Projet 2027 — Réussir ensemble · Constat
L’état de la France en 2026 : le constat chiffré
Premier taux de prélèvements de la zone euro. Deuxième niveau de dépense publique de l’Union européenne. Et des services publics qui se dégradent partout à la fois. Ces trois propositions ne peuvent pas être vraies en même temps sans qu’une quatrième le soit aussi. Voici l’état des lieux, source par source, sans polémique et sans complaisance.
L’essentiel en dix chiffres
- 117,5 % du PIB — dette publique à fin mars 2026, soit 3 536 milliards d’euros.
- 74 Md€ — intérêts de la dette prévus en 2026, devenus le premier poste du budget de l’État.
- 8,3 % — taux de chômage au deuxième trimestre 2026, sixième hausse trimestrielle consécutive.
- 70 228 — défaillances d’entreprises sur douze mois glissants, un record de trente-cinq ans.
- 200 M€ — excédent commercial alimentaire 2025, plus bas niveau depuis au moins vingt-cinq ans.
- 78 % — part des Français déclarant n’avoir pas confiance dans la politique.
- 3 500 000 — procédures en attente dans les services d’enquête.
- 6 millions — Français sans médecin traitant déclaré.
- 15,4 % — taux de pauvreté, le plus élevé depuis le début de la mesure en 1996.
- +4 °C — réchauffement inscrit au Code de l’environnement pour la France en 2100.
Sommaire
- Les prélèvements : premier de la zone euro
- La dette : les intérêts avant les armées
- Le décrochage du niveau de vie
- L’industrie : le plus désindustrialisé des grands pays européens
- Le commerce extérieur et la dépendance
- L’agriculture : la bascule de 2025
- La démocratie : le socle qui se fissure
- La chaîne pénale : saturée aux deux bouts
- La santé : la dépense la plus socialisée d’Europe
- L’école : le vivier qui s’assèche
- La sécurité civile : les moyens promis, jamais livrés
- Le climat : +4 °C inscrit dans le droit
- Le vivant : l’effondrement silencieux
- La pauvreté : le résultat
Ce texte n’est pas un réquisitoire. C’est un état des lieux. Nous n’y citons aucun responsable politique par son nom, parce que l’objet n’est pas de désigner des coupables mais de mesurer une trajectoire : ce que la France était, ce qu’elle est devenue, et vers quoi elle se dirige si rien ne change. Chaque chiffre est vérifiable. Chaque source est indiquée. Là où les données se contredisent, nous le disons.
Nous ne partons pas du principe que la France est condamnée. Nous partons du principe inverse : un pays qui prélève 1 305 milliards d’euros par an dispose de moyens considérables. La question n’est pas d’en avoir plus. Elle est de savoir pourquoi ces moyens produisent si peu.
Les prélèvements : premier de la zone euro
La France n’est pas « championne du monde » des prélèvements. Elle est première de la zone euro et deuxième de l’Union européenne. La nuance ne change rien au problème.
Idée reçue
La France est le pays le plus taxé du monde.
Réalité
Elle est deuxième de l’Union européenne, derrière le Danemark. Mais elle dépasse la moyenne européenne de près de cinq points de PIB.
Deux mesures coexistent, et il faut les distinguer pour ne pas se tromper de débat. Selon la méthode de l’INSEE, hors crédits d’impôt et cotisations imputées, le taux de prélèvements obligatoires s’établit à 43,6 % du PIB en 2025, contre 42,8 % en 2024. Selon la méthode d’Eurostat, qui permet les comparaisons internationales, il atteint 45,3 % en 2024, contre 40,4 % en moyenne dans l’Union à vingt-sept, et 45,8 % au Danemark.
Montant total des prélèvements obligatoires en France en 2025, après 1 254 milliards en 2024.
Source : INSEE, comptes nationaux base 2020
Ce niveau de prélèvement finance une dépense publique de 57,2 % du PIB en 2025. C’est l’un des deux plus élevés de l’Union européenne. Et pourtant, en 2025, l’ensemble des soldes des administrations publiques — État, collectivités, sécurité sociale — étaient simultanément déficitaires. Une configuration qui ne s’est produite qu’une dizaine de fois depuis 1949, et jusqu’ici uniquement lors de crises majeures.
On ne peut pas prélever davantage que ses voisins, dépenser davantage que ses voisins, et obtenir moins que ses voisins — sans que quelque chose, dans la mécanique, ne soit cassé.
C’est cette incompatibilité qui structure tout ce qui suit. Elle n’appelle pas plus de recettes. Elle appelle un examen de ce que produit chaque euro dépensé. Nous détaillons cette analyse dans notre FAQ consacrée à la fiscalité et à la dépense publique.
La dette : les intérêts avant les armées
Pour la première fois dans l’histoire budgétaire moderne, le premier poste de dépense de l’État français n’est ni l’éducation, ni la défense, ni la santé. Ce sont les intérêts de sa propre dette.
À la fin du premier trimestre 2026, la dette publique au sens de Maastricht atteint 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, après 115,7 % au trimestre précédent. Elle s’établissait à 3 460,5 milliards fin 2025, soit 115,6 % du PIB, contre 112,6 % fin 2024 et 109,5 % fin 2023. En quinze ans, le ratio a progressé de plus de trente points, quand la moyenne de la zone euro est restée quasiment stable.
Le déficit public 2025 s’élève à 152,5 milliards d’euros, soit 5,1 % du PIB, après 5,8 % en 2024. C’est mieux que prévu. C’est toujours près du double du plafond européen de 3 %, et bien au-dessus de la moyenne de l’Union.
Mais le chiffre qui compte n’est pas l’encours. C’est son coût.
Charge d’intérêts de la dette publique — en milliards d’euros
Sources : Agence France Trésor, projet de loi de finances 2026 ; Cour des comptes (projections 2029 et 2031). Charge en comptabilité nationale.
Intérêts de la dette prévus en 2026. C’est davantage que le budget des armées hors pensions, davantage que l’enseignement supérieur, davantage que la justice. Soit seize milliards de plus qu’en 2024.
Source : Agence France Trésor, PLF 2026
Une précision de méthode, car elle est souvent source de confusion : l’Agence France Trésor publie une charge budgétaire de la dette, sensiblement inférieure à la charge en comptabilité nationale retenue par la Cour des comptes et Eurostat. Les deux chiffres sont exacts ; ils ne mesurent pas la même chose. Nous retenons ici la comptabilité nationale, seule comparable à l’échelle européenne.
En 2026, le programme de financement de l’État atteint un niveau jamais atteint dans l’histoire budgétaire française. Au premier semestre, la charge de la dette a progressé de plus de 18 % sur un an. Un groupe d’experts missionné par le ministère des Finances a averti qu’en l’absence de mesures correctrices, le déficit public pourrait atteindre 5,9 % du PIB en 2027 puis 6,8 % en 2030.
Chaque euro d’intérêt est un euro qui ne va ni à l’hôpital, ni à l’école, ni à la transition énergétique. Ce n’est pas un arbitrage politique. C’est une soustraction automatique.
Le décrochage du niveau de vie
Sur vingt-cinq ans, la France a capté un peu plus de la moitié de l’enrichissement moyen des pays comparables.
Entre 2000 et 2025, la France n’a enregistré qu’environ 63 % de la croissance moyenne du PIB par habitant de l’Union européenne, 59 % de celle des pays de l’OCDE et 54 % de celle des États-Unis. Le pays est passé d’un avantage de huit points sur la moyenne européenne à un retard de deux points.
Il faut dire aussi ce que cela ne signifie pas. La France n’a reculé que de deux places dans le classement européen en dix ans, et sa démographie plus jeune que celle de l’Italie ou de l’Allemagne pèse mécaniquement sur le PIB par habitant. Le décrochage est réel, il n’est pas un effondrement. Nous le disons parce qu’un constat exagéré est un constat qu’on peut réfuter.
Les causes identifiées par les organisations internationales sont convergentes : une productivité qui progresse moins vite que chez nos partenaires, un taux d’emploi inférieur — particulièrement chez les jeunes et les seniors — et un appareil productif rétréci. Au premier trimestre 2026, la croissance française était nulle, quand l’Espagne progressait de 0,6 %, l’Allemagne de 0,3 % et l’Italie de 0,2 %.
La productivité apparente du travail se situait en 2025 environ quatre points en dessous de sa tendance d’avant la crise sanitaire. Ce point est central : il relie l’ensemble des chapitres qui suivent. Un pays qui produit moins par heure travaillée ne peut ni financer sa protection sociale, ni rembourser sa dette, ni investir dans sa transition.
L’industrie : le plus désindustrialisé des grands pays européens
Malgré cinquante-quatre milliards d’euros engagés dans un plan d’investissement et un discours constant de réindustrialisation, la part de l’industrie dans l’économie française a continué de reculer.
L’industrie hors construction représentait 12,0 % du PIB en 2025, contre 13,2 % en 2023. À la même date : 20,7 % en Allemagne, 17,6 % en Italie, 17,0 % en moyenne dans la zone euro, 14,2 % en Espagne. Sur le seul périmètre manufacturier, la France est passée de 10 % du PIB en 2017 à environ 9,5 % en 2025, quand la moyenne européenne se situe autour de 15 %.
| Pays | Part du PIB |
|---|---|
| Allemagne | 20,7 % |
| Italie | 17,6 % |
| Zone euro | 17,0 % |
| Espagne | 14,2 % |
| France | 12,0 % |
L’année 2025 a été particulièrement révélatrice : environ vingt mille emplois industriels détruits, et un solde net de fermetures de sites après plusieurs années de solde positif. Entre 2021 et 2023, la France ouvrait plus de cent sites industriels nets par an. En 2025, elle en a fermé plus qu’elle n’en a ouvert.
On ne réindustrialise pas un pays dont l’électricité, la fiscalité de production et la formation technique ne sont pas alignées sur cet objectif.
Ce constat rejoint deux de nos analyses antérieures : celle consacrée à la question de la réindustrialisation, et celle qui rappelle que l’énergie n’est pas un intrant parmi d’autres. La trajectoire électrique française, que nous avons analysée à propos de la programmation pluriannuelle de l’énergie, en est une condition directe.
Le commerce extérieur et la dépendance
Le déficit commercial se réduit. Il reste structurellement supérieur à son niveau d’avant la crise énergétique, et sa composition s’est aggravée.
En 2025, le solde commercial français sur les biens s’établit à −69,2 milliards d’euros, en amélioration de dix milliards par rapport à 2024, et très loin du point bas historique de −161,7 milliards atteint en 2022. Les exportations ont progressé de 2,5 % à 614,7 milliards, portées notamment par l’aéronautique ; les importations n’ont augmenté que de 0,7 %, à 703,6 milliards, grâce au repli des prix de l’énergie.
L’amélioration est donc réelle. Elle est aussi largement conjoncturelle : elle tient d’abord à la normalisation de la facture énergétique. Le déficit demeure supérieur de plus de onze milliards à son niveau de 2019.
Part de la Chine dans le déficit commercial français total en 2024, contre 38 % en 2023. Le solde bilatéral s’établissait alors à −47 milliards d’euros, soit une fois et demie le niveau de 2019.
Source : Direction générale du Trésor, d’après DGDDI
La question n’est pas seulement quantitative. Elle est qualitative : la France exporte des produits bruts ou peu transformés et importe des produits à forte valeur ajoutée. C’est la définition économique d’un déclassement. Nous avons développé ce point dans notre analyse de la relation commerciale franco-chinoise et dans notre doctrine de souveraineté économique.
L’agriculture : la bascule de 2025
Le premier pays agricole d’Europe a vu, en une seule année, son excédent alimentaire fondre de 3,9 milliards d’euros à 200 millions.
C’est probablement le fait économique le plus important de l’année écoulée, et le moins commenté. Selon les Douanes, dans un rapport paru le 6 février 2026, l’excédent commercial alimentaire français est tombé à 200 millions d’euros en 2025, un niveau jamais observé depuis au moins vingt-cinq ans. L’excédent des produits transformés est passé de 4,4 milliards à 500 millions. Le solde des produits agricoles bruts est devenu déficitaire.
Solde commercial alimentaire — décomposition, ordres de grandeur 2025
Sources : Douanes françaises, février 2026 ; décomposition d’après Agreste et Team France Export. Ordres de grandeur.
La lecture de ce graphique est sans ambiguïté : hors vins et spiritueux, la France ne dégage plus d’excédent alimentaire depuis plus de dix ans. L’excédent global tient à une seule filière, patrimoniale et non reproductible. Retirez-la, et le premier pays agricole d’Europe est structurellement importateur de sa propre alimentation.
Un pays qui n’assure plus son alimentation par sa production n’est pas seulement moins riche. Il est moins libre.
Les facteurs sont documentés : érosion des volumes exportés, perte de parts de marché au sein même de l’Union européenne, dépendance croissante aux importations de produits transformés, et une double brèche en productivité et en compétitivité signalée depuis des années. Nous avons abordé ces sujets dans nos analyses sur l’accord Mercosur et sur la dépendance énergétique de nos agriculteurs et de nos pêcheurs.
La démocratie : le socle qui se fissure
Les Français ne rejettent pas la démocratie. Ils constatent qu’elle ne produit plus de résultats. La distinction est capitale, et elle est mesurée.
La dix-septième vague du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, réalisée par OpinionWay auprès de 3 166 personnes en janvier 2026, enregistre des niveaux jamais atteints depuis la création de l’enquête en 2009. 78 % des Français déclarent n’avoir pas confiance dans la politique, en hausse de quatre points sur un an. 76 % estiment que le système démocratique fonctionne mal.
| Institution ou acteur | Confiance | Évolution |
|---|---|---|
| Le maire de sa commune | 60 % | −1 pt |
| Son député | 34 % | −6 pts |
| L’Assemblée nationale | 20 % | −4 pts |
| Le Président de la République | 18 % | −5 pts |
| Les partis politiques | 15 % | — |
Ce tableau contient toute la démonstration. La confiance ne s’effondre pas uniformément : elle s’effondre à mesure que l’on s’éloigne du citoyen. Le maire, élu de proximité et directement responsable devant ceux qu’il croise chaque jour, conserve la confiance d’une majorité. Les institutions nationales ne la conservent plus.
Idée reçue
Les Français se détournent de la démocratie et seraient prêts à s’en passer.
Réalité
82 % d’entre eux estiment qu’un système politique démocratique est une bonne chose pour gouverner le pays. C’est son efficacité qui est en cause, pas son principe.
La demande exprimée est précise et constante. 79 % souhaitent que les collectivités locales disposent de plus de pouvoir face à l’État. 79 % souhaitent un recours plus fréquent au référendum. 77 % sont favorables à l’organisation de conventions citoyennes. Il ne s’agit pas d’un rejet du politique : il s’agit d’une demande de reprise de contrôle.
Part des Français estimant qu’il n’y a pas de quoi être fier du système démocratique français. Ils sont 40 % en Italie, 34 % en Allemagne, 32 % au Royaume-Uni.
Source : CEVIPOF / OpinionWay, Baromètre de la confiance politique, vague 17, février 2026
Ce diagnostic n’est pas détachable du contexte institutionnel. Depuis l’été 2024, quatre chefs de gouvernement se sont succédé, la France a vécu près d’un trimestre entier sous le régime de l’expédition des affaires courantes, et le budget 2026 n’a été définitivement adopté qu’au terme de trois cent cinquante heures de débats étalées sur quatre mois. Un pays qui consacre l’essentiel de son énergie politique à se doter d’un budget n’en consacre plus à préparer son avenir.
L’attachement démocratique est intact. C’est la capacité de la démocratie à décider et à exécuter qui ne l’est plus.
Nous avons consacré une analyse détaillée à cette édition du Baromètre CEVIPOF, ainsi qu’à la démocratie participative et aux effets de la réforme électorale sur la démocratie locale. C’est également la raison d’être de nos outils citoyens, macommune.app et citoyen.direct.
La chaîne pénale : saturée aux deux bouts
La France n’a pas un problème de lois pénales. Elle a un problème de capacité à les appliquer.
Idée reçue
Il faut voter des lois plus sévères.
Réalité
Les lois existent. Ce qui manque, c’est la capacité matérielle de les mettre en œuvre, du dépôt de plainte à l’exécution de la peine.
Une note interministérielle du 29 juillet 2026, établie à partir des remontées des trente-six parquets généraux et confirmée par les ministères concernés, a rendu public ce que les rapports internes décrivaient depuis des années. Des procédures restées au seul niveau des services d’enquête, sans que la justice en soit informée : mille deux cent soixante-quinze découvertes dans un seul ressort, neuf cent cinq dans un autre. Des dossiers en déshérence depuis plus de trois ans alors que l’auteur était identifié. Des dossiers purement perdus.
Le document est explicite sur la nature du problème : les difficultés sont d’ordre structurel et tiennent aux effectifs, à la formation et aux outils de pilotage, non à la volonté des personnels de terrain. Dans certains services, chaque enquêteur suit plus de trois cents dossiers. Ailleurs, six enquêteurs sont affectés à plus de quatre mille procédures.
Procédures en attente dans les services d’enquête, tous contentieux confondus.
Source : évaluation citée en séance publique, Assemblée nationale, 17ᵉ législature
Recrutements actés pour la filière investigation en février 2026, rapportés au besoin estimé par l’Association nationale de la police judiciaire pour résorber le stock. La filière compte aujourd’hui 31 500 agents.
Sources : plan ministériel du 27 février 2026 ; ANPJ
Dans le même temps, le budget de la police d’investigation est passé de 3,5 à 3,1 milliards d’euros en 2025, et il manquera encore une centaine de millions en 2026 par rapport à 2024.
Prioriser à effectif constant, ce n’est pas prioriser. C’est déplacer le retard.
La démonstration est faite par les parquets généraux eux-mêmes. Là où le traitement d’un contentieux a été légitimement renforcé, d’autres sont devenus mécaniquement moins prioritaires. Ailleurs, la massification d’un contentieux a saturé toute la filière judiciaire. Et une mobilisation générale décrétée en urgence a elle-même dégradé la qualité des enquêtes, faute d’enquêteurs formés disponibles. Chaque priorité annoncée depuis dix ans a été financée en dépriorisant silencieusement autre chose. Personne ne l’a décidé : c’est le résultat arithmétique d’un stock qui croît plus vite que la ressource.
À l’autre extrémité de la chaîne, le même phénomène. Au 1er juin 2026, les prisons françaises comptaient 88 829 détenus pour environ 63 300 places opérationnelles. Au 1er février, la densité carcérale atteignait 136,9 % en moyenne, 167 % en maison d’arrêt — où sont incarcérés les prévenus présumés innocents — et dépassait 200 % dans vingt-cinq établissements. Le nombre de détenus dormant sur un matelas posé au sol a progressé de 60 % en un an. En janvier 2026, le Conseil de l’Europe a alerté sur la dérive du système pénitentiaire français.
Entre les deux extrémités, le délai. Selon la Commission européenne pour l’efficacité de la justice, une affaire civile est jugée en première instance en 637 jours en France, contre 218 jours en Allemagne et 289 jours en Espagne.
On n’arrive ni à instruire, ni à juger dans des délais raisonnables, ni à exécuter dignement. C’est une seule et même défaillance, mesurée à trois endroits.
Sur les faits eux-mêmes, le bilan statistique 2025 du service statistique du ministère de l’Intérieur est contrasté : les violences physiques progressent de 5 %, les violences sexuelles de 8 %, les viols et tentatives de viol de 9 %, l’usage de stupéfiants de 6 % ; en revanche, les cambriolages reculent de 3 % et les vols de véhicules de 9 %. Nous rapportons les deux mouvements, parce qu’un constat qui ne retiendrait que les hausses ne serait pas un constat.
La santé : la dépense la plus socialisée d’Europe
La France ne dépense pas plus que l’Allemagne pour sa santé. Elle socialise davantage cette dépense — et obtient un accès aux soins qui se dégrade.
Idée reçue
La France dépense pour sa santé plus que tous ses voisins.
Réalité
Sa dépense courante de santé atteint 11,4 % du PIB, au-dessus de la moyenne européenne de 10,3 %, mais en dessous de l’Allemagne. L’anomalie française porte sur la part publique.
La dépense courante de santé au sens international représentait 11,4 % du PIB en 2023 comme en 2024, contre 10,3 % en moyenne dans l’Union européenne à vingt-sept. Mais la dépense publique de santé atteint 11,8 % du PIB en France, contre 10,2 % en moyenne européenne et 10,4 % en Allemagne. C’est là que se situe la singularité française — et donc le levier.
Le résultat, mesuré du côté du patient :
Français sans médecin traitant déclaré, dont plusieurs centaines de milliers de patients en affection de longue durée. Environ 87 % du territoire est aujourd’hui classé en situation de fragilité médicale.
Sources : Assurance maladie ; agences régionales de santé, 2026
Selon le baromètre de la Fédération hospitalière de France publié en mars 2026, 73 % des Français déclarent avoir renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années, soit dix points de plus qu’en 2024. La cause la plus fréquemment citée n’est pas le coût : c’est l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable. Près d’un Français sur deux déclare s’être rendu aux urgences alors que son état ne le justifiait pas.
L’Atlas de la démographie médicale publié par l’Ordre des médecins le 31 mars 2026 montre l’ampleur de la fracture territoriale : entre 2010 et 2026, la Creuse a perdu 19,3 % de ses médecins en activité régulière, le Cher 17,3 %, quand les Hautes-Alpes en gagnaient 44,7 % et la Savoie 40,6 %. Ce n’est pas une pénurie nationale. C’est une répartition qui a cessé de fonctionner.
L’école : le vivier qui s’assèche
Le taux de couverture des concours enseignants s’est amélioré en 2026. Il s’est amélioré en changeant les règles, pas en restaurant l’attractivité du métier.
À la session 2026, le ministère de l’Éducation nationale affiche un taux de couverture global des postes de 94 %, contre 88,3 % en 2025, avec 24 351 candidats admis contre un peu plus de 16 000 l’année précédente. En mathématiques, 93 % des postes sont pourvus, contre 74,4 % un an plus tôt.
Ce redressement est réel, et il faut le dire. Il intervient toutefois après une réforme qui a ouvert les concours du second degré dès la licence, en parallèle du niveau master, multipliant les viviers de candidature. Les organisations syndicales relèvent que sur la voie dédiée aux reconversions professionnelles, 18 % des postes restent non pourvus, avec des taux nettement supérieurs dans plusieurs disciplines déficitaires.
L’indicateur qui résiste au changement de règles est le nombre de candidats par poste. Il était de 2,2 pour un poste de professeur des écoles en 2023, contre 5,3 en 2010. De 2,1 au CAPES, contre 4,4 en 2010. Dans certaines académies d’Île-de-France, on comptait moins d’un candidat par poste.
On peut élargir le vivier en abaissant le seuil d’entrée. On ne restaure pas ainsi l’attractivité d’un métier.
Nous avons développé ce diagnostic dans notre analyse des points faibles de l’éducation en France : reconnaissance sociale, formation initiale et continue, intégration du numérique.
La sécurité civile : les moyens promis, jamais livrés
Seize bombardiers d’eau ont été annoncés. La flotte en compte toujours douze, d’un âge moyen de trente ans.
Au mois d’août 2025, l’incendie du massif des Corbières, dans l’Aude, a parcouru près de dix-sept mille hectares. C’est le feu le plus important qu’ait connu la France depuis 1949. Il a coûté la vie à une personne, fait vingt-trois blessés et détruit trente-cinq habitations.
La flotte nationale de lutte aérienne contre les feux de forêt comprend douze Canadair, dont la disponibilité opérationnelle est irrégulière, et huit Dash. L’âge moyen des Canadair est d’environ trente ans, et leur corrosion est accélérée par les écopages en mer. Un renforcement à seize appareils a été annoncé publiquement ; les réponses gouvernementales successives font état d’une livraison contractuellement due en 2028 et d’un calendrier de renouvellement dérivant jusqu’en 2033 ou 2035.
Surface brûlée en France en 2022, contre 16 000 hectares en 2023 et 23 000 en 2024. La variabilité est forte d’une année sur l’autre ; c’est précisément pourquoi une flotte dimensionnée sur la moyenne est insuffisante les années de pointe.
Source : ministère de l’Intérieur, réponses parlementaires
Un rapport parlementaire de juillet 2025 pointait par ailleurs une limite technique : la capacité d’emport de six tonnes des appareils actuels devient insuffisante face à des feux exigeant des moyens de saturation supérieurs. Nous avons développé ce sujet dans notre article « La France a brûlé selon les prévisions ».
Aucun de ces incendies n’est une surprise. Tous étaient documentés, prévus, chiffrés. Ce n’est pas un défaut de prévision : c’est un défaut de suite donnée à la prévision.
Le climat : +4 °C inscrit dans le droit
Il n’est plus nécessaire de discuter des scénarios climatiques : l’État français a inscrit le sien dans le Code de l’environnement.
Le décret n° 2026-23 du 23 janvier 2026 a intégré à la partie réglementaire du Code de l’environnement la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique. Elle fixe trois horizons pour la France hexagonale et la Corse par rapport à la période préindustrielle : +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050, +4 °C en 2100.
Ce n’est pas un scénario militant. C’est la norme d’adaptation à laquelle toutes les politiques publiques françaises doivent désormais se référer.
Réchauffement déjà observé en France sur la décennie 2016-2025 par rapport à l’ère préindustrielle. Sur un siècle, la moyenne est de +1,9 °C, contre +1,4 °C pour l’ensemble du globe : la France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale.
Source : Météo-France
L’année 2025 s’est classée au quatrième rang des années les plus chaudes jamais enregistrées en France, avec une température moyenne de 14,0 °C. Dans une France à +4 °C, cette même valeur correspondrait au niveau des années les plus fraîches. Un jour sur deux, en 2025, a enregistré une température supérieure à la normale de saison, contre un jour sur cinq en dessous.
Les projections de Météo-France pour l’horizon +4 °C décrivent un pays différent : un nombre de jours de vagues de chaleur multiplié par sept à douze par rapport au climat des années quatre-vingt-dix, un seuil de 40 °C atteint en moyenne chaque année, des vagues de chaleur pouvant durer jusqu’à deux mois en continu, et un risque de feu généralisé à l’ensemble du territoire.
L’adaptation n’est plus une option prospective. Elle est une obligation réglementaire dont l’essentiel reste à financer.
Le vivant : l’effondrement silencieux
Ce recul ne fait pas de titres parce qu’il ne produit ni victimes identifiables ni images spectaculaires. Il est pourtant l’un des mieux mesurés.
Entre 1989 et 2024, en France métropolitaine, l’indice de l’état des populations d’oiseaux communs spécialistes — ceux qui dépendent d’un habitat précis, agricole, forestier ou bâti — a chuté de 37 points. Sur la même période, l’indice des espèces généralistes a progressé de six points. Ce double mouvement décrit exactement ce qu’est l’érosion de la biodiversité : non pas une disparition brutale, mais un appauvrissement, le remplacement d’une diversité par une uniformité.
Populations d’oiseaux communs en France — indice base 100 en 1989
Source : programme STOC, Vigie-Nature ; PatriNat (OFB-CNRS-MNHN) ; SDES, 2026. Tracé schématique de la tendance.
Les autres indicateurs convergent. Entre 2006 et 2021, les populations des chauves-souris les plus communes ont diminué de 43 %. En 2024, 18 % des espèces évaluées dans la Liste rouge nationale sont éteintes ou menacées. La France est le sixième pays au monde par le nombre d’espèces mondialement menacées présentes sur son territoire.
La première cause identifiée est l’artificialisation des sols, estimée à environ vingt mille hectares par an. Elle détruit les milieux et fragmente les corridors écologiques. Environ 8,3 % des sols de métropole sont aujourd’hui artificialisés.
Il faut aussi mentionner ce qui fonctionne : la France compte plus de six mille espaces protégés et soixante-seize plans nationaux d’action couvrant plus de quatre cent soixante-dix espèces, avec des résultats parfois significatifs — les populations d’oiseaux d’eau hivernants ont progressé de 135 % entre 1980 et 2025. Là où l’on protège sérieusement, cela marche. C’est un argument pour agir, pas pour se rassurer.
La pauvreté : le résultat
Le premier taux de prélèvements de la zone euro produit le taux de pauvreté le plus élevé jamais mesuré en France.
En 2024, 9,8 millions de personnes vivaient en France métropolitaine sous le seuil de pauvreté monétaire, fixé à 1 337 euros par mois pour une personne seule. Le taux de pauvreté s’établit à 15,4 %, stable par rapport à 2023, et reste à son plus haut niveau depuis le début de la série en 1996.
Le niveau de vie des plus modestes s’est pourtant redressé en 2024, sous l’effet des revalorisations du salaire minimum, des pensions et des prestations sociales, dans un contexte de désinflation. Mais il n’a pas progressé plus vite que celui du milieu de l’échelle. Le taux de pauvreté est donc resté stable — à son pic.
Dans le même temps, les inégalités de niveau de vie atteignent un niveau historiquement élevé, sous l’effet de la progression des revenus du haut de la distribution.
| Situation | Taux |
|---|---|
| Familles monoparentales | 34,0 % |
| Chômeurs | 36,1 % |
| Travailleurs indépendants | 18,4 % |
| Ensemble de la population | 15,4 % |
| Retraités vivant à domicile | 10,4 % |
| Salariés | 6,9 % |
À ce tableau s’ajoute la dynamique du marché du travail. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage atteint 8,3 % de la population active, soit 2,7 millions de personnes — sixième hausse trimestrielle consécutive, et plus haut niveau depuis 2020. Chez les 15-24 ans, il s’établit à 21,6 %.
Et du côté des entreprises : 70 228 défaillances sur douze mois glissants à fin avril 2026. La Banque de France souligne qu’un tel niveau n’avait été atteint ni lors de la crise financière de 2008, ni lors de la crise des dettes souveraines. Près de 69 milliards d’euros de prêts garantis par l’État restaient à rembourser, avec des échéances massives à l’été 2026.
Nous avons consacré des analyses spécifiques à l’ampleur de la pauvreté en France, au coût réel du travail et à la crise du logement.
Ce que ce constat démontre
Reprenons les trois propositions du début. La France détient le premier taux de prélèvements de la zone euro. Elle affiche l’un des deux plus hauts niveaux de dépense publique de l’Union européenne. Et ses services publics se dégradent simultanément dans la santé, l’école, la justice, la police et la sécurité civile.
Ces trois propositions sont vraies. Elles ne peuvent l’être ensemble que si une quatrième l’est aussi : le problème n’est pas le volume des moyens, mais leur affectation et l’absence d’évaluation de ce qu’ils produisent.
L’argent existe. Ce qui manque, c’est la chaîne qui relie l’euro prélevé au résultat obtenu.
Trois observations traversent l’ensemble de ce constat.
Première observation : rien de ce qui arrive n’était imprévu. Les incendies étaient prévus, la flotte vieillissante documentée depuis dix ans. L’asphyxie des services d’enquête était signalée par des rapports successifs. Le décrochage agroalimentaire avait fait l’objet d’alertes répétées. La trajectoire de la charge de la dette est mécanique. Nous ne sommes pas devant des surprises. Nous sommes devant des avertissements sans suite.
Deuxième observation : la proximité fonctionne encore. Le maire conserve la confiance de 60 % des Français quand l’Assemblée nationale n’en obtient que 20 %. Là où la protection de la nature est sérieusement organisée, les populations remontent. Ce n’est pas la capacité d’action collective qui a disparu ; c’est sa capacité d’action à distance.
Troisième observation : chaque priorité non financée en déprioris une autre. C’est vrai dans la police, dans l’hôpital, dans l’école. Une annonce sans moyens n’est pas neutre : elle déplace le manque. C’est pourquoi nous refusons, dans le programme que nous construisons, toute proposition qui ne soit pas chiffrée et gagée.
Ce constat n’appelle ni résignation, ni catastrophisme. Un pays qui produit 1 305 milliards d’euros de recettes publiques, qui dispose du deuxième domaine maritime mondial, d’un parc électrique décarboné, d’une démographie plus favorable que celle de ses voisins et d’une population qui demeure à 82 % attachée à la démocratie n’est pas un pays en fin de course. C’est un pays mal employé.
C’est à partir de ce diagnostic que nous avons construit le programme Projet 2027 — Réussir ensemble : un programme ouvert, documenté, chiffré, mis à la disposition de tous les candidats et de tous les citoyens. Vous pouvez également consulter notre manifeste ou rejoindre la démarche.
Ce constat vous paraît-il juste ? Que manque-t-il ? Dites-le-nous en commentaire. Cette page est un document vivant : elle est mise à jour à chaque publication de données officielles nouvelles.
Sources
- INSEE — À la fin du premier trimestre 2026, le ratio de dette publique s’établit à 117,5 % du PIB, Informations rapides n° 158, 25 juin 2026.
- INSEE — En 2025, le déficit public s’élève à 5,1 % du PIB, la dette publique à 115,6 % du PIB, Informations rapides n° 78, 27 mars 2026.
- INSEE — Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage augmente de 0,2 point et atteint 8,3 %, Informations rapides n° 192, 7 août 2026.
- INSEE — Niveau de vie et pauvreté en 2024, Insee Première n° 2117, juillet 2026.
- INSEE — Taux de prélèvements obligatoires rapportés au PIB ; taux de prélèvements obligatoires au sein de l’Union européenne (extraction Eurostat, février 2026).
- Agence France Trésor — Programme de financement et charge de la dette, projet de loi de finances 2026.
- Cour des comptes — Projections de la charge d’intérêts à horizon 2029 et 2031.
- Banque de France — Défaillances d’entreprises, statistiques mensuelles, avril 2026.
- Direction générale des douanes et droits indirects — Résultats du commerce extérieur 2025, février 2026.
- Direction générale du Trésor — Échanges bilatéraux France-Chine.
- Agreste / ministère de l’Agriculture — Commerce extérieur agroalimentaire, séries mensuelles 2025-2026.
- CEVIPOF / OpinionWay — Baromètre de la confiance politique, vague 17, février 2026.
- Ministère de la Justice — Statistique des établissements et des personnes écrouées, 2026 ; Conseil de l’Europe, rapport sur les prisons françaises, janvier 2026.
- CEPEJ — Commission européenne pour l’efficacité de la justice, délais de jugement.
- Ministère de l’Intérieur, SSMSI — Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique et atlas départemental.
- DREES — Comparaisons internationales de la dépense courante de santé en 2023 et 2024, édition 2025.
- Conseil national de l’Ordre des médecins — Atlas de la démographie médicale, 31 mars 2026 ; Fédération hospitalière de France, baromètre mars 2026.
- Ministère de l’Éducation nationale — Résultats des concours de recrutement, session 2026.
- Météo-France — À quel climat s’adapter selon la TRACC ? ; bilan climatique 2025. Décret n° 2026-23 du 23 janvier 2026.
- SDES / PatriNat (OFB-CNRS-MNHN) — La biodiversité en France, état des connaissances en 2025 ; programme STOC, Vigie-Nature.
- Assemblée nationale et Sénat — Questions écrites, rapports budgétaires et comptes rendus de séance, 16e et 17e législatures.
Élysée Conseils — Laboratoire d’idées citoyen, association loi 1901.
Projet 2027 — Réussir ensemble. Programme open source mis à disposition de tous les candidats et de tous les citoyens.
Contact : contact@elysee-conseils.fr · Vos idées : mesidees@elysee-conseils.fr

Je suis Docteur en Économie et je fais le même constat que vous. Rencontrons-nous sur Paris début septembre !
Avec plaisir Pascal je monterai une semaine sur 2 à Paris à partir de mi-septembre dès que j’ai retrouvé l’usage de mon épaule… N’hésitez pas à partager mon poste sur vos réseaux sociaux 😉
Les pages du groupe souverainiste FREXIT-LIBERTÉ vous sont ouvertes. Les plus importants prélèvements dans la zone OCDE pour des résultats de plus en plus décevants.
L’administration censée être au service des citoyens et servir au mieux l’économie a renversé les rôles. C’est aujourd’hui l’entreprise et les citoyens qui semblent être au service de L’administration !