Énergie · État des lieux 2026 · 1/9
Électricité en France : le paradoxe de l’abondance
La France n’a jamais produit autant d’électricité décarbonée, et jamais autant exporté. Les prix de gros passent de plus en plus souvent sous zéro. Derrière ce succès se cache une question qui engage les dix prochaines années : que faire d’une électricité que nous n’utilisons pas ?
L’essentiel
- En 2025, la France a produit 547,5 TWh d’électricité et n’en a consommé que 451 TWh.
- Le solde exportateur atteint un record de 92,3 TWh, l’équivalent de la consommation de la Belgique.
- Les prix de gros ont été négatifs pendant 513 heures, contre 4 en 2022.
- Si l’électrification reste lente, RTE prévoit 60 à 85 TWh à moduler faute d’acheteurs en 2035, et un mégawattheure plus cher pour tous.
Le document de travail
- L’énergie en France : état des lieux 2026 — PDF, 38 pages, 2,6 Mo. Cet article reprend les chapitres 05 (électricité) et 11 (demande, réseaux et flexibilité) du dossier.
Une production record, une consommation qui stagne
La production d’électricité a atteint 547,5 TWh en 2025. Le nucléaire progresse pour la troisième année consécutive (373,0 TWh, + 11,3 TWh), le solaire bondit de 33 % (32,9 TWh), l’éolien fournit 49,6 TWh et l’hydraulique 62,4 TWh. La production décarbonée atteint un record de 521,1 TWh : 95,2 % de notre électricité est décarbonée.
La consommation, elle, ne suit pas : 451 TWh une fois corrigée des aléas climatiques, toujours sous son niveau d’avant la crise de 2022. L’écart part à l’étranger.
Consommation corrigée des aléas météorologiques. Source : RTE, Bilan électrique 2025.
La France est le premier exportateur net d’électricité d’Europe : 92,3 TWh en 2025, soit 17 % de sa production. C’est une bonne nouvelle pour la balance commerciale. C’est aussi le signe que l’électrification de nos usages, transport, chauffage, industrie, n’avance pas au rythme de notre production.
Quand l’électricité vaut moins que rien
Aux heures les plus ensoleillées, la production dépasse la demande en France et chez nos voisins. Les prix de gros basculent alors sous zéro : les producteurs paient pour injecter.
Source : RTE, Bilan électrique 2025 (données EPEX, Nord Pool).
Le prix moyen reste de 61 euros le mégawattheure, mais les filières n’en captent pas la même part : environ 40 euros pour le solaire, 57 euros pour l’éolien terrestre, selon RTE. Plus on installe de panneaux qui produisent aux mêmes heures, moins chacun vaut sur le marché.
C’est le volume de production que le parc nucléaire a modulé en 2025 pour s’adapter à la demande et aux renouvelables. Les éoliennes et panneaux solaires ont, eux, renoncé à environ 3 TWh pendant les prix négatifs.
Source : RTE, Bilan électrique 2025
Il n’existe aucune priorité technique d’injection des renouvelables. En cas d’excédent, c’est le nucléaire qui baisse le premier, parce que son coût variable est supérieur à celui du vent et du soleil.
L’équation de 2035 : produire plus ou consommer mieux
RTE décrit deux trajectoires. Si l’électrification accélère, la consommation atteint 510 TWh en 2030 et 580 TWh en 2035. Si elle reste lente, comme aujourd’hui, elle plafonne à 470 puis 505 TWh. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) vise de son côté au moins 650 TWh de production décarbonée en 2035.
Dans la trajectoire lente, RTE évalue à 60 à 85 TWh la production à moduler faute d’acheteurs en 2035. Or le coût du système électrique est largement fixe : moins on consomme, plus chaque mégawattheure coûte cher.
Fourchettes publiées par RTE. Source : RTE, Bilan prévisionnel 2025, analyse économique (juillet 2026).
Les réseaux doivent en outre être renouvelés et étendus : environ 100 milliards d’euros d’investissements prévus par RTE d’ici à 2040, et autant pour Enedis, financés par la facture d’électricité. Construire des capacités sans électrifier les usages revient à payer deux fois : l’investissement, puis l’électricité que personne n’achète.
Le défi des prochaines années n’est plus de produire de l’électricité décarbonée. C’est de l’utiliser à la place du pétrole et du gaz.
Pour aller plus loin
La série « L’énergie en France »
- Toute la série « L’énergie en France » : neuf articles, un chaque vendredi du 9 octobre au 4 décembre 2026, à retrouver au fil des parutions.
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- L’énergie en France en 2026 : l’état des lieux chiffré : le grand état des lieux dont cet article reprend un chapitre.
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- Nucléaire : la France brille à nouveau, mais n’oublions pas nos rendez-vous manqués : le socle nucléaire, ses succès et ses retards.
Sources
- RTE, Bilan électrique 2025
- RTE, Bilan prévisionnel 2025, principaux résultats (décembre 2025) et analyse économique (juillet 2026)
- Décret n° 2026-76 du 12 février 2026 relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) et son rapport
- Élysée Conseils, L’énergie en France : état des lieux 2026, chapitres 05 et 11
Philippe Agnelli — président d’Élysée Conseils · Projet 2027 « Réussir ensemble ». Projet 2027 est la rédaction d’un programme pour la présidentielle 2027 ; open source, ce programme est mis à disposition de tous les candidats à la présidentielle. Contributions : mesidees@elysee-conseils.fr · www.elysee-conseils.fr
AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.
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