Projet 2027 — Réussir ensemble · Retraites
Réforme des retraites 2027 : le nouveau contrat social.
La réforme des retraites 2027 sera le débat obligé de la présidentielle. Le Conseil d’orientation des retraites vient de doubler sa prévision de déficit à l’horizon 2070. Il calcule aussi que, sans refondation, la France partira en moyenne à 67,6 ans. Voici notre alternative : un système universel à points, ajusté automatiquement à l’espérance de vie, et une capitalisation à la Française qui fait de chaque salarié un copropriétaire du capital productif national.
Sommaire
- Réforme des retraites 2027 : trois idées reçues à corriger
- Les chiffres clés du système de retraite français
- Un système universel à points
- L’ajustement automatique à l’espérance de vie
- La pénibilité intégrée au calcul du point
- La capitalisation à la Française : le peuple actionnaire
- Pension minimale et solidarité entre retraités
- L’angle démographique : le désir d’enfant contrarié
- Comparatif avec la réforme de 2023
- Calendrier de mise en œuvre
- Questions fréquentes
Chapitre 1Réforme des retraites 2027 : trois idées reçues à corriger
Le système de retraite français date des ordonnances Laroque de 1945. Il repose sur la solidarité entre générations : les actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités d’aujourd’hui. Ce modèle a été conçu à une époque où l’espérance de vie coïncidait presque avec l’âge de la retraite. Il est aujourd’hui structurellement déséquilibré. Six réformes depuis 1993 n’y ont rien changé, et la dernière a été suspendue deux ans après son adoption.
Avant de discuter des solutions, rétablissons trois chiffres que le débat public déforme régulièrement.
« Les retraités ont cotisé toute leur vie : ils ne touchent que ce qu’ils ont payé. »
Un retraité né en 1955 percevra environ deux fois ce qu’il a cotisé, selon les calculs de rendement interne du Conseil d’orientation des retraites. Ce rendement n’a rien d’immoral : il traduit la croissance et la démographie des Trente Glorieuses. Mais il se dégrade génération après génération. Ce sont nos enfants qui paient la différence.
« On passe déjà sa vie au travail. »
L’espérance de vie à la naissance représente environ 790 000 heures. Une carrière de 42 ans en représente environ 68 000, soit 8,6 % d’une vie. En 1945, la même carrière en représentait 24 %. Le travail n’a jamais occupé une part aussi faible de l’existence humaine.
« La réforme de 2023 a réglé le problème. »
Elle a été partiellement suspendue dès décembre 2025 par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Et le rapport du COR de juin 2026 a doublé la prévision de déficit à l’horizon 2070, de 1,4 % à 2,4 % du PIB, après avoir abaissé son hypothèse de fécondité de 1,8 à 1,45 enfant par femme.
Mais le défi le plus profond n’est ni démographique ni paramétrique. Il tient à la mutation du capitalisme lui-même : la valeur migre du travail vers le capital. Usines automatisées, robotique, intelligence artificielle. Demain, des pans entiers de la production se feront sans masse salariale. Or notre système repose sur des cotisations assises sur les salaires. Quand le travail humain recule, l’assiette s’évapore, même avec une démographie parfaite.
Chapitre 2Les chiffres clés du système de retraite français
Toutes les données ci-dessous proviennent de sources officielles : DREES (édition 2025), Conseil d’orientation des retraites (rapports de juin 2025 et juin 2026), Cour des comptes (février 2025), INSEE, INED, Sénat (rapport PLF 2025) et Banque de France.
- 370 Md€de pensions versées en 2023 pour 17,2 millions de retraités. Premier poste de dépenses de la protection sociale.
- ≈ 245 Md€de cotisations sociales brutes perçues en 2024, soit 58,7 % des recettes. Le reste provient d’impôts affectés et de transferts de l’État. Ce besoin de financement hors cotisations pèse in fine sur l’emprunt public.
- 2,4 % du PIBde déficit projeté en 2070 par le COR en juin 2026, contre 1,4 % un an plus tôt. Le déficit a doublé en une seule révision, principalement à cause de la chute de la natalité.
- 67,6 ansl’âge moyen de départ qu’imposerait l’équilibre par le seul levier de l’âge en 2070 : 64,4 ans dès 2030, 65,8 ans en 2045. Sans refondation, la retraite à 68 ans est la trajectoire par défaut.
- 1,45 enfantpar femme : la nouvelle hypothèse de fécondité du COR, abaissée de 20 %. La fécondité réelle est d’environ 1,6, quand le désir d’enfant exprimé par les Français se situe autour de 2,3.
- 13,1 % du PIBconsacrés aux retraites. Sur 1 000 € de prélèvements obligatoires, environ 560 € vont à la protection sociale, dont 259 € aux retraites.
- 350 Md€de dette projetée pour le seul régime général d’ici 2045, sur 3 160 Md€ de dette publique totale.
- 4 → 1,7le ratio actifs/retraités est passé de 4 pour 1 en 1960 à 1,7 aujourd’hui. Il tombe à 1,39 au régime général seul.
- < 1 %de croissance du PIB en tendance, avec 0,7 % de gains de productivité dans le scénario central du COR. Nous ne créons plus assez de richesses pour financer le modèle social des Trente Glorieuses.
- 24 Md€ / 89 Md€du budget de l’Éducation nationale sont une sur-cotisation employeur destinée à financer les pensions des fonctionnaires. Le budget sert à payer des retraites, pas des professeurs.
- 24 ans / 20 ansdurée moyenne passée à la retraite, femmes et hommes. En 1960, l’espérance de vie à 65 ans était d’environ 14 ans.
- × 2un retraité né en 1955 touchera environ deux fois ce qu’il a cotisé. Ce rendement implicite se dégrade pour les générations suivantes.
- ≈ 30 000centenaires en France, davantage que dans tout autre pays d’Europe. Bonne nouvelle humaine, défi actuariel majeur.
- 790 000 heuresd’espérance de vie à la naissance, pour environ 68 000 heures travaillées sur 42 ans, soit 8,6 % de la vie. En 1945 : 24 %.
- + 14 %de hausse des cotisations serait nécessaire pour équilibrer le système à droit constant. La France figure déjà parmi les taux les plus élevés de l’OCDE.
- 53-57 ans / 67 ansâge de départ des régimes spéciaux (RATP, SNCF) comparé à celui d’un conducteur de métro berlinois. L’injustice des régimes spéciaux tient en un chiffre.
- 6 mois / 25 ansbase de calcul de la pension : les six derniers mois pour un fonctionnaire, les vingt-cinq meilleures années pour un salarié du privé. On parle d’équité sociale ?
- 3 000 Md€d’épargne financière des Français : environ 2 000 à 2 100 Md€ en assurance-vie, majoritairement en fonds euros, et environ 900 Md€ sur les livrets réglementés. Une épargne abondante, mais mal orientée vers l’économie productive.
Chapitre 3Un système universel à points
Chaque euro cotisé crée des droits lisibles et portables. Ce n’est pas une lubie de technocrate. C’est le fonctionnement de l’Agirc-Arrco, créé par la CGT en 1947, et de l’Ircantec des fonctionnaires et des élus. Deux régimes qui fonctionnent, et que la CFDT a accepté de réformer.
Pourquoi les points
Le système actuel par annuités est opaque, inéquitable et fragmenté en une trentaine de régimes aux règles différentes. Le passage aux points apporte trois avantages décisifs :
- Transparence — chaque cotisant connaît en temps réel le nombre de points accumulés et la valeur de sa future pension.
- Portabilité — les points suivent le cotisant quel que soit son statut : salarié, indépendant ou fonctionnaire. Plus aucune rupture de droits au changement de carrière.
- Équité — un euro cotisé donne les mêmes droits à tous. Cela met fin à l’anomalie des six derniers mois contre vingt-cinq meilleures années.
Ce qui distingue notre réforme des retraites du projet de 2019
La réforme Delevoye proposait elle aussi un système à points, et elle a été massivement rejetée. Notre proposition s’en distingue sur quatre points :
- Une pension minimale garantie autour de 1 000 € net pour une carrière complète, absente du projet de 2019.
- Un véritable pilier de capitalisation, adossé aux participations de l’État et à la participation de toutes les entreprises. Absent également.
- Un coefficient de pénibilité intégré au point lui-même, de sorte que le point ne s’acquiert pas au même rythme selon la dureté du métier.
- Une valeur du point protégée par la loi. La crainte centrale des syndicats était qu’un gouvernement puisse la baisser par décret. Nous inscrivons dans la loi son indexation sur l’inflation, avec un plancher légal.
Fusion universelle des régimes
Nous proposons la fusion totale de l’ensemble des régimes : régime général, fonction publique, professions libérales, régimes spéciaux, régimes agricoles. La convergence est progressive sur quinze à vingt ans pour les actifs en poste. Les nouveaux entrants sur le marché du travail sont immédiatement affiliés. Les droits acquis sont intégralement convertis en points selon une table d’équivalence publique, contrôlée par le Conseil d’orientation des retraites.
Chapitre 4L’ajustement automatique à l’espérance de vie
L’âge de départ cesse d’être un paramètre fixé politiquement — 62, 64, 65 ans — pour découler d’un ratio légal entre durée de cotisation et espérance de vie. Ce ratio, ancré dans la loi, garantit l’équilibre du pilier répartition sans intervention politique. Il évolue avec la démographie réelle, à la hausse comme à la baisse.
Le rapport du COR de juin 2026 en apporte la démonstration. Il calcule lui-même que l’équilibre par le seul levier de l’âge imposerait 64,4 ans en 2030, 65,8 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070. Cette trajectoire arrivera de toute façon. La seule question est de savoir si elle s’imposera par des crises politiques à répétition tous les cinq ans, ou par une règle transparente adoptée démocratiquement une fois pour toutes.
Les pays qui l’ont adopté
- Suède — système à comptes notionnels depuis 1994, espérance de vie intégrée au calcul du diviseur de rente. Notre modèle de référence.
- Danemark — âge de départ directement indexé sur l’espérance de vie à 60 ans, avec révision quinquennale.
- Pays-Bas — mécanisme comparable, avec ajustement périodique de l’âge légal.
- Finlande, Portugal, Italie — coefficients de transformation liés à l’espérance de vie intégrés au calcul des pensions.
La France est le seul grand pays européen à ne disposer d’aucun mécanisme de ce type.
Et les cotisations ?
Nous maintenons le niveau actuel, environ 28 % du salaire brut, parts employeur et salarié confondues. L’ajustement automatique, combiné au rendement croissant du pilier de capitalisation, permet d’équilibrer le système sans hausse des prélèvements. C’est l’inverse des 14 % de cotisations supplémentaires qu’imposerait le statu quo.
Chapitre 5La pénibilité intégrée au calcul du point
Un euro cotisé par un banquier assis à son bureau et un euro cotisé par un déménageur ne représentent pas la même usure d’une vie. Notre système le reconnaît dans le calcul même du point.
Des points qui ne coûtent pas le même effort
L’acquisition des points est affectée d’un coefficient multiplicateur selon la catégorie de métier et l’exposition réelle : travail de nuit, port de charges lourdes, postures pénibles, exposition à des agents cancérogènes, intempéries, travail à la chaîne. Concrètement, pour un même euro cotisé, le couvreur, le déménageur ou l’aide-soignante de nuit acquièrent davantage de points que le cadre sédentaire.
La conséquence est automatique et juste : les métiers pénibles atteignent leur total de points plus tôt, donc partent plus tôt. Sans régime spécial, sans dérogation, sans commission d’examen. C’est le nombre de points, et non le statut, qui détermine les droits. Ce mécanisme remplace à la fois les régimes spéciaux et le compte professionnel de prévention actuel, dont les critères ergonomiques retirés en 2017 n’ont jamais été réintégrés.
Le droit à la seconde partie de carrière
La vie au travail n’est pas un long fleuve tranquille. Nul ne devrait être carreleur, charpentier ou conducteur d’engins de 20 à 67 ans. Ce n’est pas parce qu’on a passé sa vie au marteau-piqueur qu’on doit y finir. Nous créons donc un droit à la seconde partie de carrière. À partir de 55 ans — plus tôt pour les métiers les plus durs — chaque travailleur des métiers physiquement éprouvants peut basculer vers des fonctions plus douces : postes administratifs, accueil, assistance, et surtout transmission et enseignement, dans le public comme dans le privé, avec une réduction progressive du nombre d’heures et de la difficulté.
Cette mesure ne crée pas d’emplois publics supplémentaires. Elle réaffecte intelligemment des postes existants. Pourquoi mobiliser un jeune de 25 ans, dans la force de l’âge, pour tenir un guichet ou classer des archives, quand un maçon de 58 ans dont le dos ne suit plus peut le faire avec expérience et sérénité ? Pourquoi confier l’orientation des jeunes à des conseillers sortis d’école qui n’ont jamais exercé, quand un artisan fort de trente ans de métier peut témoigner de ce que sont réellement les métiers manuels ? La force vive aux postes productifs, l’expérience aux postes de contact et de transmission. Chacun y gagne. Le travailleur usé reste en emploi et en cotisation au lieu de basculer en invalidité ou en préretraite coûteuse.
Chapitre 6La capitalisation à la Française : le peuple actionnaire
Le général de Gaulle voulait que les travailleurs deviennent copropriétaires du capital. Les ordonnances de 1967 ont créé la participation aux bénéfices. Nous créons la participation au capital, avec un moteur perpétuel.
La valeur migre du travail vers le capital
Usines automatisées fonctionnant sans lumière ni opérateurs, robots industriels, intelligence artificielle qui s’attaque désormais aux tâches intellectuelles : la part du travail humain dans la production recule, et le mouvement va s’accélérer. Un système de retraite financé exclusivement par des cotisations sur les salaires est structurellement condamné dans une telle économie. Son assiette rétrécit quand la richesse, elle, continue de croître — mais ailleurs, dans le capital.
Les grandes puissances l’ont compris. La Norvège a bâti le premier fonds souverain mondial pour transformer une rente pétrolière en patrimoine perpétuel de ses citoyens. Singapour a fait de Temasek le bras actionnarial de sa prospérité. Et les États-Unis eux-mêmes ont basculé : l’administration américaine a pris en 2025 une participation d’environ 10 % dans Intel et multiplie les prises de participation stratégiques, jusque dans l’intelligence artificielle. Quand l’Amérique conservatrice devient actionnaire de ses champions technologiques, plus personne ne peut qualifier d’étatiste l’idée que les outils de production doivent appartenir, pour partie, au peuple français.
Notre réponse n’est pas de taxer les robots. Une taxe fait fuir l’investissement et se contourne. Notre réponse est d’en posséder une part. La propriété capte les dividendes où que la production ait lieu, et donne voix à la gouvernance.
Transférer les participations de l’État, non les vendre
L’Agence des participations de l’État gère un portefeuille d’environ 160 milliards d’euros dans les grandes entreprises françaises — EDF, Engie, Orange, La Poste, Aéroports de Paris — produisant de 2 à 4 milliards d’euros de dividendes annuels. Nous proposons de transférer progressivement ces participations, et leurs dividendes, dans le compartiment retraite du fonds souverain.
Il faut être clair : il s’agit d’un transfert, pas d’une vente. L’État conserve les bijoux de famille et le contrôle stratégique, par les droits de vote, les actions de préférence et les minorités de blocage. Mieux : le cantonnement dans le compartiment retraite renforce la protection de ce patrimoine. Une participation logée dans le fonds de retraite des Français devient politiquement invendable. Aucun gouvernement futur n’osera privatiser ce qui appartient aux retraites du peuple français.
Ce capital d’amorçage répond aussi à l’objection classique de la double charge de transition, selon laquelle la génération pivot devrait payer les retraites courantes tout en capitalisant pour elle-même. Ici, le capital initial ne vient pas des cotisations. Il vient du patrimoine que la nation possède déjà. Personne ne paie deux fois.
La participation de toutes les entreprises
Toutes les entreprises de France, petites, moyennes et grandes, participent à l’alimentation du système :
- Les entreprises cotées contribuent en actions, versées au plan d’épargne retraite de leurs salariés. Des mécanismes d’échange croisé entre grandes capitalisations assurent la diversification au sein même du capital français, par une centralisation générale plutôt qu’au gré à gré.
- Les entreprises non cotées contribuent en numéraire, qui sert à acquérir des parts des fonds nationaux.
- L’ensemble alimente cinq à six fonds différenciés, gérés par la Caisse des dépôts, la Banque de France et Bpifrance. Ils sont diversifiés par classes d’actifs et par secteurs, et investis dans l’économie réelle française et européenne : PME, ETI, infrastructures, transition énergétique. Un compartiment immobilier, dans une proportion raisonnable, est adossé à la SCPI publique territoriale de notre volet logement.
Le principe d’égalité est central. Le cadre d’un grand groupe et le salarié d’une PME locale détiennent les mêmes fonds. Les montants diffèrent, puisque les salaires diffèrent, mais jamais la qualité des supports ni leur diversification. Pas de capitalisation à deux vitesses. Aucun salarié n’est exposé majoritairement à sa propre entreprise : la diversification est garantie par construction, de sorte que la défaillance d’une entreprise n’ampute qu’une fraction marginale des droits de chacun.
Le mécanisme viager : un capital qui ne meurt jamais
Les droits servis par ce pilier prennent la forme d’un droit viager aux revenus du capital. Juridiquement, il s’agit d’un usufruit, figure classique de notre droit civil que tout notaire pratique. Le retraité perçoit sa vie durant les dividendes attachés à ses parts. À son décès, ce droit s’éteint naturellement, comme s’éteint une pension de retraite. Personne ne confisque rien : un droit viager prend fin avec la vie, c’est sa définition même. Nul ne s’indigne d’ailleurs que sa pension du régime général ne soit pas transmissible à ses enfants.
Le capital sous-jacent est alors recyclé selon une clé de répartition, à titre indicatif moitié-moitié, modulable selon la taille des entreprises et les concertations à venir. Une part retourne au plan de l’entreprise d’origine, pour être réattribuée aux salariés actifs et futurs retraités. L’autre abonde le fonds général et renforce la mutualisation nationale.
Le mécanisme crée un capital tournant. L’entreprise ne se dilue qu’une fois, puis le stock d’actions circule de génération en génération de salariés. Comme l’entreprise a grandi entre-temps, la part recyclée vers le fonds général ne l’appauvrit pas. Décès après décès, le fonds national s’enrichit de capital productif sans prélever un euro d’impôt ou de cotisation supplémentaire.
Mobiliser l’épargne des Français par l’incitation
Les Français détiennent près de 3 000 milliards d’euros d’épargne financière : 2 000 à 2 100 milliards en assurance-vie, dont une large majorité en fonds euros faiblement rémunérateurs, et environ 900 milliards sur des livrets réglementés qui ne financent pas l’économie productive. Cette épargne abondante est mal orientée.
Nous proposons d’en orienter volontairement une part vers les fonds de retraite, exclusivement par l’incitation : avantages fiscaux au transfert volontaire d’assurance-vie vers le plan retraite, fléchage d’une fraction de la collecte nouvelle des livrets, abondements employeurs exonérés. Jamais de transfert forcé des encours existants. L’épargne des Français leur appartient, et c’est précisément parce qu’elle leur appartient qu’elle peut, librement, devenir leur retraite.
La filiation : de Gaulle, pas l’étatisme
Ce projet n’est ni une étatisation ni une collectivisation. C’est l’exact inverse : la diffusion de la propriété du capital à chaque Français, individuellement, avec des droits personnels et viagers. C’est l’accomplissement de la participation gaullienne. Les ordonnances de 1967 ont associé les salariés aux bénéfices ; nous les associons au capital. Chaque salarié devient, de son vivant, rentier du génie productif français. Ce capital, au lieu de se disperser, se reconstitue perpétuellement au profit des générations suivantes.
Chapitre 7Pension minimale et solidarité entre retraités
Un plancher autour de 1 000 € net
Le minimum contributif historique, environ 850 €, est notoirement insuffisant. La réforme de 2023 a relevé le minimum à 85 % du SMIC brut, soit environ 1 200 € brut pour une carrière complète au SMIC. Un quart des retraités demeurent pourtant sous ce seuil. Nous fixons un objectif de pension minimale autour de 1 000 € net pour toute carrière complète, accompagné d’une revalorisation des petites retraites. Le financement vient du rendement du pilier de capitalisation et du redéploiement décrit ci-dessous.
L’effort temporaire des très hautes pensions
Les pensions supérieures à 4 000 ou 5 000 € mensuels, soit environ 2 % des retraités, feront l’objet d’un effort temporaire de sous-indexation. Ces retraités, sans les montrer du doigt, ont généralement bien gagné leur vie, capitalisé par ailleurs, sont souvent multipropriétaires et épargnent une part importante de leur pension. Il ne s’agit pas de les punir, mais d’organiser une solidarité au sein de leur propre génération : les hautes retraites soutiennent les minimums retraite.
Deux mesures fiscales complètent ce redéploiement, ciblées sur les seules pensions élevées :
- L’abattement de 10 % pour frais professionnels. Appliquer un abattement pour frais professionnels à des personnes qui ne travaillent plus est une anomalie conceptuelle. Sa suppression sèche a été rejetée par une coalition transpartisane en novembre 2025, parce qu’elle touchait les pensions moyennes dès 1 667 € mensuels. Nous proposons donc une suppression progressive au-delà d’un seuil de pension élevé, préservant intégralement les retraites modestes et moyennes.
- L’alignement de la CSG. Le taux normal applicable aux retraités, 8,3 %, sera aligné sur celui des actifs, 9,2 %, pour les seules pensions élevées. Les taux réduits et les exonérations des petites pensions sont intégralement maintenus.
La clause de retour à meilleure fortune
Toutes ces mesures de restriction sont temporaires et conditionnées à un indicateur objectif : le taux d’emploi. Si le taux d’emploi français progresse de dix points, objectif de notre programme économique, les recettes supplémentaires réduisent mécaniquement le besoin de financement. L’effort demandé aux hautes pensions se relâche alors automatiquement. Nous inscrivons cette clause dans la loi : la vérité sur l’effort, et la garantie de sa réversibilité.
Chapitre 8L’angle démographique : le désir d’enfant contrarié
Le COR fonde sa révision de juin 2026 sur l’effondrement de la natalité, avec une hypothèse de fécondité abaissée de 1,8 à 1,45 enfant par femme. Or la fécondité réelle, environ 1,6 aujourd’hui, est très inférieure au désir d’enfant exprimé par les Français, que l’INED mesure autour de 2,3. Ce n’est pas un problème de volonté, c’est un problème d’obstacles : logement trop cher, modes de garde introuvables, second salaire absorbé par les frais.
Notre programme comporte un volet complet de soutien aux familles qui souhaitent avoir plus d’enfants. Il ne s’agit pas de natalisme idéologique, mais de lever les obstacles matériels qui empêchent les Français d’avoir les enfants qu’ils désirent : aides au logement des jeunes familles, développement massif des modes de garde, soutien au pouvoir d’achat. Combler ne serait-ce que la moitié de l’écart entre 1,6 et 2,3 transformerait les projections du COR à l’horizon 2070.
Chapitre 9Comparatif avec la réforme des retraites de 2023
La réforme adoptée par 49.3 en avril 2023, puis partiellement suspendue par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, illustre les limites d’une approche paramétrique sans vision systémique.
| Critère | Réforme de 2023 | Notre proposition |
|---|---|---|
| Architecture | Maintien du système par annuités. Système à points abandonné. | Système universel à points. Chaque euro cotisé crée des droits lisibles. |
| Âge de départ | 64 ans fixe d’ici 2030, suspendu par la LFSS 2026. Paramètre politique instable. | Auto-ajusté sur l’espérance de vie. Plus jamais de réforme paramétrique. |
| Durée de cotisation | 43 ans, soit 172 trimestres, dès 2027. | Dynamique : découle du ratio espérance de vie sur durée d’activité. |
| Régimes spéciaux | Fermeture partielle pour les nouveaux embauchés. Régimes libéraux et agricoles inchangés. | Fusion universelle. Un seul régime. Convergence sur 15 à 20 ans. |
| Pénibilité | C2P étendu, mais critères ergonomiques non réintégrés depuis 2017. | Coefficient de pénibilité intégré au point, et droit à la seconde partie de carrière. |
| Capitalisation | Aucune. 100 % répartition. | Fonds souverain amorcé par les participations de l’État, alimenté par toutes les entreprises, recyclé par le mécanisme viager. |
| Pension minimale | 85 % du SMIC brut, soit environ 1 200 € brut. Un quart des retraités en dessous. | Autour de 1 000 € net, plus revalorisation des petites retraites par redéploiement entre retraités. |
| Financement | Allongement du travail uniquement. Déficit projeté à 2,4 % du PIB en 2070. | Triple levier : ajustement automatique, capitalisation, cotisations stables. Clause de retour à meilleure fortune. |
| Démographie | Non traitée. | Volet natalité : combler l’écart entre fécondité réelle (1,6) et désir d’enfant (2,3). |
| Acceptabilité | 49.3, mouvement social massif, suspension deux ans après. Échec démocratique. | Points déjà acceptés par la CFDT à l’Agirc-Arrco. Capitalisation déjà pratiquée par les fonctionnaires via la Préfon. |
Chapitre 10Calendrier de mise en œuvre
Application immédiate pour les nouveaux entrants
Dès l’entrée en vigueur de la réforme, toute personne entrant sur le marché du travail est affiliée au régime universel à points, quel que soit son statut : salarié, fonctionnaire, indépendant ou profession libérale.
Convergence progressive pour les actifs
- Les droits acquis dans les anciens régimes sont intégralement préservés et convertis en points selon une table d’équivalence publique.
- Les nouvelles cotisations alimentent le régime à points, avec le coefficient de pénibilité dès la première année.
- Le pilier de capitalisation monte en puissance par paliers : transfert des participations de l’État, montée en charge de la participation des entreprises, ouverture des incitations à l’épargne volontaire.
Les retraités actuels
Les retraités actuels ne sont pas touchés dans leurs droits acquis. Seules les revalorisations futures sont ajustées : revalorisation renforcée des petites retraites, effort temporaire de sous-indexation au-delà de 4 000 à 5 000 €. Le tout reste soumis à la clause de retour à meilleure fortune indexée sur le taux d’emploi.
Questions fréquentesRéforme des retraites 2027 : vos questions
Faudra-t-il travailler plus longtemps avec la réforme des retraites 2027 ?
Oui, et personne d’honnête ne peut dire le contraire. Le COR calcule lui-même que l’équilibre du système par le seul levier de l’âge conduirait à un départ moyen à 64,4 ans en 2030 et 67,6 ans en 2070. La différence tient à la méthode : plutôt qu’une réforme brutale imposée tous les cinq ans, nous proposons une règle transparente indexée sur l’espérance de vie, connue de chacun à l’avance, et compensée par le rendement d’un pilier de capitalisation.
Qu’est-ce qu’un système de retraite à points, concrètement ?
Chaque euro cotisé achète un nombre de points, et le total des points détermine la pension. Ce n’est pas une nouveauté : l’Agirc-Arrco, créé par la CGT en 1947, et l’Ircantec fonctionnent déjà ainsi et versent une part importante des retraites françaises. L’avantage principal est la lisibilité : chacun connaît en temps réel ses droits, et ceux-ci le suivent quel que soit son statut ou son employeur.
La capitalisation ne revient-elle pas à privatiser les retraites ?
Non, et c’est même l’inverse. Notre pilier de capitalisation est collectif, géré par la Caisse des dépôts, la Banque de France et Bpifrance, et amorcé par le transfert des participations de l’État. Ces participations ne sont pas vendues : elles sont transférées dans un compartiment retraite, ce qui renforce leur protection. Une entreprise détenue par le fonds de retraite des Français devient politiquement invendable.
Que deviennent les régimes spéciaux ?
Ils disparaissent au profit d’un régime unique, avec une convergence progressive sur quinze à vingt ans. La pénibilité réelle, elle, est intégralement reconnue, mais par un coefficient appliqué à l’acquisition des points plutôt que par un statut. Un métier dur donne davantage de points pour un même euro cotisé, donc un départ plus tôt. C’est le métier qui ouvre des droits, non l’entreprise qui emploie.
Les petites retraites seront-elles revalorisées ?
Oui. Nous fixons un objectif de pension minimale autour de 1 000 € net pour une carrière complète, contre un minimum contributif historique d’environ 850 €. Le financement repose sur le rendement du pilier de capitalisation et sur un effort temporaire demandé aux pensions supérieures à 4 000 ou 5 000 €, soit environ 2 % des retraités. Cet effort est réversible : il se relâche automatiquement si le taux d’emploi progresse.
Les retraités actuels sont-ils concernés ?
Leurs droits acquis ne sont pas remis en cause. Seules les revalorisations futures sont modulées : renforcées pour les petites pensions, temporairement freinées pour les très hautes. Aucune pension n’est diminuée en valeur absolue.
À lire également
ConclusionPensez à nos enfants
La réforme des retraites 2027 sera le débat obligé de la présidentielle. Le COR vient de doubler sa prévision de déficit à long terme et d’annoncer que la trajectoire par défaut mène à la retraite à près de 68 ans. Aucun programme crédible ne peut prétendre rétablir les finances publiques sans traiter ce sujet de 370 milliards d’euros annuels.
Nous ne proposons ni un retour en arrière, ni un énième ajustement paramétrique, mais une refondation : la retraite à points, comme l’Agirc-Arrco et l’Ircantec qui fonctionnent depuis des décennies ; l’ajustement automatique à l’espérance de vie, comme la Suède et le Danemark ; la capitalisation à la Française, amorcée par les participations sanctuarisées de l’État et recyclée perpétuellement par le mécanisme viager ; et une solidarité renforcée, avec une pension minimale autour de 1 000 € et un effort temporaire demandé aux très hautes pensions.
Philippe Agnelli est président du think tank Élysée Conseils. Cet article est extrait du Projet 2027 — Réussir ensemble, volet « Retraites ».
Sources : DREES, édition 2025 · Conseil d’orientation des retraites, rapports de juin 2025 et juin 2026 · Cour des comptes, février 2025 · INSEE · INED · Sénat, rapport PLF 2025 · Banque de France.

