Commerce extérieur · Souveraineté
La Chine : un « partenaire stratégique » de 9 millions de personnes ?
On présente volontiers la Chine comme un débouché incontournable pour l’industrie française. Les chiffres racontent une autre histoire : rapportée à ce qu’elle nous achète réellement, la deuxième économie mondiale pèse pour nos exportateurs à peine plus qu’un pays de neuf millions d’habitants.
L’essentiel
- La France exporte 24 milliards d’euros vers la Chine, et lui en achète 71 milliards.1
- Vers la Suisse — 9 millions d’habitants — nous exportons 19,8 milliards, pour 17,5 milliards d’importations.2
- Le déficit bilatéral avec la Chine est stable à 47 milliards d’euros, soit près de la moitié du déficit commercial français total.
- La dépendance n’est pas commerciale, elle est industrielle : nous ne dépendons pas de la Chine pour vendre, mais pour acheter.
Un marché de 1,4 milliard d’habitants qui en pèse neuf
Nos exportations vers la Chine ont reculé pour s’établir autour de 24 milliards d’euros. Dans le même temps, nous lui achetons 71 milliards.1 La Chine est ainsi devenue notre deuxième fournisseur, avec 13,6 % de nos importations totales.
Comparons maintenant avec la Suisse. Ce pays de neuf millions d’habitants absorbe 19,8 milliards d’euros de produits français, et ne nous en vend que 17,5 milliards.2 L’écart avec la Chine, en volume d’exportations, est donc de l’ordre de quatre milliards — pour un marché cent cinquante fois plus peuplé.
| Chine | Suisse | |
|---|---|---|
| Population | 1,4 Md | 9 M |
| Nos exportations | ≈ 24 Md€ | 19,8 Md€ |
| Nos importations | 71 Md€ | 17,5 Md€ |
| Solde pour la France | − 47 Md€ | + 2,3 Md€ |
La relation avec la Suisse est équilibrée. Celle avec la Chine ne l’est pas — et l’écart ne se referme pas.
Une dépendance d’acheteur, pas de vendeur
La part du déficit commercial français total imputable à la seule Chine, contre 38 % un an plus tôt.
Direction générale du Trésor — échanges bilatéraux France-Chine
Le constat est sans appel : nous ne dépendons pas de la Chine pour vendre, mais pour acheter. Notre fragilité vient de là, et non d’un accès insuffisant à son marché intérieur.
Le déséquilibre s’est par ailleurs nettement aggravé depuis la pandémie : le déficit bilatéral est aujourd’hui une fois et demie supérieur à son niveau de 2019.3 Ce n’est pas un accident de conjoncture, c’est une trajectoire.
Cette asymétrie mine notre souveraineté productive. Chaque euro de déficit correspond à une production qui n’a pas eu lieu ici, à une compétence qui ne s’est pas maintenue, à un emploi qui n’a pas été créé.
Rééquilibrer, plutôt que quémander l’accès
Si nous voulons redresser notre commerce extérieur, quatre chantiers s’imposent.
Quatre priorités
- Réindustrialiser. Reconstituer les capacités de production sur les segments où nous avons laissé filer le savoir-faire, plutôt que de subventionner la consommation d’importations.
- Diversifier nos marchés. L’exemple suisse le montre : un partenaire de taille modeste, mais équilibré et solvable, vaut mieux qu’un géant qui n’achète pas.
- Exiger la réciprocité. L’accès à notre marché doit être la contrepartie d’un accès équivalent au leur, sur les marchés publics comme sur les transferts de technologie.
- Réduire les dépendances critiques. Composants électroniques, terres rares, principes actifs pharmaceutiques : identifier les points de rupture et y remédier en priorité.
La Chine restera un acteur majeur de l’économie mondiale — cela n’est pas en question. Mais un acteur majeur ne devient un partenaire stratégique que lorsque la relation est équilibrée.
Aujourd’hui, elle ne l’est pas.
Pour aller plus loin
Notes
- Les échanges franco-chinois se sont élevés à environ 95 Md€, en recul de 3 %. Les exportations françaises vers la Chine s’établissent autour de 24 Md€, les importations à 71 Md€ — la Chine étant le deuxième fournisseur de la France avec 13,6 % de nos importations. Le déficit bilatéral reste stable à environ 47 Md€. ↩
- La Suisse est le 9e partenaire commercial de la France pour les biens, avec un excédent de 2,3 Md€ en faveur de la France — l’un des rares soldes positifs de notre commerce extérieur. Les secteurs concernés sont à forte valeur ajoutée : pharmacie, équipements industriels, chimie. ↩
- Le déficit bilatéral avec la Chine demeure supérieur d’environ 50 % à son niveau de 2019, tout en restant en deçà du pic historique de 55 Md€ atteint en 2022. ↩
Références vérifiées
- Direction générale du Trésor — Échanges bilatéraux entre la France et la Chine.
- Direction générale du Trésor — Relations économiques bilatérales France-Suisse.
- Douanes françaises — Le Kiosque, statistiques du commerce extérieur.
Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.


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