Illustration dessinée : un hôpital sous un cœur traversé d’un tracé d’électrocardiogramme, avec un médecin, une infirmière, une personne âgée, une ambulance et une pile de pièces ; quatre tuiles chiffrées : 353,2 Md€ de dépenses en 2025, 15,9 Md€ de déficit pour la branche maladie, 55 % de la dépense pour les 65 ans et plus, 30 000 patients par jour à l’hôpital sans nécessité médicale
353,2 milliards d’euros de dépenses de santé en 2025, 15,9 milliards de déficit pour la branche maladie : les chiffres officiels, thème par thème.

La santé en France : l’état des lieux 2026, thème par thème

État des lieux · Santé

La santé en France : l’état des lieux 2026, thème par thème

353,2 milliards d’euros de dépenses, 15,9 milliards de déficit pour l’Assurance maladie, un budget 2027 sous contrainte : avant de débattre des réponses, il faut s’accorder sur les faits. Voici, en dix-huit thèmes, ce que disent les chiffres officiels de 2025 et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. Le dossier complet est à télécharger.

Par Philippe Agnelli · Élysée Conseils · Projet 2027 · Octobre 2026 · Lecture : 9 minutes

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L’essentiel

  • La France a consacré 353,2 Md€ à sa santé en 2025, soit 11,8 % de son PIB : elle est troisième de l’Union européenne, derrière l’Allemagne et l’Autriche.
  • La branche maladie a perdu 15,9 Md€ en 2025. Le projet de loi 2027 limite la hausse de l’ONDAM à 2,0 % et prévoit encore 6,3 Md€ de déficit en 2030.
  • Les 65 ans et plus concentrent 55 % de la dépense ; 25,6 millions de personnes sont soignées pour une maladie chronique.
  • Les hôpitaux publics affichent environ 2,7 Md€ de déficit, et 30 000 patients occupent chaque jour un lit sans nécessité médicale.
  • Le reste à charge des ménages, 495 € par habitant, est l’un des plus faibles de l’Union européenne, mais il pèse d’abord sur le grand âge.

Le dossier complet à télécharger

01

Combien la France dépense pour sa santé

353,2 milliards d’euros en 2025, soit 11,8 % du PIB et environ 5 100 € par habitant.

La France se classe troisième de l’Union européenne, derrière l’Allemagne (12,7 %) et l’Autriche (11,9 %), nettement au-dessus de la moyenne de l’Union (10,5 %). Une précaution s’impose : depuis 2026, la DREES retient comme agrégat central la dépense courante de santé au sens international, qui intègre l’hébergement en soins de longue durée. Les chiffres publiés auparavant, comme les 11,4 % du PIB, ne sont plus comparables. Le débat public mélange aussi quatre agrégats : la dépense courante (353,2 Md€), l’objectif national de dépenses d’assurance maladie, l’ONDAM, voté par le Parlement (265,4 Md€ exécutés en 2025), les charges de la branche maladie (260,9 Md€) et la consommation de soins et de biens médicaux (256,5 Md€). Chacun est juste dans son périmètre.

02

Qui décide

Le Parlement fixe l’enveloppe, l’Assurance maladie négocie les tarifs de ville, l’État et ses agences régulent l’hôpital et le prix des produits de santé.

À la charnière, les agences régionales de santé planifient l’offre, délivrent les autorisations et contrôlent les établissements. Elles concentrent les critiques sur l’éloignement du terrain. En mai 2026, le Sénat a proposé de renforcer leur échelon départemental, qui ne regroupe que 48 % de leurs effectifs, d’élargir leur pouvoir de dérogation et de garantir à chaque habitant un socle de services de santé.

03

Qui paie

La Sécurité sociale finance 70,6 % de la dépense, les complémentaires santé 12,3 % et les ménages 9,7 %.

Les recettes de l’Assurance maladie reposent d’abord sur les cotisations et la CSG sur les revenus d’activité (59 % en 2024), puis sur la TVA affectée (20 %) et sur les taxes sur le tabac, l’alcool et les boissons sucrées. Le reste à charge moyen atteint 495 € par habitant, l’un des plus faibles de l’Union européenne, mais il se concentre sur les soins de longue durée (207 € par habitant). Les patients en affection de longue durée (ALD), 20 % de la population, représentent 67 % des dépenses d’assurance maladie ; le coût propre de leur prise en charge à 100 % est estimé à 19,7 Md€ en 2025.

04

Le déficit et la dette

L’Assurance maladie emprunte 6 € sur 100 qu’elle dépense.

15,9 Md€

Déficit de la branche maladie en 2025. Pour l’ensemble des régimes de base et le fonds de solidarité vieillesse, il atteint 21,6 Md€ : il a doublé en deux ans.

Sources : Commission des comptes de la Sécurité sociale, mai 2026 ; Cour des comptes, mai 2026.

Le projet de loi de financement pour 2027 propose un ONDAM de 278,7 Md€, en hausse de 2,0 % au lieu de 3,4 % à tendance inchangée : 5,1 Md€ d’économies, qui financent aussi 1,2 Md€ de mesures nouvelles. Le déficit de la branche serait ramené à 7,8 Md€ en 2027, puis à 6,3 Md€ en 2030. La dette sociale coûte de nouveau : les charges financières de la branche maladie sont passées de 18 M€ en 2022 à 626 M€ en 2025.

05

Qui soigne

Il n’y a jamais eu autant de médecins, mais la médecine générale stagne et vieillit.

En dix ans, le nombre de généralistes exerçant hors de l’hôpital est passé de 85 000 à 83 100, quand celui des kinésithérapeutes augmentait de 31 % depuis 2017 et celui des sages-femmes de ville de 70 %. 34 % des généralistes libéraux ont 60 ans ou plus. La profession médicale se féminise (50,5 % de femmes en 2026) et se salarie (47 %). À l’hôpital public, les effectifs médicaux ont augmenté depuis 2017 tandis que le nombre de lits et de places diminuait.

06

Combien de soins

La consommation de soins progresse surtout par les volumes : +2,0 % en 2025, pour 0,7 % de hausse des prix.

Les mouvements sont contrastés. Chez les généralistes, le passage de la consultation à 30 € fait monter les prix de 12,2 % tandis que le volume recule de 5,5 % ; dans les laboratoires, c’est l’inverse. La pertinence des actes reste mal mesurée : la Cour des comptes évalue à 22 Md€ le coût des soins inutiles ou de faible valeur à l’hôpital, en appliquant des ratios de l’OCDE, et le présente comme un ordre de grandeur.

07

La ville et les portes d’entrée

Fin 2024, 11,5 % des patients de 17 ans et plus n’avaient pas de médecin traitant.

Les soins de ville atteignent 113,7 Md€ en 2025 dans le champ de l’ONDAM, dont 17,9 Md€ d’arrêts de travail. De nouvelles portes d’entrée s’ouvrent : pharmaciens, accès direct aux kinésithérapeutes et aux infirmiers en pratique avancée, réseau France Santé, qui compte 2 500 structures labellisées et en vise 5 000 fin 2027. Elles restent peu utilisées : l’accès direct représente moins de 0,15 % des actes de kinésithérapie. 42 % des généralistes ont pratiqué la téléconsultation en 2025, pour 4,9 % de leur activité.

08

L’hôpital

Le déficit des hôpitaux publics a été multiplié par quatre depuis 2019.

Il atteint 2,9 Md€ en 2024 et environ 2,7 Md€ en 2025 selon une estimation provisoire, sous l’effet des revalorisations salariales, de l’inflation et des cotisations de retraite. Une partie des difficultés vient de l’aval : faute de place en soins de réadaptation, en EHPAD ou à domicile, des patients restent hospitalisés alors que leur état ne le justifie plus.

30 000

patients occupent chaque jour un lit d’hôpital sans nécessité médicale. Avec les admissions évitables, le coût net de ces hospitalisations inadéquates atteint 4,2 Md€.

Source : Cour des comptes, La sécurité sociale 2026, chapitre VIII.

09

Le médicament

Le prix affiché n’est pas le prix payé : les laboratoires reversent plus de 10 Md€ de remises.

La consommation de médicaments atteint 54,4 Md€ au prix affiché et 43,9 Md€ après remises. La dépense est tirée par quelques traitements innovants : 26 coûtent plus de 80 000 € par an et par patient, contre un seul en 2015. Gaspillage et pénuries restent des sujets ouverts : les médicaments jetés en ville représenteraient de 561 M€ à 1,7 Md€ par an, et les signalements de ruptures ou de tensions d’approvisionnement ont presque doublé entre 2021 et 2023.

10

Les transports de patients

6,9 Md€ en 2025, une dépense qui a progressé de 31 % de 2019 à 2024, contre 17 % pour l’ONDAM.

90 % de cette dépense concerne des patients en ALD, et les hôpitaux prescrivent les deux tiers des transports remboursés en ville. Les taxis conventionnés représentent désormais la moitié des dépenses de trajets. Le transport partagé progresse dans les véhicules sanitaires légers (21,7 % des trajets) mais reste marginal en taxi.

11

La prévention

9,2 Md€, soit 2,6 % de la dépense de santé.

Le tabagisme quotidien a reculé de 29,4 % en 2016 à 17,4 % en 2024, mais la France reste quatrième de l’Union européenne pour la part de fumeurs quotidiens, et 17,7 % du tabac consommé échappe à la fiscalité française, soit 4,3 Md€ de recettes perdues en 2023. La vaccination des personnes âgées (60,6 % contre la grippe) et le dépistage du cancer colorectal (33,1 %) restent en deçà des objectifs.

12

Les patients et les maladies chroniques

Les 65 ans et plus, 22 % de la population, concentrent 55 % de la dépense de santé.

25,6 millions de personnes sont soignées pour une maladie chronique, qui représente 63 % des remboursements ; elles pourraient être jusqu’à 30,4 millions en 2035. La santé mentale pèse 29,1 Md€ de dépenses remboursées, et le nombre de jeunes de 12 à 25 ans traités par psychotropes est passé de 792 000 en 2019 à 1,04 million en 2025.

13

Le grand âge

Les soins de longue durée atteignent 69,9 Md€ ; les familles en paient un euro sur cinq.

687 000 personnes ont résidé en EHPAD en 2023, et 51 % des établissements étaient déficitaires en 2024. Le nombre de seniors en perte d’autonomie passerait de 2,0 millions en 2021 à près de 2,8 millions vers 2050. Le grand âge et l’aide aux aidants feront l’objet d’un dossier distinct.

14

Les territoires

Ce n’est pas seulement une pénurie, c’est une répartition.

Entre 2010 et 2026, la Creuse a perdu 19,3 % de ses médecins en activité, quand les Hautes-Alpes en gagnaient 44,7 %. 29 % des habitants de l’Hexagone vivent en zone d’intervention prioritaire pour la médecine générale. Les écarts sont plus forts encore pour les dentistes et les kinésithérapeutes. Une quinzaine d’aides à l’installation, pour 205 M€ en 2023, ont peu corrigé ces déséquilibres, selon la Cour des comptes.

15

L’outre-mer

Cinq territoires, deux situations.

Les Antilles et La Réunion comptent autant ou plus de généralistes que l’Hexagone, mais affrontent une forte prévalence du diabète : 12,0 % en Guadeloupe, contre 6,4 % dans l’Hexagone. La Guyane et Mayotte cumulent pénurie de soignants et indicateurs dégradés : Mayotte compte 11,5 généralistes libéraux pour 100 000 habitants, contre 81,2 en métropole. Les comptes nationaux de la santé ne publient pas de série par territoire ultramarin.

16

Ce que demandent les professionnels

Du temps, une équipe, de la simplicité.

L’enquête de l’Ordre des médecins auprès des internes montre que le conjoint (86 %) et la présence d’autres professionnels (81 %) pèsent davantage dans le choix d’installation que les aides financières. Les généralistes libéraux travaillent en moyenne 46 heures par semaine et demandent une simplification administrative. Les infirmiers attendent la reconnaissance de leurs compétences et des effectifs suffisants, que la loi du 29 janvier 2025 sur les ratios de soignants doit garantir à l’hôpital public à partir de 2027.

17

Ce qui est en débat

Huit questions relèvent du débat parlementaire.

Le rythme de la dépense ; la part laissée au patient, alors que les plafonds annuels des franchises passent de 50 € à 70 € ; la réforme des affections de longue durée ; le financement de l’hôpital ; le rôle des complémentaires santé ; la politique du médicament ; la gouvernance territoriale ; la lutte contre le tabac. Le dossier expose pour chacune les arguments en présence, sans trancher. Les propositions du Projet 2027 feront l’objet d’un document distinct.

18

Les chiffres à manier avec précaution

Un chiffre de santé n’a de sens qu’avec son périmètre, son année et sa source.

« Un acte médical sur trois est inutile » provient d’un sondage d’opinion réalisé en 2012 ; « les ALD coûtent 112 Md€ » confond la dépense des patients et le coût du dispositif ; trois chiffres provisoires circulent pour le déficit des hôpitaux. Le dossier recense douze de ces pièges et confronte, en annexe, les chiffres des différents rapports lorsqu’ils divergent.

Pour aller plus loin

La série « La santé en France »

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Sources

Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils. Projet 2027 — Réussir ensemble est la rédaction d’un programme pour la présidentielle 2027 ; open source, il est mis à disposition de tous les candidats.

AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

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