Payés avec notre argent… pour leur projet personnel

Payés avec notre argent… pour leur projet personnel

Institutions · 2027

Payés avec notre argent… pour leur projet personnel

Annoncez à votre employeur que vous consacrerez les douze prochains mois à votre projet personnel tout en gardant votre salaire. Comptez les heures avant la porte. En politique, la même pratique porte un autre nom : une campagne présidentielle.

Élysée Conseils · Philippe Agnelli · 24 avril 2026

L’essentiel

  • Seize candidats déclarés à la présidentielle 2027 exercent un mandat électif rémunéré par l’argent public.1
  • Aucun ne démissionne de son mandat pour faire campagne.
  • Ce que le Code du travail sanctionne chez un salarié — le manquement à la loyauté — devient une pratique banale en politique.2
  • La règle proposée : toute candidature officielle entraîne démission du mandat, ou mise en disponibilité sans rémunération.
L’expérience de pensée

Imaginez la scène

Lundi matin, vous arrivez au bureau. Vous annoncez à votre employeur que pendant les douze prochains mois, vous continuerez à toucher votre salaire — mais que votre véritable priorité, ce sera votre projet personnel.

Combien de temps avant la porte ? Quelques heures.

Le Code du travail ne plaisante pas avec cela. La loyauté est due. La déloyauté se paie.2 Un salarié qui consacre le temps payé par son employeur à préparer sa propre activité concurrente commet une faute, et cette faute est sanctionnée.

Le fait

Seize mandats, zéro démission

Regardons maintenant la liste des candidats déclarés à la présidentielle 2027.

Candidats déclarés et mandats exercés simultanément
Candidat Mandat conservé
Édouard Philippe Maire du Havre
Bruno Retailleau Sénateur de la Vendée
Xavier Bertrand Président de la région Hauts-de-France
David Lisnard Maire de Cannes
Laurent Wauquiez Député de la Haute-Loire
Gabriel Attal Député des Hauts-de-Seine
Jérôme Guedj Député de l’Essonne
Clémentine Autain Députée de Seine-Saint-Denis
François Ruffin Député de la Somme
Nicolas Dupont-Aignan Député de l’Essonne
Marine Le Pen Députée du Pas-de-Calais
François Hollande Député de la Corrèze
Marine Tondelier Conseillère régionale Hauts-de-France
Sarah Knafo Députée européenne
Raphaël Glucksmann Député européen
Jordan Bardella Député européen

Tous payés par l’argent public. Le vôtre. Le mien. Tous élus pour servir un territoire, une circonscription, des concitoyens. Tous, désormais, tournés vers une autre ambition.

Les Havrais ont-ils voté pour que leur maire sillonne la France ? Les Vendéens ont-ils élu un sénateur pour qu’il bâtisse un projet national ? Les Cannois, les Picards, les Briards ont-ils signé pour un élu à temps partiel ?

Non. Jamais.

Le constat

Deux poids, deux mesures

Pas un seul de ces candidats ne démissionne. Pas un seul ne dit :

« Mes concitoyens méritent mieux qu’un élu absent. Je rends mon mandat. Je me consacre à ma campagne, sur mes fonds propres. »

Pas un. Tous cumulent, tous empochent, tous jouent sur les deux tableaux.

Pour un salarié

Consacrer son temps payé à un projet personnel concurrent : manquement à l’obligation de loyauté, licenciement possible pour faute.

Pour un élu

La même pratique devient normale, banale, revendiquée. Elle porte même un nom respectable : faire campagne.

Voilà le vrai visage du politicien professionnel : quelqu’un qui se fait élire pour un mandat, et qui utilise la tribune, le réseau, le temps et le salaire de ce mandat pour en conquérir un autre.

Cela a un nom. Dans toute autre organisation, on l’appellerait un détournement d’usage.

La proposition

Une règle simple suffirait

La mesure

  1. Toute candidature officielle à l’élection présidentielle entraîne la démission du mandat en cours, ou à défaut une mise en disponibilité sans rémunération pour la durée de la campagne.

Cela ne les empêcherait nullement de faire campagne. Cela les obligerait simplement à respecter ceux qui les ont élus — et à assumer personnellement le coût de leur ambition, comme n’importe quel citoyen qui quitte un emploi pour se lancer.

On objectera que la démission créerait des vacances de mandat et des élections partielles coûteuses. L’argument mérite d’être entendu : c’est précisément pourquoi la mise en disponibilité sans rémunération constitue l’option de repli. Le siège reste pourvu, le suppléant assure l’intérim, et le contribuable cesse de financer une campagne privée.

Tant qu’on ne l’exigera pas, la politique restera ce qu’elle est devenue : une carrière personnelle, financée par les contribuables, déguisée en service public.

Notes

  1. Liste des candidats déclarés à la date de rédaction, avril 2026. Les déclarations de candidature ayant pu évoluer depuis, cette liste vaut comme instantané et non comme état définitif de la compétition présidentielle.
  2. L’obligation de loyauté du salarié découle de l’article L1222-1 du Code du travail, qui impose l’exécution de bonne foi du contrat de travail. La jurisprudence sanctionne notamment l’exercice d’une activité concurrente pendant le temps de travail. Le mandat électif ne relève évidemment pas du Code du travail — la comparaison est éthique, non juridique.

Références vérifiées

Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

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