », PLF 2026 ; Agence France Trésor. La charge de la dette de l’État seule dépasserait 70 Md€ dès 2027 et 90 Md€ en 2029.

Ce graphique est le vrai programme de la prochaine mandature. Chaque euro d’intérêt supplémentaire est un euro qui ne va ni à l’école, ni à l’hôpital, ni à la transition énergétique, ni à la défense. Il ne fait l’objet d’aucun arbitrage politique : il est dû.

Ce qu’on entend

« La croissance financera les mesures nouvelles. »

Ce que disent les comptes

Il faudrait réduire le déficit d’environ 3 points de PIB — près de 89,6 milliards d’euros — pour seulement enrayer la hausse du ratio d’endettement. Aucune hypothèse de croissance réaliste ne produit ce montant.

Chef d’accusation 01

Le mensonge par omission

Nous n’accusons personne de mentir sur ce qu’il dit. Nous accusons la classe politique professionnelle de mentir par ce qu’elle tait.

La technique est constante et elle est parfaitement rodée. On annonce une mesure. On en donne le coût brut, rarement le coût net. On désigne un financement qui, à l’examen, est soit déjà affecté à autre chose, soit hors d’atteinte, soit purement rhétorique : la fraude, les « gaspillages », les « superprofits », la contribution européenne, les économies « de bon sens » jamais détaillées. Puis on passe au thème suivant.

Le procédé fonctionne parce qu’il n’existe, en France, aucune obligation légale de chiffrage contradictoire d’un programme présidentiel. Le Haut Conseil des finances publiques évalue les prévisions macroéconomiques du gouvernement ; il n’évalue pas les promesses des candidats. La Cour des comptes analyse l’exécution passée ; elle n’arbitre pas les projets futurs. L’espace entre les deux est précisément celui où prospèrent les marchands de bonheur.

Des travaux privés existent — la Fondation iFRAP et l’Institut Montaigne publient des comparateurs et des chiffrages de programmes — mais ils reposent sur le volontariat des équipes de campagne et n’engagent personne. Un candidat peut les ignorer sans conséquence. C’est l’inverse d’une démocratie du contrat.

Ce qui n’est pas chiffré n’est pas un engagement. C’est une figure de style.

Chef d’accusation 02

Le report érigé en méthode de gouvernement

Reporter une réforme n’est pas la reporter. C’est la rendre plus dure, et en faire payer le surcoût à ceux qui ne votaient pas encore.

Le cas des retraites est exemplaire et il est chiffré. La réforme de 2023, adoptée dans les conditions que l’on sait, a été suspendue à l’automne 2025 : le relèvement progressif vers 64 ans et l’accélération de la durée de cotisation sont gelés jusqu’en janvier 2028. Coût annoncé devant le Sénat par la ministre chargée des comptes publics : 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard en 2027. Si ce décalage devait être prolongé sans mesure correctrice, la Fondation iFRAP estime le surcoût entre 18 et 20 milliards d’euros à l’horizon 2035.

Or ce surcoût s’ajoute à un déficit déjà programmé. Selon le Conseil d’orientation des retraites, même avec la réforme de 2023, le système s’oriente vers un déficit de 15 milliards d’euros en 2035 et de 30 milliards en 2045. Le débat public consiste donc à discuter de l’opportunité d’aggraver un déséquilibre que l’on n’a pas résorbé.

Le même mécanisme joue sur l’ensemble des comptes publics. La Cour des comptes établit que les deux années perdues en 2023 et 2024, puis la révision à la baisse des ambitions en 2025 et 2026, ont un coût mesurable : même avec un effort soutenu de 0,6 point de PIB par an à partir de 2027, la France ne reviendrait, en 2035, qu’au niveau d’endettement atteint en 2025. Dix ans pour revenir au point de départ.

2035

Année à laquelle la France retrouverait son niveau d’endettement de 2025, dans l’hypothèse d’un effort annuel de 0,6 point de PIB engagé dès 2027 — supérieur à ce qui a été accompli en 2025 et prévu pour 2026.

Source : Cour des comptes, La situation des finances publiques début 2026, février 2026.

Reporter est confortable, car le coût du report est différé, diffus, et n’apparaît dans aucun bulletin de vote. C’est exactement pour cette raison qu’il constitue le cœur du problème.

Chef d’accusation 03

L’impôt à la place de la réforme

Quand un pays préfère systématiquement lever un prélèvement plutôt que revoir une dépense, ce n’est plus un choix budgétaire : c’est un aveu d’incapacité.

Le déficit public est passé de 5,8 % du PIB en 2024 à 5,1 % en 2025. Cette inflexion a été présentée comme une bonne surprise. La Cour des comptes en donne une lecture différente et documentée : ce résultat provient exclusivement de hausses d’impôts et de cotisations sociales, tandis que les dépenses ont progressé plus vite que la richesse nationale. Au total, la juridiction financière recense environ 37 milliards d’euros de hausses de prélèvements sur 2025 et 2026.

Le 25 juin 2026, présentant le rapport annuel, la présidente de la première chambre de la Cour résumait la situation d’une formule : tous les signaux sont au rouge. La cible gouvernementale de 5 % de déficit pour 2026 est jugée loin d’être acquise, et le retour sous 3 % en 2029 hors d’atteinte en l’absence de trajectoire pluriannuelle crédible.

Ce point mérite d’être posé sans ambiguïté, parce qu’il est le point aveugle de tous les programmes. La France détient déjà l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés de l’Union européenne et le premier rang pour les cotisations sociales. L’instrument fiscal est saturé. Continuer à l’actionner ne produit plus de recettes proportionnelles : cela produit de l’exil, de l’optimisation, de l’attentisme d’investissement et du découragement au travail.

Le raisonnement dominant

« On trouvera bien de nouvelles recettes : il suffit de faire contribuer ceux qui le peuvent. »

Le constat de la Cour

Après 37 milliards d’euros de hausses de prélèvements en 2025 et 2026, l’ajustement exigera des économies durables sur la dépense primaire. L’empilement fiscal a atteint sa limite de rendement.

Chef d’accusation 04

Cinquante ans d’irresponsabilité sans sanction

Aucun budget de l’État n’a été exécuté à l’équilibre depuis 1974. Aucune personne n’a jamais été comptable de cette dérive.

Le fait est vertigineux et pourtant banalisé. La Cour des comptes l’a rappelé devant la commission des finances de l’Assemblée nationale : entre 2000 et 2019, la France n’a connu aucun exercice excédentaire, et quinze exercices sur vingt se sont clos par un déficit supérieur à 3 points de PIB. Sur cette seule période, la dette publique a progressé de près de 40 points de PIB, passant d’un peu moins de 60 % en 2000 à 96,7 % en 2019 — avant la crise sanitaire, donc, et hors tout choc majeur.

Ce n’est pas la conséquence d’un accident. C’est la conséquence d’une architecture institutionnelle dans laquelle personne ne supporte le coût de sa propre décision. Les lois de programmation des finances publiques existent depuis 2012 : elles n’ont jamais été respectées, et leur non-respect n’entraîne aucune conséquence. Un ministre qui manque sa cible budgétaire n’est ni révoqué, ni pénalisé, ni même généralement interrogé. Un dirigeant d’entreprise qui présenterait quinze exercices déficitaires sur vingt serait remplacé.

La chaîne de responsabilité, comparée
SituationDans une entrepriseDans la sphère publique
Prévision manquéeRévision du plan, mise en cause du dirigeantRévision de la cible, aucune mise en cause
Déficit répétéCessation de paiement, procédure collectiveRefinancement sur les marchés, poursuite
Engagement non tenuResponsabilité contractuelleAucun effet juridique
Horizon de décisionCycle d’investissement, 5 à 15 ansProchaine échéance électorale

On ne réforme pas un système en changeant ceux qui l’occupent. On le réforme en changeant ce qu’il leur en coûte de mal faire.

Chef d’accusation 05

Une classe qui ne connaît pas le risque

On ne demande pas à un responsable politique d’avoir dirigé une entreprise. On lui demande d’avoir su, une fois dans sa vie, ce que signifie l’irréversible.

La sociologie de la représentation nationale explique une partie du déni. Les données de l’Institut des politiques publiques sont sans appel : à l’issue des élections législatives de 2022, huit ouvriers et vingt-six employés siégeaient à l’Assemblée nationale sur 577 députés, soit environ 6 % de l’hémicycle, alors que ces catégories représentent près de 45 % de la population active. À l’inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures occupaient 70 % des sièges, contre 22 % dans la population active.

Représentation

Qui siège, et qui travaille

Part dans l’Assemblée nationale (rouge) et part dans la population active (bleu).

Cadres et professions intellectuelles — Assemblée70 %
Cadres et professions intellectuelles — population active22 %

Ouvriers et employés — Assemblée6 %
Ouvriers et employés — population active45 %

Population activeAssemblée nationale

Source : Institut des politiques publiques et Insee, législature élue en 2022, exploitation Observatoire des inégalités.

Le second déséquilibre est moins commenté et plus déterminant. Environ 40 % des députés sont issus du secteur public, alors que la fonction publique représente près de 20 % de l’emploi total ; les chefs d’entreprise comptent pour environ 5 % de l’hémicycle. La cause est structurelle et parfaitement identifiée : un fonctionnaire élu se met en disponibilité et retrouve, à l’issue de son mandat, son poste, son grade et sa rémunération. Un salarié du privé qui se présente perd son emploi et, en cas de défaite, n’a rien à retrouver.

Il ne s’agit pas de dénigrer le service public, dont notre programme défend le rôle. Il s’agit de constater que le filtre d’entrée en politique sélectionne massivement des parcours où l’erreur n’a pas de coût personnel. On ne peut pas demander à des femmes et des hommes qui n’ont jamais éprouvé la contrainte de solvabilité de construire un programme qui la respecte. Ce n’est pas une question de moralité : c’est une question d’expérience.

Section 08

Le verdict est déjà rendu

Les Français n’ont pas cessé de croire à la démocratie. Ils ont cessé de croire à ceux qui en vivent.

La vague 17 du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, réalisée par OpinionWay en janvier 2026 et publiée le 9 février, enregistre les niveaux les plus bas depuis la création de l’enquête en 2009. Seuls 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique, en recul de 4 points sur un an. La défiance atteint 78 %.

CEVIPOF · Vague 17 · Janvier 2026

Le procès de la politique professionnelle

Part des Français exprimant chaque jugement.

Les responsables politiques ne se préoccupent pas assez des citoyens87 %
Les élus sont plutôt corrompus76 %
Les responsables politiques essaient de tenir leurs promesses20 %

Confiance dans les maires60 %
Confiance dans l’Assemblée nationale20 %
Confiance dans les partis politiques15 %

Source : CEVIPOF / OpinionWay, Baromètre de la confiance politique, vague 17, terrain du 12 au 28 janvier 2026, publication du 9 février 2026.

Le chiffre décisif pour notre propos est celui de la promesse : 20 % seulement des Français pensent que les responsables politiques essaient de tenir leurs engagements. Autrement dit, quatre Français sur cinq considèrent que la parole publique est, par construction, sans valeur. Les marchands de bonheur ne trompent plus personne — et continuent pourtant d’occuper l’espace, faute d’alternative crédible.

Un dernier chiffre interdit toute lecture antidémocratique de ce constat : 82 % des Français continuent d’estimer que la démocratie est le bon système pour gouverner le pays, et 79 % souhaitent que les collectivités locales disposent de plus de pouvoir face à l’État. La demande n’est pas celle d’un autre régime. C’est celle d’une autre compétence, et d’une autre proximité. Pour la troisième année consécutive, ce sont les artisans qui arrivent en tête du classement de confiance.

Section 09

Nos six engagements de sincérité

Aucune de ces mesures ne crée un droit nouveau. Toutes rendent opposable ce que la loi prévoit déjà sans le sanctionner.

Accuser ne suffit pas. Si le défaut est institutionnel, la réponse doit être institutionnelle. Nous proposons six règles, dans la logique constante de notre programme : étendre et rendre effectif le droit existant plutôt qu’en inventer un nouveau.

Les six mesures

  1. Chiffrage public et contradictoire des programmes présidentiels. Extension de la mission du Haut Conseil des finances publiques : tout candidat ayant obtenu ses parrainages transmet son programme au HCFP, qui publie une évaluation de son impact sur le solde public avant le premier tour. Le candidat dispose d’un droit de réponse publié conjointement.
  2. Règle du gage intégral. Extension de la logique de l’article 40 de la Constitution à l’ensemble des annonces de l’exécutif : toute mesure nouvelle est présentée avec la recette ou l’économie qui la finance, identifiée et datée. Pas de gage, pas de mesure.
  3. Loi de programmation opposable. La loi de programmation des finances publiques existe depuis 2012 et n’a jamais été respectée. Nous la rendons contraignante : tout écart supérieur à 0,3 point de PIB déclenche un débat parlementaire obligatoire et la présentation d’un plan de correction dans les trois mois.
  4. Clause de caducité générale. Toute niche fiscale et toute dépense d’intervention nouvelle est créée pour cinq ans au maximum, avec évaluation ex post obligatoire avant reconduction. Ce qui n’est pas évalué s’éteint.
  5. Dépolitisation du paramètre âge. Ajustement automatique de l’âge d’équilibre à l’espérance de vie, sur le modèle suédois et danois, pour sortir du cycle des réformes à répétition et du chantage électoral qu’il alimente.
  6. Égalité de risque devant le mandat. Un agent public élu au Parlement quitte définitivement la fonction publique, comme dans la plupart des pays de l’OCDE. En contrepartie, création d’un mécanisme de retour à l’emploi ouvert à tous les anciens parlementaires, quelle que soit leur origine professionnelle.

La sixième mesure appelle une précision, parce qu’elle sera mal lue. Elle ne vise pas les fonctionnaires : elle vise l’asymétrie. Aujourd’hui, l’un risque tout et l’autre ne risque rien. Nous proposons de supprimer l’asymétrie par le haut — en sécurisant la sortie de mandat pour tous — plutôt que de la maintenir au bénéfice d’une seule catégorie.

Section 10

Ce que l’on peut nous opposer

Nous préférons porter nous-mêmes les objections sérieuses plutôt que de les laisser nous être opposées.

Première objection : l’austérité casse la croissance

Elle est fondée. Un ajustement brutal réduit la demande et peut dégrader le ratio de dette qu’il prétend améliorer. C’est précisément pourquoi la Cour des comptes recommande un effort étalé de 0,6 point de PIB par an plutôt qu’un choc, et pourquoi nous refusons la logique du rabot uniforme. Mais l’objection ne justifie pas l’immobilisme : plus le report se prolonge, plus l’ajustement futur devra être violent.

Deuxième objection : le chiffrage obligatoire limiterait le débat démocratique

Nous répondons l’inverse. Une évaluation publiée, contradictoire, assortie d’un droit de réponse, enrichit le choix de l’électeur au lieu de le contraindre. Le HCFP n’interdit rien ; il informe. Un candidat resterait parfaitement libre de proposer un programme coûteux — à condition d’assumer publiquement son coût.

Troisième objection : le déficit n’est pas le seul problème

Exact, et nous ne le prétendons pas. Le niveau de la dépense publique — plus de 57 % du PIB — pose une question de rendement autant que de volume. Un pays peut dépenser beaucoup et bien. La France dépense beaucoup et obtient des résultats moyens sur l’école, l’hôpital et l’insertion. C’est cette question de rendement, davantage que celle du montant, que nous traitons dans les chapitres sectoriels.

Notre propre exposition

Ce rapport nous engage. Chaque chapitre du Projet 2027 comporte un chiffrage et une source de financement identifiée. Nous nous soumettrons à l’évaluation du HCFP que nous proposons d’instituer, y compris si elle nous est défavorable. Une règle que l’on ne s’applique pas à soi-même n’est pas une règle : c’est un argument de campagne.

Nous ne promettons pas un pays plus facile. Nous promettons un pays qui sait ce qu’il paie, et qui décide en connaissance de cause.

Sources

  • Insee, À la fin du premier trimestre 2026, le ratio de dette publique s’établit à 117,5 % du PIB, Informations rapides n° 158, 25 juin 2026 — insee.fr
  • Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, rapport annuel, 25 juin 2026 — ccomptes.fr
  • Cour des comptes, La situation des finances publiques début 2026, février 2026 — ccomptes.fr
  • Sénat, rapport sur la mission « Engagements financiers de l’État », projet de loi de finances pour 2026 — senat.fr
  • Assemblée nationale, commission des finances, audition du Premier président de la Cour des comptes sur la situation et les perspectives des finances publiques (données 2000-2019)
  • CEVIPOF / OpinionWay, Baromètre de la confiance politique, vague 17, janvier 2026 — sciencespo.fr/cevipof
  • Conseil d’orientation des retraites, projections de solde du système de retraite (15 Md€ en 2035, 30 Md€ en 2045)
  • Sénat / ministère de l’Action et des Comptes publics, coût de la suspension de la réforme des retraites (100 M€ en 2026, 1,4 Md€ en 2027), octobre 2025
  • Fondation iFRAP, Suspension de la réforme des retraites : 20 milliards de dette en plus en 2035 ?, avril 2026 — ifrap.org
  • Institut des politiques publiques et Insee, composition socioprofessionnelle de l’Assemblée nationale, exploitation Observatoire des inégalités — inegalites.fr
  • Fondation iFRAP, Professions des députésifrap.org
  • Agence France Trésor, programme de financement de l’État 2026 — aft.gouv.fr
Philippe Agnelli
Président, Élysée Conseils
Projet 2027 — Réussir ensemble

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