La France a brûlé selon les prévisions

La France a brûlé selon les prévisions

Projet 2027 — Réussir ensemble

La France a brûlé selon les prévisions

Gironde, Var, Fontainebleau : l’été 2026 n’a produit aucune surprise scientifique. Chaque élément de la catastrophe était documenté, publié, chiffré, parfois depuis vingt ans. Cet article ne cherche pas de coupable. Il aligne les chiffres, puis pose la seule question qui vaille : que faisons-nous de ce que nous savons déjà ?

Élysée Conseils · 1er août 2026 · Temps de lecture : 26 minutes · Chapitre « Environnement » du programme Réussir ensemble · Données arrêtées au 1er août 2026 à 18 h

L’essentiel

  • Plus de 119 000 hectares ont brûlé en France depuis janvier — davantage que n’importe quelle année complète depuis le début des relevés satellitaires. Août est habituellement le mois le plus destructeur.
  • En Gironde, 42 000 hectares, 240 habitations détruites selon le bilan provisoire de la préfecture, et plus de 220 000 personnes évacuées. Dans le Var, le feu du Gros Bessillon, déclaré fixé le 28 juillet, est reparti le 31 juillet et a parcouru 1 500 hectares supplémentaires. À Fontainebleau, 2 050 hectares — à 60 kilomètres de Paris.
  • Le duo juin-juillet 2026 est le plus chaud jamais mesuré en France : +3,7 °C d’anomalie nationale. Au 15 juillet, 94 % des nappes phréatiques étaient en baisse et 60 % des points de mesure sous les normales.
  • Neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine, et 96 % des feux sont éteints avant 10 hectares. Une saison se joue dans les dix premières minutes, pas dans les largages de Canadair.
  • L’obligation légale de débroussaillement est appliquée dans environ 30 % des cas, alors que 90 % des maisons détruites se trouvent sur des terrains mal ou pas débroussaillés.
  • La facture climatique assurée doit passer de 73 à 143 milliards d’euros entre les deux périodes trentenaires 1989-2019 et 2020-2050. Et les feux de forêt ne relèvent pas du régime « catastrophes naturelles ».
  • Notre position : la question ne se règle ni par l’émotion ni par l’achat d’avions. Elle se règle en changeant les essences plantées, en reconstituant les réserves d’eau des sols et des nappes, en appliquant le droit existant, en écrasant les feux naissants et en construisant la filière industrielle d’une demande européenne appelée à exploser.
Chapitre 01

Pourquoi la forêt n’est pas un décor

Avant d’aligner les chiffres, il faut dire pourquoi ce sujet mérite d’occuper une place centrale dans un projet politique, et non la rubrique « environnement » d’un programme.

La France est couverte à environ 32 % de forêts. Ce n’est ni un paysage ni un loisir : c’est une infrastructure. Elle régule le cycle de l’eau en freinant le ruissellement et en favorisant l’infiltration vers les nappes. Elle tempère les villes et les campagnes en été. Elle stocke du carbone — et, quand elle brûle ou dépérit, elle en relâche. Elle abrite l’essentiel de la biodiversité terrestre du pays. Elle fait vivre une filière industrielle qui compte parmi les rares dont la matière première est renouvelable et locale. Elle protège les sols contre l’érosion, retient les versants en montagne, filtre l’eau potable de millions de Français.

Quand 42 000 hectares partent en fumée en Gironde, la France ne perd pas seulement des arbres. Elle perd, simultanément, un puits de carbone, une réserve d’eau, un régulateur thermique, un habitat, un capital industriel et des maisons. Elle gagne, en échange, un épisode de pollution atmosphérique majeur, des sols nus exposés à l’érosion et au ruissellement, et une facture répartie entre les assureurs, l’État, les collectivités et les particuliers.

Un arbre met plusieurs décennies à pousser. C’est le point qui change tout : dans presque toutes les politiques publiques, une erreur se corrige en quelques années. En matière forestière, une erreur se corrige en un demi-siècle. C’est la raison pour laquelle ce sujet ne peut pas être traité dans l’émotion d’un mois d’août, et c’est aussi la raison pour laquelle il l’est systématiquement.

La forêt est la seule infrastructure française qu’on ne peut pas reconstruire pendant un mandat.

Ce que ce document n’est pas

Une profession de foi de campagne. Élysée Conseils ne présente aucun candidat et ne participe à aucune élection.

Ce qu’il est

Un chapitre du programme Réussir ensemble, publié en accès libre par notre think tank. Il est mis à disposition de toutes les formations politiques, sans exclusive et sans contrepartie : chacune est libre de s’en inspirer, de le reprendre ou de le contester. Nous l’écrivons dans une seule discipline — celle de répondre honnêtement à la question : voici ce que nous ferions si nous étions aux responsabilités.

Chapitre 02

Trois feux, un seul été : le constat chiffré

Aucun de ces incendies n’est un accident isolé. Ils appartiennent à la même saison, au même régime météorologique et au même déficit de préparation.

119 000

Hectares parcourus par les incendies en France depuis le 1er janvier 2026, selon les points de presse du ministère de l’Intérieur au 1er août. Le chiffre était de 115 000 le 26 juillet.

Le bilan est provisoire et la saison n’est pas terminée. Août est historiquement le mois le plus destructeur.

Gironde et Landes — le plus grand feu français depuis 1949

Parti le 21 juillet aux abords de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, puis relancé à Saumos, l’incendie a parcouru 42 000 hectares dans le massif des Landes de Gascogne. Au 31 juillet, la préfecture décrivait 240 kilomètres de lisières, dont 88 à sécuriser en priorité, et 172 kilomètres de coupes tactiques demandées. Le feu n’était toujours pas déclaré fixé.

Le bilan matériel provisoire fait état de 240 habitations détruites en Gironde. La seule commune du Porge en concentre l’essentiel : son maire a évoqué entre 150 et 175 maisons entièrement détruites, soit environ un cinquième du parc d’un village de 3 500 habitants. Un camping a été entièrement détruit et un autre partiellement à Lège-Cap-Ferret ; près de 40 000 vacanciers ont été évacués de 45 campings de Gironde et des Landes.

220 000

Personnes évacuées en Gironde — dont 167 000 pour la seule journée du 24 juillet. Au 31 juillet, 198 000 avaient été autorisées à regagner leur domicile.

Source : préfecture de la Gironde, points de situation quotidiens

Le dispositif engagé a été sans précédent en temps de paix : plus de 2 500 sapeurs-pompiers, 1 500 militaires, 1 200 personnels des forces de sécurité, sept Canadair français, des renforts croates, portugais, tchèques et slovaques activés par le mécanisme européen de protection civile, un A400M équipé pour le largage, un ravitailleur A330 MRTT et un drone Reaper affecté à la cartographie des fronts.

Le bilan humain est lourd : deux sapeurs-pompiers tués le 21 juillet à Mérignac, quatre morts au total dans les rangs des soldats du feu depuis le début de la saison, et 264 pompiers pris en charge par les services de santé pour le seul feu girondin. Aucune victime n’est à déplorer dans la population.

Var — le feu qui ne s’éteint pas

Le 21 juillet également, un départ de feu accidentel dans un champ de Pontevès embrase le massif du Gros Bessillon. Après huit jours de lutte, il est déclaré fixé le 28 juillet à 19 heures : 4 500 hectares parcourus, 4 100 réellement brûlés, 60 habitations touchées dont 33 détruites, environ 5 000 personnes évacuées. Un homme de 23 ans est mis en examen, soupçonné d’une douzaine de mises à feu volontaires dans le secteur.

Le 31 juillet en début d’après-midi, sous mistral violent et 40 °C, le feu repart. En quelques heures, il parcourt 1 000 hectares supplémentaires, puis 1 500 au matin du 1er août. Le préfet du Var décrit une progression plus rapide qu’un cheval au galop ; les autorités parlent d’un feu qui défie l’entendement. 2 500 à 2 800 personnes sont de nouveau évacuées à Correns, Montfort-sur-Argens, Le Val, Carcès et Châteauvert — cette dernière commune intégralement. Environ 720 sapeurs-pompiers sont redéployés. Le préfet a pris un arrêté interdisant jusqu’au 3 août la vente au détail de carburant et son transport en bidons, ainsi que le port d’allume-gaz hors du domicile.

Cette reprise n’est pas un détail. Elle démontre qu’un feu « fixé » dans les conditions de l’été 2026 n’est pas un feu éteint : c’est un feu en sommeil dans un massif qui reste combustible pendant des semaines.

Fontainebleau — le feu qui n’aurait pas dû exister

Le 12 juillet, un feu part des bas-côtés de l’autoroute A6, sur la commune de Noisy-sur-École, dans le massif des Trois-Pignons. Il parcourt 2 050 hectares — environ 10 % du massif de Fontainebleau — coupe l’A6 pendant plusieurs jours, provoque l’évacuation de près d’un millier de personnes et mobilise quatre Canadair, deux Dash et trois hélicoptères bombardiers d’eau, qui écopent directement dans la Seine. C’est le plus grand incendie jamais enregistré en Île-de-France, et l’un des trois plus importants du nord de la France depuis vingt ans. Deux jeunes de 18 ans ont été mis en cause.

À 60 kilomètres de Paris. Sur un massif touristique et patrimonial. Sans culture du feu, sans réseau de défense des forêts contre l’incendie structuré, sans pistes dimensionnées pour les engins lourds.

Le risque incendie ne remonte pas vers le nord. Il y est déjà arrivé.

Chapitre 03

Ce que dit le thermomètre

L’été 2026 n’est pas « exceptionnel ». Il est conforme aux projections publiées depuis quinze ans.

Sur la période du 1er juin au 30 juillet 2026, l’anomalie thermique moyenne en France s’établit à +3,7 °C. Le pays vient d’enregistrer son mois de juin le plus chaud jamais mesuré, puis son duo juin-juillet le plus chaud jamais mesuré, devançant très largement 2003. Juillet 2026 devrait se classer au premier rang des mois de juillet depuis le début des relevés fiables en 1945.

Excédent thermique du mois de juillet, moyenne France

Juillet 2026 (est.) +4,0 °C Juillet 2006 +3,4 °C Juillet 1983 +2,3 °C

Écart à la normale de référence. Le bilan définitif de juillet 2026 sera publié par Météo-France début août.

La canicule du 4 au 19 juillet a été l’une des plus longues jamais enregistrées : 95 départements et 98 % de la population exposés à un niveau de vigilance orange ou rouge. Des valeurs jamais mesurées en juillet ont été relevées, notamment 42,1 °C à Saintes le 12 juillet.

Sur le plan de l’attribution scientifique, les chercheurs du réseau World Weather Attribution estiment que les vagues de chaleur européennes de juin 2026 auraient été pratiquement impossibles dans le climat de 1976. La formulation mérite d’être relue : non pas « moins probables », mais pratiquement impossibles.

Le rebond hydroclimatique

C’est le mécanisme le plus sous-exploité du débat public. L’hiver 2025-2026 a été remarquablement humide — jusqu’à quarante jours de pluie consécutifs en janvier et février, du jamais-vu depuis le début des relevés en 1959. Cette recharge a favorisé une croissance végétale abondante dans tout le bassin méditerranéen. Puis le robinet s’est fermé : avril a enregistré un déficit de précipitations proche de 70 %, quatrième mois d’avril le moins pluvieux depuis 1959. Les vagues de chaleur de mai, juin et juillet ont ensuite desséché cette biomasse en quelques semaines.

Ce qu’on entend

« Il fait de plus en plus chaud, donc ça brûle de plus en plus. »

Ce qui se passe

Le régime hydrique lui-même devient instable. Une année humide suivie d’un été extrême produit davantage de combustible qu’une sécheresse continue. C’est la variabilité qui est dangereuse, pas seulement la moyenne. Et c’est précisément ce qu’aucune politique publique française ne prend aujourd’hui en compte.

Chapitre 04

L’eau : le facteur que personne ne relie aux incendies

Un sol hydraté ne brûle pas de la même manière qu’un sol mort. La politique de l’eau est une politique de prévention des incendies — et elle est aujourd’hui pensée à l’envers.

Commençons par l’état des lieux. Le Bureau de recherches géologiques et minières publie deux fois par mois l’état des nappes phréatiques. Le tableau de l’été 2026 est net : la vidange s’opérait sur 93 % des points d’observation en juin, puis 94 % au 15 juillet, avec 60 % des points sous les normales mensuelles à cette date, contre 54 % deux semaines plus tôt. Le BRGM prévient qu’en cas de poursuite du déficit, les niveaux des cours d’eau baisseront, les rendements des forages diminueront et des conflits d’usage apparaîtront entre prélèvements voisins.

Or l’eau souterraine représente près des deux tiers de la consommation d’eau potable en France hexagonale et plus du tiers de celle du monde agricole. Ce n’est pas un sujet agricole. C’est un sujet de souveraineté élémentaire.

94 %

Part des points de suivi piézométrique en baisse au 15 juillet 2026, avec une intensité de vidange plus marquée qu’en juillet 2025 — alors même que la recharge hivernale 2025-2026 avait été excédentaire.

Source : BRGM, bulletins « Nappes d’eau souterraine », juillet 2026

Le mauvais débat : stocker en pompant

Le débat français sur l’eau s’est enlisé dans une opposition stérile entre partisans et adversaires des grandes réserves de substitution alimentées par pompage hivernal dans les nappes. Nous considérons que cette querelle occulte la vraie question.

Prélever de l’eau dans une nappe l’hiver pour la stocker à l’air libre revient à transférer une ressource protégée de l’évaporation vers un dispositif qui, lui, s’évapore — et à priver la nappe d’une recharge dont dépendent l’eau potable, le débit d’étiage des rivières et l’humidité des sols forestiers. Ce n’est pas une position idéologique : c’est un bilan hydrique. Le stockage a du sens ; le pompage dans la ressource souterraine pour alimenter ce stockage en a beaucoup moins.

Le faux débat

« Faut-il, oui ou non, construire des réserves d’eau agricoles ? »

Le vrai débat

D’où vient l’eau qu’on y met, et dans quel projet agricole et forestier ce stockage s’inscrit-il ? Stocker de l’eau de ruissellement excédentaire, ralentir son écoulement et laisser la nappe se reconstituer sont trois objectifs complémentaires. Pomper la nappe pour remplir un bassin n’en atteint aucun.

La bonne question : ralentir l’eau

Le paradoxe français est qu’en dépit des sécheresses, le pays a passé un siècle et demi à accélérer l’évacuation de son eau. Drainage des zones humides, rectification et recalibrage des cours d’eau, comblement des mares, arasement des haies et des talus, imperméabilisation des sols, suppression des ripisylves : chaque geste a été rationnel pris isolément, et le résultat cumulé est un territoire qui évacue vers la mer, en quelques jours, l’eau dont il aurait besoin en juillet.

La politique que nous proposons tient donc en un mot : ralentir. Non pas stocker en prélevant, mais retenir ce qui part.

Concrètement, cela veut dire : restaurer et recréer des mares, étangs, zones humides et ripisylves ; reméandrer les cours d’eau rectifiés ; réimplanter haies, talus et bandes enherbées qui freinent le ruissellement et favorisent l’infiltration ; multiplier les petites retenues collinaires alimentées par ruissellement et les micro-seuils et micro-barrages qui rehaussent la ligne d’eau et rechargent les nappes d’accompagnement ; et surtout restaurer la capacité de rétention des sols eux-mêmes.

Ce dernier point est le plus rentable et le moins visible. Un sol vivant, riche en matière organique, retient plusieurs dizaines de millimètres d’eau supplémentaires par mètre. À l’échelle d’un bassin versant, l’augmentation de la teneur en matière organique des sols agricoles et forestiers représente une capacité de stockage supérieure à celle de tout ouvrage envisageable — sans béton, sans évaporation et sans contentieux.

Ce que dit Serge Zaka : « L’irrigation n’est plus la seule solution »

L’agroclimatologue Serge Zaka, fondateur d’AgroClimat2050, a formulé le 12 juillet 2026 une analyse qui recoupe exactement ce raisonnement. Partant d’images satellitaires du Centre-Ouest, il constate que les parcelles irriguées se portent certes mieux que les autres, mais qu’elles souffrent nettement plus en 2026 qu’en 2025 : au-delà de certains seuils thermiques, l’eau ne compense plus les pertes de rendement liées à la chaleur elle-même, que ce soit à l’implantation, en croissance ou en floraison.

Il en tire une conclusion que nous reprenons à notre compte : les réserves en eau sont nécessaires, mais la question centrale n’est pas de savoir s’il faut stocker — c’est de savoir dans quel projet agricole ce stockage s’inscrit. Et il énumère cinq leviers qui doivent accompagner l’irrigation :

  1. Faire évoluer les filières vers des espèces et variétés plus tolérantes à la chaleur et moins exigeantes en eau — ce qui suppose de construire de nouvelles filières, avec les industriels, les distributeurs, la recherche et les pouvoirs publics, et non de laisser les agriculteurs porter seuls le risque économique de la transition.
  2. Repenser les paysages agricoles : haies, arbres, bandes enherbées et mosaïques paysagères ralentissent le vent, limitent l’évaporation, favorisent l’infiltration et créent des microclimats. Ces services rendus à la collectivité devraient être rémunérés, comme le fait la Suisse pour certains services écosystémiques.
  3. Restaurer les sols, ressource stratégique : réduction du travail du sol, couverts végétaux, augmentation de la matière organique. Cette transition entraîne souvent une baisse de rendement pendant plusieurs années — un risque qui ne peut pas être assumé par les seuls agriculteurs.
  4. Poursuivre le progrès génétique sur l’efficience d’utilisation de l’eau, l’exploration racinaire, la régulation de la transpiration et la résistance aux fortes chaleurs pendant la floraison et le remplissage des grains.
  5. Repenser l’élevage, en gardant à l’esprit que le pâturage limite précisément le risque d’incendie, tout en adaptant les systèmes là où les ressources fourragères estivales s’effondrent — races plus rustiques, gabarits plus petits, espèces moins exigeantes comme les caprins.

Le point 5 est celui que le débat sur les incendies ignore complètement. Le pâturage est un outil de prévention des feux. Un troupeau qui entretient une lisière, un sous-bois ou une coupure de combustible produit exactement le même service qu’un débroussaillement mécanique — sauf qu’il le produit toute l’année, qu’il génère un revenu et qu’il ne coûte rien en argent public. Le sylvopastoralisme n’est pas une nostalgie : c’est la solution la moins chère que nous ayons.

Nous avons drainé pendant cent cinquante ans, et nous nous étonnons que les sols soient secs.

Chapitre 05

Le pronostic : Fontainebleau n’est pas une anomalie

Nous ne faisons pas de prévision. Nous lisons celles qui existent déjà.

Jean-Marc Jancovici a écrit le 30 juillet 2026 la phrase qui résume la situation. Face aux images du Sud-Ouest, il énumère les sentiments légitimes — colère, abattement, tristesse, sidération, peine, compassion, admiration pour ceux qui se mobilisent — puis note qu’« il y a un sentiment qui n’est hélas pas de mise : la surprise ».

Son argumentaire tient en trois constats, tous documentés de longue date. D’abord, les modélisations disponibles pour la France montrent qu’après 2050, la quasi-totalité du territoire sera exposée à un risque comparable à celui des Landes au début du siècle — et Fontainebleau vient d’en donner l’illustration. Ensuite, le réchauffement affaiblit la végétation : les arbres morts ou en train de mourir, déshydratés ou attaqués par des parasites, sont les plus inflammables de tous, et le phénomène s’observe désormais depuis un train ou une voiture, partout. Enfin, il diminue l’eau accessible — la France de fin juillet 2026 n’aborde pas seulement sa quatrième vague de chaleur depuis mai, elle est plongée dans une sécheresse sévère sans pluie annoncée à quinze jours.

Il en tire une conclusion budgétaire que nous partageons, et qui est probablement la phrase la plus impopulaire de tout le débat : préserver la forêt demandera des moyens significatifs, et comme ni les ressources ni les gens ne se dédoublent, il faudra parfois arbitrer entre un nouveau rond-point, une nouvelle route, une nouvelle salle des fêtes, un nouveau centre de données — et la préservation de ce que nous avons déjà.

Il ajoute une remarque qui vaut audit du débat public : lors du journal télévisé qu’il a regardé fin juillet sur les incendies, l’expression « réchauffement climatique » n’a pas été prononcée une seule fois.

La carte des essences en 2070 existe déjà

Les travaux de biogéographie de Serge Zaka permettent de mettre des noms d’espèces sur cette bascule. À partir des données du projet CARBOFOR, il décrit une France forestière de la seconde moitié du siècle où le chêne vert méditerranéen atteint la Bretagne, où la garrigue remonte jusqu’à Toulouse et Lyon, et où le pin maritime étend son aire depuis l’ensemble aquitain jusqu’à une large moitié nord-est. Symétriquement, plusieurs essences reculent ou disparaissent : le chêne pubescent des régions tempérées, le hêtre, le châtaignier, les sapins collinéens des Vosges et du Jura.

45,1 %

Part des forêts du nord-est de la France présentant des signes de dépérissement, selon une estimation de l’ONF dès 2019 — avant les étés 2022, 2025 et 2026.

Source : ONF, relayé par AgroClimat2050

Le pronostic tient alors en une phrase, et il n’a rien de spéculatif : la France dispose d’une trentaine d’années pour préparer un territoire forestier dont elle connaît déjà la composition future. Un arbre planté en 2027 sera adulte vers 2070. Les choix sylvicoles de cette décennie déterminent ce qui brûlera, ou non, dans les années 2060.

Chapitre 06

Première incompatibilité : l’essence que le climat favorise est celle qui brûle le mieux

Le pin maritime gagne du terrain sous l’effet du réchauffement. C’est aussi l’un des combustibles forestiers les plus efficaces d’Europe. Les deux propositions sont vraies simultanément — et elles sont incompatibles avec une politique de réduction du risque.

Le massif des Landes de Gascogne n’est pas une forêt primaire. C’est une plantation, décidée par la loi du 19 juin 1857, qui a transformé des marécages en la plus grande forêt cultivée d’Europe occidentale : un million d’hectares, très largement mono-spécifiques, alignés, denses, résineux. Cette forêt a été conçue comme un outil industriel, et elle remplit parfaitement cette fonction. Elle en remplit aussi, involontairement, une seconde : celle d’un dispositif de propagation continue du feu sur des dizaines de kilomètres.

Notons au passage l’ironie historique. Ce massif a été créé en asséchant des zones humides. Cent soixante-dix ans plus tard, nous constatons que ces mêmes zones humides étaient les coupures de combustible naturelles du territoire — et que leur disparition est l’une des raisons pour lesquelles le feu court aujourd’hui sans obstacle.

La contradiction que personne ne veut nommer est là. Le pin maritime est l’une des rares essences dont l’aire de répartition climatique s’élargit avec le réchauffement. Si l’on suit la seule logique de rendement, le reboisement après incendie se fera en pin maritime, en Gironde comme, demain, dans le nord-est. Le résultat mécanique serait d’étendre à de nouveaux territoires exactement la structure qui a rendu possible un feu de 42 000 hectares.

L’argument de la filière

« Le pin maritime est adapté au sol landais, il pousse vite, il fait vivre des dizaines de milliers d’emplois et il stocke du carbone. Le remplacer, c’est tuer une filière. »

Notre réponse

Nous ne proposons pas de supprimer le pin maritime, mais de cesser d’en faire la réponse unique. Une forêt qui brûle intégralement tous les quinze ans ne fait vivre personne et ne stocke rien. La diversification n’est pas un renoncement économique : c’est une police d’assurance sur l’actif industriel.

Le débat n’est donc pas « pin contre feuillus ». Il est : quelle proportion, quelle structure, quelle discontinuité. Une forêt de production peut rester une forêt de production tout en cessant d’être une mèche continue. C’est d’ailleurs la direction indiquée par les travaux de l’INRAE sur l’avenir du massif : lisières et bosquets de feuillus, préservation des zones humides et des ripisylves, diversification des âges de peuplement, développement du sylvopastoralisme. Non pas pour rendre la forêt incombustible — c’est impossible — mais pour ralentir la propagation et donner prise aux pompiers.

Chapitre 07

Changer d’essences : ce que nous ferions

La reconstitution des massifs brûlés en 2022, 2025 et 2026 sera la plus grande opération de reboisement française depuis un siècle. Elle se fera de toute façon. La seule question est de savoir avec quelles espèces.

Conditionner l’argent public au climat de 2070, pas à celui de 1990

Les aides à la reconstitution forestière sont aujourd’hui attribuées sur la base d’itinéraires techniques calibrés sur des références climatiques anciennes. Nous conditionnerions tout financement public de reboisement à la production d’une projection biogéographique à 2070 pour l’essence retenue. Ce n’est pas une norme nouvelle : c’est l’application au reboisement d’un principe déjà retenu pour les aides à la plantation fruitière.

Plafonner la mono-spécificité

Nous introduirions dans les schémas régionaux de gestion sylvicole un plafond de 70 % d’une même essence par unité de gestion pour tout peuplement reconstitué avec un cofinancement public. Le complément serait choisi librement parmi les essences validées par la projection climatique. L’objectif n’est pas la biodiversité pour elle-même : c’est la rupture de la continuité du combustible.

Faire des cultures méditerranéennes qui remontent des pare-feu productifs

C’est la proposition la plus directement issue des travaux de Serge Zaka, et la plus rentable. Ses cartographies montrent que la vigne, l’olivier, l’abricotier, le pistachier, l’amandier ou le kaki voient leur aire de culture remonter vers le nord et l’ouest — l’olivier devenant cultivable jusque vers Bordeaux, le Poitou-Charentes et le Centre à l’horizon 2041-2070.

Or ces cultures sont entretenues, basses, discontinues, sans strate arbustive. Ce sont, physiquement, des coupures de combustible. Nous financerions donc l’installation de ceintures agricoles en interface habitat-forêt plutôt que le seul débroussaillement mécanique répété. Une coupure agricole s’entretient toute seule : elle a un exploitant, un revenu et une raison d’exister. Un pare-feu nu doit être rouvert tous les trois ans par de l’argent public.

Des feuillus en interface, des résineux en cœur de massif

Les essences feuillues — chêne vert, chêne-liège, arbousier, érable de Montpellier — brûlent moins vite et moins haut que les résineux. Nous réserverions les 200 premiers mètres autour des zones habitées à des peuplements feuillus adaptés, avec compensation financière du différentiel de rendement pour le propriétaire.

Traiter le Nord maintenant, tant que c’est bon marché

Fontainebleau, la Sologne, les massifs de l’Est n’ont ni la culture, ni les équipements, ni les documents de planification du Sud. Nous étendrions par décret les plans de protection des forêts contre les incendies et les obligations légales de débroussaillement à tous les massifs classés à risque moyen ou élevé à l’horizon 2050 — et non aux seuls départements historiquement exposés. Il ne s’agit pas de créer un droit nouveau, mais d’étendre le périmètre géographique d’un droit existant à la carte du risque à venir.

Chapitre 08

Le coût de l’inaction — et celui de la mauvaise action

Il existe deux façons de perdre de l’argent en matière forestière. Ne rien faire, et faire n’importe quoi avec des fonds publics. La France pratique les deux simultanément.

Ce que coûte l’inaction

Commençons par le cadre général. France Assureurs estime que le montant cumulé des sinistres liés aux événements naturels passera de 73,4 milliards d’euros sur 1989-2019 à 143 milliards sur 2020-2050, soit un quasi-doublement. Un peu plus d’un tiers de cette hausse — environ 24 milliards — est directement imputable au changement climatique, le reste s’expliquant par l’enrichissement du pays et la répartition des populations. Et la fédération précise que, sur la seule période 2020-2023, le coût réel dépasse déjà de 18 % ses propres projections de 2021.

Sinistres assurés liés aux événements naturels, France, cumul par période trentenaire

1989-2019 73,4 Md€ 2020-2050 (projeté) 143 Md€

Source : France Assureurs, « Impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 ». Périls étudiés : sécheresse, inondation, submersion marine, tempête.

Il faut ici signaler une particularité française largement ignorée du public : les feux de forêt ne relèvent pas du régime des catastrophes naturelles. Ils ne bénéficient donc pas du mécanisme de partage du risque entre assureurs privés et Caisse centrale de réassurance. La couverture repose sur la garantie incendie des contrats multirisques habitation — et sur le fait, souvent découvert trop tard, que le non-respect des obligations de débroussaillement peut réduire l’indemnisation.

Les ordres de grandeur des sinistres eux-mêmes donnent le vertige par comparaison. Les incendies girondins de 2022, qui avaient brûlé environ 30 000 hectares, ont donné lieu à un peu moins de 2 000 sinistres indemnisés pour un montant total inférieur à 80 millions d’euros. En 2026, avec 42 000 hectares, 240 habitations détruites et 220 000 personnes évacuées, les professionnels du secteur qualifient la facture attendue de hors norme sans pouvoir encore la chiffrer.

Mais le coût assuré n’est qu’une fraction du coût réel. Il faut y ajouter :

  • le coût opérationnel de la lutte — plus de 2 500 pompiers, 1 500 militaires, une flotte aérienne nationale et européenne mobilisée pendant deux semaines ;
  • le coût économique de l’arrêt d’activité : plus de 1 000 demandes d’activité partielle déposées en Gironde en dix jours, une saison touristique amputée en pleine haute saison, 45 campings évacués ;
  • le coût logistique : autoroute A63 et circulation ferroviaire au sud de Bordeaux interrompues, A6 coupée plusieurs jours en Seine-et-Marne ;
  • le coût sanitaire : un épisode majeur de dégradation de la qualité de l’air sur toute la Nouvelle-Aquitaine, avec des fumées visibles jusqu’en Charente-Maritime, dans la Vienne et les Deux-Sèvres ;
  • la perte du capital forestier lui-même, c’est-à-dire de trente à cinquante ans de croissance, et du puits de carbone associé ;
  • le coût différé de la reconstitution, qui sera très majoritairement public.

Enfin, une donnée que le débat français n’a pas encore intégrée : le climatologue Philippe Ciais alerte sur le fait qu’au rythme actuel, les forêts françaises pourraient émettre plus de carbone qu’elles n’en absorbent. Le puits devient source. Chaque hectare brûlé ne représente donc plus seulement une perte : il déplace le bilan carbone national dans le mauvais sens, et alourdit la facture de la transition ailleurs.

Ce que coûte la mauvaise action

C’est la partie la plus inconfortable, et elle doit être dite avec la même froideur.

En 2022, après les feux de La Teste-de-Buch et de Landiras, l’exécutif a annoncé un plan de plantation d’un milliard d’arbres à l’horizon 2032. Le bilan intermédiaire de la mesure « renouvellement forestier » du plan de relance, émanant du ministère de l’Agriculture, faisait état de 50 millions d’arbres plantés sur environ 36 000 hectares — un vingtième de l’objectif.

Le problème n’est pas seulement le rythme. C’est la nature des opérations financées. Selon les analyses de l’association Canopée, une part importante de ces plantations est intervenue après coupe rase de forêts en bon état sanitaire, qualifiées de « pauvres » ou « vulnérables », dont environ 6 500 hectares en zone Natura 2000. Un rapport du Conseil supérieur de la forêt et du bois indique que les plantations en plein, c’est-à-dire après coupe rase, représenteraient près de 80 % des opérations nécessaires pour atteindre la cible du milliard d’arbres. L’essence la plus plantée dans ce cadre est le douglas — un résineux.

Autrement dit : de l’argent public engagé au nom de l’adaptation au changement climatique a servi, pour partie, à remplacer des peuplements diversifiés existants par des plantations résineuses peu diversifiées. Sur le plan du risque incendie, c’est le contraire exact de ce qu’il fallait faire. Et sur le plan du carbone, la coupe rase libère une partie du stock enfoui dans le sol, qui représente environ la moitié du carbone d’une forêt.

15 juillet 2026

Date à laquelle le Conseil d’État, saisi par l’association Canopée, a annulé le décret du 2 mai 2025 organisant les aides au plan de renouvellement forestier — au cœur du dispositif du milliard d’arbres.

Source : décision du Conseil d’État, 15 juillet 2026

La chronologie mérite d’être posée sans commentaire : le décret qui structurait la plus grande politique forestière française depuis des décennies a été annulé par le juge administratif trois jours après le départ du feu de Fontainebleau et six jours avant celui de Gironde. Le pays entre dans la plus grande opération de reboisement de son siècle sans cadre juridique stabilisé pour financer les plantations.

Une politique publique mal conçue ne coûte pas seulement de l’argent. Elle consomme le temps qu’il aurait fallu pour faire autre chose.

Le rapport entre les deux

Toute la démonstration économique tient dans une comparaison d’ordres de grandeur. Un crédit d’impôt sur le débroussaillement, la restauration de zones humides, la conversion de lisières en feuillus ou en cultures, le financement du pâturage d’entretien : ce sont des dispositifs qui se chiffrent en dizaines ou en centaines de millions d’euros. La destruction d’un massif se chiffre en milliards, sans compter les vies.

La prévention est le seul poste de dépense publique dont le rendement se mesure en catastrophes qui n’ont pas eu lieu. C’est précisément pour cela qu’elle n’est jamais prioritaire : elle ne produit aucune image, aucune inauguration et aucun communiqué.

Chapitre 09

Deuxième incompatibilité : tout se joue avant 10 hectares

Le débat public porte sur les Canadair. Les statistiques portent sur les dix premières minutes.

Deux chiffres suffisent à déplacer entièrement le sujet. En France métropolitaine, neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine, la foudre représentant l’essentiel du reste. Et 96 % des feux sont éteints avant d’atteindre 10 hectares. La performance du système français ne tient donc ni à la puissance de largage ni au nombre de colonnes de renfort : elle tient à la détection précoce et à l’attaque immédiate du feu naissant.

Sur 2006-2021, la France comptait en moyenne 11 600 feux par an pour 15 700 hectares brûlés — environ 1,35 hectare par départ. Le système fonctionne, jusqu’au jour où les conditions météorologiques ferment la fenêtre d’intervention.

Surfaces brûlées en France — moyenne longue et années de rupture

Moyenne 2006-2021 15 700 ha 2022 (année record) 72 000 ha 2026, au 1er août 119 000 ha

Sources : ONF (moyenne 2006-2021), EFFIS (2022), points de presse du ministère de l’Intérieur (2026). Le chiffre 2026 est provisoire et la saison n’est pas terminée.

Une précaution de méthode s’impose : le total 2026 circule entre 115 000 et 119 000 hectares selon les points de presse successifs. La donnée la plus robuste reste celle du système européen EFFIS, qui relevait déjà plus de 42 000 hectares brûlés en France à la mi-juillet — un niveau inédit à ce stade de l’année depuis vingt ans de relevés satellitaires. Au 29 juillet, EFFIS recensait environ 1 200 incendies dans l’Union européenne contre une moyenne longue de 569, et plus de 250 000 hectares brûlés, alors que 2025 avait déjà établi un record moderne au-delà du million d’hectares.

Les feux sont allumés par des gestes, pas par le climat

Il faut le dire nettement, parce que c’est la clé du levier : le changement climatique fournit le carburant, mais il n’allume presque jamais l’étincelle. Mégots jetés depuis un véhicule, barbecues et bivouacs mal éteints, travaux agricoles ou de BTP par vent fort, étincelles de freinage ferroviaire, lignes électriques, véhicules en feu — voilà l’essentiel des départs. En Gironde, la préfète a dénoncé l’interpellation de trois personnes, dont l’une fumait en forêt et deux autres faisaient un barbecue. Au niveau national, plus de 160 personnes avaient été interpellées depuis le 6 juillet dans le cadre d’enquêtes liées aux incendies, avec cinq condamnations à de la prison ferme et quinze placements en détention provisoire au 27 juillet.

Cela signifie qu’une politique de prévention efficace passe autant par la police des comportements et l’aménagement des abords d’infrastructures — autoroutes, voies ferrées, lignes électriques — que par la sylviculture.

La détection : l’euro le plus rentable de tout le dispositif

Si 96 % des feux meurent avant 10 hectares, alors l’indicateur central de la politique de sécurité civile devrait être le délai entre le départ de feu et la première goutte d’eau. Ce n’est aujourd’hui le cas nulle part.

Les outils existent et ne coûtent pas 200 millions d’euros pièce : réseaux de caméras thermiques automatisées à détection de fumée, surveillance satellitaire en quasi-temps réel, drones de reconnaissance pré-positionnés les jours de risque extrême, interconnexion des systèmes d’alerte entre SDIS, ONF, DFCI et gestionnaires d’infrastructures.

Les essaims de drones : ce que fait la Chine

Un dispositif chinois mérite un examen sérieux, et non le haussement d’épaules qu’il suscite généralement. Un véhicule de commandement développé par l’équipementier Wuju Technology, basé à Shenyang, embarque deux drones de reconnaissance et dix drones lanceurs. Chaque drone emporte deux charges extinctrices de 25 kilogrammes ; une salve représente 500 kilogrammes de produit largués en quelques secondes sur environ 1 200 mètres carrés. Les appareils résistent à des vents de force 8 et le véhicule crée son propre réseau de communication local, ce qui permet de piloter l’essaim sans couverture téléphonique — en pleine forêt. La production en série a démarré en septembre 2025.

L’objectif n’est pas de remplacer les Canadair. Il est d’écraser un départ de feu dans les minutes qui suivent sa détection, exactement là où se joue la statistique des 96 %.

L’objection

« Larguer des gels ou des poudres retardantes en pleine forêt, y compris en zone protégée, pose un problème écologique et un problème de coût. »

Notre réponse

L’objection est fondée et doit être traitée par la chimie du produit, pas par le refus de la technologie. Un agent extincteur biodégradable et compatible avec la protection des nappes est un objet de recherche, pas un obstacle de principe. Comparé à 42 000 hectares calcinés, l’impact d’un largage ciblé de quelques centaines de kilogrammes n’est pas du même ordre de grandeur.

Nous proposons donc d’engager un programme français ou européen de systèmes de première intervention par essaims de drones, avec un cahier des charges intégrant dès l’origine la biodégradabilité de l’agent extincteur, et une expérimentation grandeur nature sur deux massifs pilotes — un méditerranéen, un du nord de la Loire — dès la saison 2027.

Chapitre 10

Pistes forestières et micro-ouvrages : le dogme contre l’arithmétique

Il faut poser cette question sans détour : combien d’arbres est-on prêt à couper pour éviter d’en perdre des millions ?

Le massif landais dispose d’un réseau de défense des forêts contre l’incendie hérité de décennies d’aménagement : pistes, points d’eau, coupures. C’est ce réseau qui a permis, en juillet 2026, de réaliser 172 kilomètres de coupes tactiques et de traiter 240 kilomètres de lisières. Sans lui, le bilan aurait été d’un autre ordre.

Fontainebleau ne dispose pas d’un tel réseau. La Sologne non plus. Les massifs de l’Est non plus. Or ce sont précisément les territoires que les projections placent en risque élevé dans les vingt à trente prochaines années.

Créer une piste forestière, élargir une coupure, installer une réserve d’eau, construire un micro-seuil : chacune de ces opérations suppose de couper des arbres, d’artificialiser marginalement, de modifier un milieu. Chacune se heurte, aujourd’hui, à des procédures longues, à des recours et parfois à une opposition de principe. Nous respectons l’intention protectrice qui sous-tend ces procédures. Nous constatons simplement le résultat.

Le raisonnement dominant

Préserver chaque parcelle en l’état, refuser les coupes et les ouvrages, au motif que toute intervention dégrade le milieu.

Le résultat observé

Des dizaines de milliers d’hectares détruits en une semaine, des drames humains, des habitations perdues, une biodiversité anéantie sur des surfaces sans commune mesure avec l’emprise des ouvrages refusés, et un épisode de pollution atmosphérique majeur.

L’arbitrage est arithmétique, pas idéologique. Sacrifier quelques dizaines d’hectares de coupures, de pistes et de retenues pour préserver des dizaines de milliers d’hectares de massif est un calcul dont le résultat n’est pas discutable. Il faut avoir le courage de le poser en ces termes, y compris quand cela déplaît — et y compris quand cela déplaît dans son propre camp.

Nous proposons en conséquence un régime de procédure accélérée pour les ouvrages de défense des forêts contre l’incendie et de rétention d’eau : instruction sous quatre mois, dossier unique, évaluation environnementale proportionnée à l’emprise réelle, et surtout obligation de mettre en balance explicitement, dans l’étude d’impact, le risque évité. Aujourd’hui, l’étude d’impact mesure ce que l’ouvrage détruit. Elle ne mesure jamais ce que son absence détruira.

Une étude d’impact qui n’évalue que le coût de l’action, et jamais celui de l’inaction, n’est pas une évaluation. C’est un biais.

Chapitre 11

La prévention : un droit qui existe et qu’on n’applique pas

La loi du 10 juillet 2023 a fait le travail législatif. Il manque l’exécution.

La loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023 a durci les obligations légales de débroussaillement : 50 mètres autour des constructions situées à moins de 200 mètres d’un bois, extensibles à 100 mètres par plan de prévention, 10 mètres de part et d’autre des voies privées d’accès, sanctions pouvant atteindre 50 euros par mètre carré, information obligatoire des acquéreurs et locataires depuis 2025, conditionnement des mutations immobilières au respect de l’obligation.

Le taux de réalisation, lui, reste estimé autour de 30 %.

90 %

Part des maisons détruites lors des feux de forêt qui se trouvent sur des terrains pas ou mal débroussaillés.

Source : ministère chargé de l’écologie / service-public.gouv.fr

Idée reçue

« Il faut une nouvelle loi sur les feux de forêt. »

Réalité

La loi existe depuis trois ans, ses décrets d’application sont parus, ses sanctions sont dissuasives sur le papier. Ce qui manque, ce sont les agents pour contrôler, les moyens pour accompagner les propriétaires modestes, et la décision de sanctionner. Une loi de plus ne changerait rien.

Trois obstacles concrets expliquent ce taux. D’abord le coût : débroussailler 50 mètres autour d’une maison représente plusieurs milliers d’euros, parfois l’abattage d’arbres de plusieurs dizaines de centimètres de diamètre. Ensuite l’âge et la précarité de nombreux propriétaires en zone rurale. Enfin l’absence quasi totale de contrôle effectif.

Notre position est constante, et conforme à la doctrine de l’ensemble du programme : l’incitation avant la coercition. Sanctionner un retraité qui n’a ni les moyens physiques ni les moyens financiers de débroussailler ne produit rien d’autre que du ressentiment. Nous créerions un crédit d’impôt de 50 % des dépenses de débroussaillement en zone soumise à OLD, plafonné, cumulable avec une prestation réalisée par une entreprise agréée, une collectivité ou un éleveur sous convention de pâturage — puis un contrôle systématique et effectif à l’issue d’une période de mise en conformité de trois ans.

Il faut également dire un mot des moyens humains de la forêt publique. Les effectifs de l’Office national des forêts sont passés d’environ 15 000 personnes en 1985 à 8 200 en 2023. On demande aujourd’hui à cet établissement de gérer davantage de surfaces, de surveiller davantage de départs de feu, de suivre l’état sanitaire de peuplements dépérissants et de piloter la plus grande opération de reboisement du siècle. Ce n’est pas une question de dévouement : c’est une question d’arithmétique.

Chapitre 12

La lutte : onze ans pour deux avions

La chronologie suffit. Nous n’ajoutons aucun commentaire.

Renouvellement de la flotte de bombardiers d’eau amphibies — chronologie
DateFait
2006Le ministère de l’Intérieur annonce un remplacement de la flotte de Canadair à partir de 2015.
2015La production du CL-415 s’arrête, faute de commandes. Le renouvellement français est reporté à l’horizon 2025-2033.
Août 2022Après les feux de La Teste-de-Buch et Landiras, le président de la République promet deux Canadair supplémentaires.
2024Deux DHC-515 sont commandés dans le cadre du programme européen rescEU. Livraison annoncée : 2028.
Juillet 2025Un rapport parlementaire conclut que la flotte fait face à une crise majeure et que la situation la plus critique est celle des Canadair.
4 juin 2026Signature à Nîmes-Garons de la commande ferme des deux appareils promis en 2022, pour environ 200 millions d’euros. Livraison estimée : 2032-2033.
2033Objectif de flotte : 16 appareils.

Quatre ans entre la promesse et la signature. Sept ans de plus jusqu’à la livraison. Onze ans pour deux avions. Le rapporteur spécial du Sénat estimait par ailleurs, dans son examen du projet de loi de finances pour 2026, que même le calendrier de 2028 pour les deux premiers appareils était optimiste, et qu’une livraison vers 2030 était probable.

Dans l’intervalle, la France exploite 12 CL-415 livrés il y a plus de trente ans, dont la disponibilité réelle en pointe estivale oscille entre 8 et 10 appareils. Faute de flotte suffisante, la direction générale de la sécurité civile loue chaque année des aéronefs : le coût de ces locations est passé de 2 millions d’euros en 2020 à 30 millions en 2025, soit 106 millions sur la période, selon le rapport d’information des députés Damien Maudet et Sophie Pantel.

12 → 16

Évolution de la flotte française d’avions bombardiers d’eau amphibies entre 2026 et 2033, alors que les projections Météo-France / INRAE annoncent une forte augmentation des surfaces exposées à un danger de feu élevé d’ici 2050.

Sources : DGSCGC, ministère de l’Intérieur

Le feu accélère. L’État commande.

Chapitre 13

La souveraineté : trois industriels français, zéro commande

La France abrite le premier constructeur aéronautique européen et achète ses bombardiers d’eau au Canada, avec sept ans de délai.

Le point le plus difficile à défendre n’est pas le retard. C’est que ce retard soit devenu structurel par dépendance à un fournisseur unique. Les Canadair sont aujourd’hui les seuls hydravions bombardiers d’eau de leur catégorie disponibles sur le marché mondial. Le carnet de commandes de De Havilland Canada est saturé, et plusieurs acteurs de la sécurité civile redoutent que la pression des incendies nord-américains ne conduise à servir prioritairement le Canada et les États-Unis avant les États européens.

Il faut ajouter un fait rarement rappelé : la chaîne de production du CL-415 a été arrêtée en 2015 faute de commandes, alors même que le remplacement de la flotte française était annoncé depuis 2006 pour cette date précise. L’Europe n’a pas manqué l’achat d’une licence — elle a laissé s’éteindre la seule chaîne mondiale, puis a dû attendre sa relance en 2022 pour se placer dans une file d’attente.

Or la demande européenne va exploser. Ce n’est plus une affaire d’Espagne, d’Italie, de Grèce et de France : l’Allemagne, la Pologne, la Roumanie, la Belgique et jusqu’aux pays scandinaves entrent progressivement dans la zone de risque. Un marché captif, solvable, à croissance garantie sur trente ans, sans concurrent européen : c’est la définition d’une opportunité industrielle manquée.

Trois programmes français existent déjà

Les programmes français de bombardiers d’eau en développement
ProgrammePorteurCaractéristiquesHorizon
Frégate-F100 Hynaero (Bordeaux-Mérignac, puis Istres) Hydravion à coque amphibie, écopage en vol, capacité annoncée d’environ 10 tonnes d’eau — près du double d’un Canadair. Coût du programme estimé à 1 milliard d’euros. Soutien public de 7 M€ (État et Région Sud) annoncé au Bourget en juin 2025. Prototype 2029, service 2031
Kepplair 72 / Forest Keeper Kepplair Evolution (Blagnac) Conversion d’ATR 72 en bombardier d’eau, 7 500 litres, non amphibie, ravitaillement au sol. Kit estimé entre 9 et 12 millions d’euros sur appareil d’occasion — l’option la plus économique identifiée par le rapport parlementaire. Soutien public de 5 M€ (État et Région Occitanie) annoncé en mars 2026. Essais de largage fin 2026
FF72 Positive Aviation (Blagnac) Bombardier d’eau amphibie dérivé d’un avion de transport régional. En développement

À ces trois programmes s’ajoute la voie du kit de transformation pour A400M, expérimentée pour la première fois en opération sur le feu de Gironde en juillet 2026 — solution qui s’appuie sur une flotte existante et une chaîne industrielle européenne mature.

Le soutien public total à la filière française s’élève donc à 12 millions d’euros, à comparer aux 200 millions consacrés à deux appareils canadiens livrables en 2032, et aux 106 millions dépensés en locations d’aéronefs depuis 2020.

L’objection classique

« On ne va pas prendre le risque d’attendre un avion français qui n’existe pas encore alors que les forêts brûlent maintenant. »

Le fait

Les deux derniers Canadair commandés arriveront en 2032-2033. Le Frégate-F100 vise 2031. L’argument du délai ne distingue plus les deux options. Il ne reste donc que la question industrielle : où sont fabriqués les appareils, et qui capte le marché européen des trente prochaines années.

Le rapporteur spécial du Sénat écrivait déjà, dans son examen du budget 2026, que la France et les pays européens ne peuvent dépendre d’un unique industriel ni d’un unique modèle d’avion, et que l’enjeu de souveraineté commandait de faire émerger un modèle européen aux caractéristiques comparables au Canadair. Le diagnostic est posé. Il n’est pas financé.

Nous avons su construire l’A400M, l’A330 MRTT et le Rafale. Nous n’avons pas su construire un avion qui écope.

Chapitre 14

Nos dix-huit propositions

Forêt, essences et adaptation

  1. Conditionner toute aide publique au reboisement à une projection biogéographique de l’essence retenue à l’horizon 2070, sur le modèle déjà appliqué aux plantations fruitières.
  2. Plafonner à 70 % la part d’une même essence par unité de gestion pour tout peuplement reconstitué sur fonds publics.
  3. Réserver les 200 premiers mètres autour des zones habitées à des peuplements feuillus adaptés, avec compensation du différentiel de rendement pour le propriétaire.
  4. Financer des ceintures agricoles en interface habitat-forêt — vigne, oliviers, amandiers, pistachiers — comme pare-feu productifs et auto-entretenus, en s’appuyant sur les cartes de remontée des cultures méditerranéennes.
  5. Réorienter le plan de renouvellement forestier vers la reconstitution des massifs sinistrés et l’enrichissement des peuplements existants, et exclure du financement public les coupes rases de peuplements en bon état sanitaire.
  6. Rémunérer le pâturage d’entretien des lisières, sous-bois et coupures de combustible par convention pluriannuelle entre éleveurs, propriétaires et collectivités.

Eau, sols et rétention

  1. Faire du taux de matière organique des sols un indicateur national suivi, et financer sa progression par un paiement pour service environnemental, en assumant la compensation des pertes de rendement pendant la phase de transition.
  2. Lancer un programme national de ralentissement de l’eau : restauration de mares, étangs, zones humides et ripisylves, reméandrage des cours d’eau rectifiés, réimplantation de haies, talus et bandes enherbées.
  3. Développer les petites retenues, micro-seuils et micro-barrages alimentés par ruissellement, avec un objectif explicite de recharge des nappes d’accompagnement — et non de prélèvement dans les nappes.
  4. Interdire le remplissage des réserves agricoles par pompage direct dans les nappes pendant les périodes de recharge, et réserver le soutien public aux dispositifs alimentés par excédents de ruissellement.
  5. Intégrer l’humidité des sols et l’état des nappes dans le calcul du risque incendie, en couplant les indicateurs de Météo-France et du BRGM dans un indice opérationnel unique à destination des préfectures et des SDIS.

Prévention et droit

  1. Créer un crédit d’impôt de 50 % sur les dépenses de débroussaillement en zone soumise à obligation légale, plafonné, ouvert aux prestations réalisées par entreprise agréée, collectivité ou éleveur sous convention.
  2. Rendre le contrôle des OLD effectif et systématique à l’issue d’une période de mise en conformité de trois ans. La loi de 2023 n’a pas besoin d’être réécrite, elle a besoin d’être appliquée.
  3. Étendre les plans de protection des forêts contre les incendies à tous les massifs classés à risque moyen ou élevé à l’horizon 2050 — Fontainebleau, la Sologne et l’Est dès 2027 — et imposer un plan de traitement des abords d’autoroutes, voies ferrées et lignes électriques.
  4. Instaurer une procédure accélérée pour les ouvrages DFCI et de rétention d’eau : instruction en quatre mois, dossier unique, et obligation d’évaluer dans l’étude d’impact le risque évité autant que l’impact causé.

Détection, lutte et souveraineté

  1. Faire du délai d’attaque l’indicateur central de la politique de sécurité civile : caméras thermiques automatisées, surveillance satellitaire, drones de reconnaissance pré-positionnés les jours de risque extrême, interconnexion des alertes entre SDIS, ONF, DFCI et gestionnaires d’infrastructures.
  2. Engager un programme européen de première intervention par essaims de drones, avec cahier des charges imposant un agent extincteur biodégradable, et expérimentation sur deux massifs pilotes dès 2027.
  3. Passer une commande d’État ferme et pluriannuelle sur au moins un programme français de bombardier d’eau, adossée à un mécanisme européen d’agrégation de la demande — et redonner à l’ONF les effectifs correspondant à ses missions réelles.
Chapitre 15

Les objections que l’on nous fera

Nous les formulons nous-mêmes, parce qu’un programme qui ne les mentionne pas ment par omission.

« La diversification n’arrête pas un mégafeu »

C’est exact. Dans des conditions extrêmes — vent fort, humidité de l’air très basse, végétation en stress hydrique majeur — un feu franchit les coupures et saute par transport de brandons sur plus d’un kilomètre. La reprise du Gros Bessillon le 31 juillet, quatre jours après que le feu ait été déclaré fixé, en est la démonstration. La diversification ne supprime pas le risque de mégafeu : elle réduit la fréquence des feux courants, ralentit la propagation en conditions ordinaires, et préserve une partie du capital forestier après sinistre. C’est une politique de réduction de l’exposition, pas d’élimination du risque.

« Vous parlez d’une échéance à cinquante ans face à une urgence immédiate »

C’est également exact, et c’est précisément l’argument. Une politique forestière ne produit ses effets qu’à cinquante ans. C’est la raison pour laquelle elle ne peut pas être décidée dans l’émotion d’un été, et la raison pour laquelle elle est systématiquement reportée. En revanche, nos propositions 12 à 18 produisent des effets en moins de trois ans.

« La filière bois va perdre »

À court terme, un plafond de mono-spécificité et une compensation de rendement représentent un coût pour la filière. Il faut l’assumer et le chiffrer honnêtement. Mais l’alternative n’est pas le statu quo : c’est un massif landais qui brûle par tranches de 30 000 à 40 000 hectares tous les quatre ans. En 2022, 32 000 hectares. En 2026, 42 000. Aucune filière ne survit à ce rythme.

« Les retenues d’eau, c’est le retour des bassines »

Non, et la différence est technique, pas rhétorique. Une réserve alimentée par pompage hivernal dans une nappe prélève une ressource protégée pour la mettre à l’air libre. Une retenue alimentée par ruissellement capte une eau qui, sans elle, partirait à la mer en quelques jours. Un micro-seuil ne stocke rien : il rehausse la ligne d’eau et prolonge l’infiltration. Ce sont trois objets différents, qui appellent trois jugements différents. Confondre les trois est la meilleure manière de ne rien faire.

« Vous voulez bétonner et couper au nom de la protection »

Nous proposons de couper des dizaines d’hectares pour éviter d’en perdre des dizaines de milliers. Nous acceptons de discuter du dimensionnement, du tracé, des compensations et des méthodes. Nous n’acceptons pas que le refus de tout ouvrage soit présenté comme une politique de protection alors que son résultat mesurable, depuis quatre ans, est la destruction de massifs entiers.

« Soutenir un avion français, c’est du protectionnisme »

Il n’y a pas de concurrence à protéger : il existe un seul fournisseur mondial dans cette catégorie, dont le carnet est saturé pour une décennie. Créer un second fournisseur européen n’est pas une entrave au marché — c’est la condition de son existence.

Conclusion

Ce que nous savions

Nous savions que juillet 2026 serait extrême : les modèles le disaient depuis le printemps. Nous savions que les nappes se vidangeaient sur 94 % des points de mesure dès la mi-juillet : le BRGM l’avait publié. Nous savions que le débroussaillement n’était appliqué qu’à 30 % : le Sénat l’avait écrit dès 2023. Nous savions que la flotte de Canadair arrivait en limite d’âge : le rapport parlementaire de juillet 2025 en avait fait sa conclusion centrale. Nous savions que le risque remontait vers le nord : la carte existait avant Fontainebleau. Nous savions même que le décret organisant le financement du reboisement était fragile : le Conseil d’État l’a annulé le 15 juillet.

Il n’y a donc, dans cet été, ni fatalité ni surprise. Il y a un écart, constant et mesurable, entre ce que la France sait et ce que la France fait. Cet écart n’est pas une erreur technique. C’est un choix politique reconduit chaque année par défaut d’arbitrage.

Le pin maritime que l’on replantera cet automne sera adulte en 2070. Les décisions prises dans les six prochains mois sur la reconstitution des massifs brûlés engagent le pays pour un demi-siècle. Elles seront prises, quoi qu’il arrive, par quelqu’un. La seule question est de savoir si elles le seront en fonction du climat que nous quittons, ou de celui vers lequel nous allons.

Soyons malins : apprenons, et anticipons. Ce n’est pas un slogan. C’est la seule méthode disponible.

Ce chapitre est publié en accès libre. Il est à la disposition de toutes les formations politiques, de tous les élus locaux et de tous les praticiens qui souhaitent s’en saisir, l’amender ou le contester. Nous ne demandons ni adhésion ni attribution. Nous demandons seulement que le débat porte sur les chiffres.

Sources

  • Préfecture de la Gironde, points de situation quotidiens sur l’incendie, juillet 2026 — gironde.gouv.fr
  • Préfecture du Var, communiqués sur l’incendie du Gros Bessillon, 21 juillet – 1er août 2026
  • Préfecture de Seine-et-Marne, incendies du massif forestier de Fontainebleau, 12-24 juillet 2026 — seine-et-marne.gouv.fr
  • Météo-France, bulletins de vigilance canicule et indicateur d’humidité des sols (SWI), juin-juillet 2026 — meteofrance.com
  • BRGM, bulletins « Nappes d’eau souterraine » au 1er juin, 1er juillet et 15 juillet 2026 — brgm.fr
  • EFFIS / Copernicus, European Forest Fire Information System, relevés 2026
  • World Weather Attribution, étude d’attribution sur les vagues de chaleur européennes de juin 2026
  • Serge Zaka / AgroClimat2050, « L’irrigation n’est plus la seule solution », 12 juillet 2026 ; cartographies biogéographiques des essences forestières (d’après CARBOFOR, Badeau et al., 2004) et des cultures méditerranéennes à 2050-2070
  • Jean-Marc Jancovici, publication du 30 juillet 2026 sur les incendies du Sud-Ouest et l’adaptation
  • Office national des forêts, statistiques des feux de forêt, origine humaine des départs, bilans annuels — onf.fr
  • INRAE, travaux sur l’avenir du massif des Landes de Gascogne (lisières feuillues, zones humides, diversification des âges, sylvopastoralisme)
  • Loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie, et décrets d’application 2024 — legifrance.gouv.fr
  • Service-public.gouv.fr, obligations légales de débroussaillement et information des acquéreurs et locataires
  • Assemblée nationale, rapport d’information n° 1660 de M. Damien Maudet et Mme Sophie Pantel sur la stratégie de renouvellement de la flotte aérienne de la sécurité civile, 2 juillet 2025
  • Sénat, rapport sur le projet de loi de finances pour 2026, mission « Sécurités » — Sécurité civile
  • Ministère de l’Intérieur / DGSCGC, commande de deux DHC-515, Nîmes-Garons, 4 juin 2026
  • Hynaero, Kepplair Evolution, Positive Aviation — documentation publique des programmes Frégate-F100, Kepplair 72 et FF72
  • France Assureurs, « Impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 » — franceassureurs.fr
  • Ministère de l’Agriculture, « Mesure renouvellement forestier — bilan France Relance 2021-2023 » ; Conseil supérieur de la forêt et du bois
  • Canopée, analyses du plan de renouvellement forestier ; décision du Conseil d’État du 15 juillet 2026 annulant le décret du 2 mai 2025
  • Haut Conseil pour le climat, 8e rapport annuel, 9 juillet 2026, chapitre 4
  • Wuju Technology (Shenyang), système de première intervention par essaim de drones ; production en série depuis septembre 2025

Élysée Conseils — Projet 2027, Réussir ensemble. Programme publié en accès libre, à disposition de toutes les formations politiques.
Chiffres arrêtés au 1er août 2026. Les bilans des incendies de Gironde, du Var et de Fontainebleau restent provisoires et seront actualisés.

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