Société · Civisme
Du civisme, du savoir-vivre et de la civilité
On vante partout les mérites du vivre-ensemble, dans une société qui n’a jamais paru si individualiste. Le civisme n’est pourtant ni une nostalgie ni une leçon de morale : c’est ce qui rend la vie commune possible. Encore faut-il distinguer ce dont on parle.
L’essentiel
- Le civisme (du latin civis) désigne le rapport du citoyen à la collectivité et à l’institution : le respect de la chose publique.1
- Le savoir-vivre et la civilité relèvent d’autre chose : le respect d’autrui dans les rapports privés.
- Un acte d’incivisme n’est pas nécessairement illégal — s’abstenir de voter n’est pas puni par la loi.
- La ville de Liège a mené une campagne de communication remarquable sur le sujet.
Pourquoi ce sujet
Le civisme englobe le respect des règles et des valeurs qui contribuent au bien-être de la collectivité. Il affirme notre rôle de citoyens conscients de nos devoirs.
Dans mes échanges, les thèmes du civisme, du savoir-vivre et de la civilité reviennent constamment. Il me semble qu’il s’agit là d’éléments indispensables à une vie en société harmonieuse.
Ce week-end, grâce à mes enfants, j’ai découvert une campagne de communication de la ville de Liège consacrée au civisme.2 J’avais moi-même, à une époque, songé à réaliser de telles vidéos, tant certaines incivilités peuvent exaspérer.
Élevé dans le respect de ces règles élémentaires — ne rien jeter par terre — je me retrouve souvent avec des papiers dans mes poches faute de poubelle à proximité. Aussi ne puis-je m’empêcher d’être attristé en voyant des adultes jeter négligemment un mégot, un papier ou un chewing-gum au sol.
Quel exemple donnons-nous ainsi à nos jeunes ?
Le civisme est une valeur qui se transmet de génération en génération. Elle ne se décrète pas : elle s’observe, puis s’imite.
Trois notions qu’on confond constamment
La confusion entre ces trois termes n’est pas innocente : elle permet de réduire le civisme à une question de bonnes manières, alors qu’il engage le rapport à l’institution.
Savoir-vivre et civilité
Le respect d’autrui dans le cadre des rapports privés. Tenir la porte, dire bonjour, ne pas couper la parole. Relève des usages.
Civisme
Le respect de la chose publique et l’affirmation d’une conscience politique. Relève du rapport à l’institution qui représente la collectivité.
Le civisme, du latin civis — le citoyen — désigne le respect et le dévouement de celui-ci envers la collectivité dans laquelle il vit, ainsi que le respect de ses conventions et de ses lois. Cet ensemble de règles, écrites ou non, vise la régulation de la vie en société.
Il implique donc la connaissance de ses droits comme de ses devoirs. C’est un point souvent escamoté : on parle volontiers d’incivilités pour désigner des comportements désagréables, beaucoup moins pour désigner l’abstention, la fraude ou le désintérêt pour le débat public — qui sont pourtant les incivismes au sens propre.
Point notable : un acte d’incivisme n’est pas nécessairement réprimé par la loi. En France, se soustraire à son devoir d’électeur n’est pas puni. Le civisme repose donc, par construction, sur l’adhésion et non sur la contrainte.
Une vertu aussi ancienne que la République
L’intérêt pour la vertu civique remonte aux plus anciennes républiques — Athènes, Rome — où elle était considérée comme la condition même de la vie en communauté. La virtus romaine et l’areté politiké grecque désignaient précisément cette disposition à faire passer l’intérêt de la cité avant le sien.
Le civisme est ainsi intimement lié à l’idéal républicain : il exprime la vertu de celui qui veut et sait vivre en citoyen. Ce n’est pas une soumission, c’est une compétence.
Aujourd’hui, il demeure essentiel pour maintenir l’équilibre entre les droits et les responsabilités de chacun. Une société qui réclame des droits sans consentir aux devoirs correspondants ne devient pas plus libre : elle devient invivable, puis autoritaire — car il faut bien que quelqu’un fasse respecter ce que plus personne ne respecte spontanément.
Le mégot jeté au sol n’est pas un drame. Ce qu’il signale l’est davantage : l’idée que la rue n’appartient à personne, donc que personne n’en répond.
Si vous avez connaissance d’autres campagnes sur ce thème, n’hésitez pas à les signaler en commentaire.
Pour aller plus loin
Notes
Références vérifiées
Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

