Illustration d’une balance : sur un plateau, un sac de 112 milliards d’euros à trouver ; sur l’autre, trois piles de leviers (dépenses, recettes, réformes) ; quatre tuiles chiffrées : 112 milliards d’euros, 27 milliards la première année, 170 leviers chiffrés, environ 73 milliards compatibles avec le Projet 2027
112 milliards d’euros à trouver pour stabiliser la dette : le Conseil d’analyse économique met 170 leviers chiffrés sur la table.

Dette publique : 112 milliards à trouver, 170 leviers chiffrés

Finances publiques · Lecture du Conseil d’analyse économique

Dette publique : 112 milliards à trouver, 170 leviers chiffrés

Pour stabiliser la dette publique, le Conseil d’analyse économique chiffre l’effort à 112 milliards d’euros en six ans, dont 27 milliards dès la première année. Surtout, il publie l’inventaire de 170 leviers chiffrés : économies, recettes, réformes. Élysée Conseils l’a lu ligne à ligne et en tire le cadre budgétaire du Projet 2027.

Par Philippe Agnelli · Élysée Conseils — Projet 2027 · 6 octobre 2026 · lecture : 10 minutes

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Le mot du président

Tous les programmes, qu’ils viennent des partis politiques ou des organisations professionnelles, avancent des chiffrages plus ou moins exotiques. Pourtant, des institutions sérieuses — le Conseil d’analyse économique, la Cour des comptes, la direction générale du Trésor et bien d’autres — publient des rapports chiffrés d’excellente facture. Elles ont accès à tous les chiffres.

Dans cette étude, nous nous penchons sur celui du Conseil d’analyse économique. Son verdict tient en un chiffre : 112 milliards d’euros à trouver pour stabiliser notre dette. En face, il dresse l’inventaire chiffré des économies et des recettes possibles.

Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils

L’essentiel

  • Le besoin : hors intérêts et hors conjoncture, il manque 2,7 points de PIB. Avec une marge d’un point pour la prochaine crise, l’effort atteint 3,7 points, soit 112 milliards d’euros.
  • Le rythme : six ans, en commençant par 27 milliards en 2026, pour repasser sous 3 % de déficit en 2029 et stabiliser la dette à 124 % du PIB.
  • Les leviers : environ 108 milliards d’économies possibles à l’horizon 2030, 111 milliards de recettes, 45 milliards de gains par l’emploi et la productivité, 4 milliards par la lutte contre la fraude.
  • Les limites : taxer les très hauts patrimoines rapporterait au mieux 5 milliards ; la lutte contre la fraude, environ 4 milliards.
  • Pour le Projet 2027 : les leviers compatibles avec nos positions représentent environ 73 milliards ; il reste environ 39 milliards à arbitrer.

Le document de travail

01

Le diagnostic : 112 milliards

Hors intérêts et hors effets de la conjoncture, l’État, la sécurité sociale et les collectivités dépensent encore 2,7 points de PIB de plus qu’ils ne prélèvent.

Le déficit public atteint 5,4 % du PIB en 2025. Une fois retirés la charge de la dette (2,2 points) et l’effet de la conjoncture (0,5 point), il reste un déficit primaire structurel de 2,7 points. Pour stabiliser la dette et garder une marge face à la prochaine crise, le Conseil d’analyse économique (CAE) ajoute un point de PIB. L’effort atteint 3,7 points, soit 112 milliards d’euros. Si les taux d’intérêt restent durablement au-dessus de la croissance, il monte à 127 milliards.

Effort total pour stabiliser la dette, en milliards d’euros
0 40 80 120 112 Stabiliser la dette scénario central 127 Taux élevés durables variante 148 Avec la dérive spontanée +6 Md€ par an pendant 6 ans

Montants en euros de 2025. Source : CAE, Focus n° 124, octobre 2025.

Le CAE souligne un point politique majeur : ce montant de 112 milliards est le même que celui qu’il estimait en juillet 2024, mais il intervient un an plus tard. Tant que l’ajustement n’est pas fait, la dette continue d’augmenter en part du PIB. La France emprunte désormais à dix ans autour de 3,5 %, plus cher que l’Espagne, le Portugal ou la Grèce.

02

Le rythme : six ans, en commençant fort

Le CAE recommande d’étaler l’effort sur six ans, avec 27 milliards dès la première année.

Faire l’effort tôt réduit le niveau final de la dette ; le faire trop vite pèse sur la croissance. Le modèle du CAE arbitre entre les deux et conclut qu’il vaut toujours mieux faire davantage au début : l’effet d’une mesure sur le déficit est permanent, alors que son coût sur la croissance est le même, qu’elle soit prise tôt ou tard.

Les trois trajectoires du CAE
Trajectoire Durée Effort en 2026 Résultat
Rapide 4 ans 41 Md€ (1,4 % du PIB) Effort initial maximal
Centrale 6 ans 27 Md€ (0,9 % du PIB) Déficit sous 3 % en 2029, dette stabilisée à 124 % du PIB
Lente 12 ans 14 Md€ (0,5 % du PIB) Dette stabilisée plus haut

Il faut aussi compter avec le « tendanciel » : à politique inchangée, les dépenses augmentent d’elles-mêmes (vieillissement, santé, charge de la dette). Pour 2026, le Gouvernement estimait cette hausse spontanée à 51 milliards, contre 26 milliards de recettes supplémentaires. À moyen terme, le CAE retient une dérive d’environ 6 milliards par an : l’effort total approche 148 milliards sur six ans. Il demande que les hypothèses de ce tendanciel soient rendues publiques, pour que chacun puisse refaire les calculs.

03

Les dépenses : 108 milliards possibles

Le CAE recense 30,9 milliards d’économies pour 2026 et environ 108 milliards à l’horizon 2030, si les mesures sont reconduites chaque année.

Deux méthodes s’offrent aux décideurs. Les règles générales d’abord : geler en volume le budget de l’État (34,6 milliards en 2030) ou celui des collectivités (19,4 milliards), ou décider une « année blanche » sans revalorisation des pensions, des prestations et du barème de l’impôt. Le rendement est élevé, mais le CAE prévient que ces mesures sont « potentiellement régressives » si elles ne sont pas ciblées.

Les mesures ciblées ensuite. En santé, près de 7 milliards à moyen terme par la prévention, la baisse des prix des produits de santé, le virage ambulatoire et la réduction des dépenses évitables. Pour l’État, la baisse des subventions à l’enseignement privé sous contrat (3,5 milliards), le recentrage de MaPrimeRénov’ (0,9 milliard) ou la réforme des aides à l’apprentissage. Pour les collectivités, la mutualisation des achats (jusqu’à 3 milliards) et, d’après les travaux sur le millefeuille administratif repris dans le tableur du CAE, 1,5 milliard par la suppression des doublons et 6 milliards par la clarification des compétences.

57,0 %

C’est la dépense publique de la France en 2023, en part du PIB : le niveau le plus élevé de l’Union européenne, dont la moyenne est de 49,0 %.

Source : CAE, Focus n° 124, d’après Eurostat

04

Les recettes : 111 milliards possibles

Les plus gros rendements viennent des impôts larges, qui pèsent davantage sur les ménages modestes et moyens.

Quelques recettes chiffrées par le CAE (2026, en milliards d’euros)
Mesure Rendement
Restaurer la taxe d’habitation sur les résidences principales 21,8
Augmenter la CSG d’un point 14,6
Héritage : supprimer ou réviser les dispositifs d’allègement 8,0
Augmenter d’un point chaque tranche de l’impôt sur le revenu 6,8
Augmenter d’un point le taux normal de TVA 6,0
Rétablir l’ISF 5,0
Supprimer l’abattement de 10 % des retraités 4,8
Supprimer les tarifs réduits d’accises sur l’énergie 4,8
Écotaxe poids lourds 1,0
Total des 30 mesures retenues 111,4

Le CAE distingue soigneusement ce qu’un impôt rapporterait sur le papier et ce qu’il rapporte une fois que les contribuables ont réagi. Un point de plus sur chaque tranche de l’impôt sur le revenu rapporterait 7,6 milliards mécaniquement, mais 6,8 milliards en réalité.

Idée reçue

Il suffirait de taxer les très riches pour régler la question de la dette.

Réalité

Un impôt de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros rapporterait 18,3 milliards sur le papier, mais environ 4,75 milliards une fois les réactions prises en compte1. Le CAE juge « ambitieux » d’espérer plus de 5 milliards d’une taxation du patrimoine.

05

Les réformes : l’emploi rapporte autant que l’impôt

Un point de chômage en moins améliore les comptes publics de 7,6 milliards d’euros par an.

Le CAE chiffre l’effet de trois réformes structurelles. Ramener le chômage de 0,4 point par an pendant cinq ans rapporterait 15,1 milliards en 2030 ; une croissance de la productivité plus forte de 0,2 point par an, 12,3 milliards ; une hausse de l’emploi des seniors, illustrée par un âge légal porté à 65 ans, 17,7 milliards en 2035 selon la Cour des comptes. Ces gains « ne se décrètent pas » : ils sont lents et parfois coûteux au départ.

La lutte contre la fraude, enfin, rapporterait environ 4,1 milliards par an en améliorant le recouvrement. C’est utile, mais cela ne peut pas être le cœur d’une stratégie.

06

Les choix : protéger ce qui prépare l’avenir

Tous les instruments ne se valent pas : les coupes dans l’éducation et l’investissement public sont les plus coûteuses pour la croissance de long terme.

Le CAE ne prescrit rien : son inventaire est « volontairement descriptif ». Mais il rappelle, en s’appuyant sur l’OCDE, que réduire les dépenses d’éducation pèse sur la croissance et sur les inégalités, à court comme à long terme. Il cite l’exemple du Portugal, qui a redressé ses comptes sans aggraver les inégalités à moyen terme.

07

Ce que le Projet 2027 en retient

Les leviers qui rejoignent des positions déjà arrêtées du Projet 2027 représentent environ 73 milliards d’euros ; il en reste environ 39 à arbitrer.

Plusieurs leviers du CAE rejoignent des choix que nous avons faits pour d’autres raisons : rétablir la taxe d’habitation pour redonner aux communes un lien fiscal avec leurs habitants2, supprimer les doublons du millefeuille, tourner la santé vers la prévention, remettre plus de Français au travail, mutualiser les achats publics, reporter le fret routier vers le rail.

Leviers du CAE compatibles avec le Projet 2027, en milliards d’euros
Taxe d’habitation rétablie21,8 Baisse du chômage15,1 Productivité12,3 Santé : prévention, efficience7,9 Millefeuille : doublons7,5 Lutte contre la fraude4,1 Achats mutualisés3,0 Écotaxe poids lourds1,0 Chambres consulaires, Bpifrance0,8

Ordres de grandeur, horizon 2030 pour la plupart ; total ≈ 73 Md€. Estimation Élysée Conseils à partir du Focus n° 124 du CAE et de son tableur.

Certains leviers poursuivent un objectif que nous partageons, mais par une autre voie. Pour les retraites, le Projet 2027 retient un régime universel par points avec ajustement automatique à l’espérance de vie, plutôt qu’un report de l’âge légal. Pour les collectivités, il préfère l’incitation et la clarification des compétences à un gel imposé d’en haut. Pour l’éducation, il conserve au moins la moitié des postes libérés par la baisse du nombre d’élèves.

Il restera environ 39 milliards à trouver parmi des leviers que nous n’avons pas encore arbitrés : CSG, niches sociales des compléments de salaire, allègements de cotisations, fiscalité de l’héritage, participation des assurés en santé. Ces choix seront faits chapitre par chapitre, à découvert, avec leurs effets sur la croissance et l’équité. Nous proposons aussi une règle simple : toute dépense nouvelle du programme est gagée sur un levier identifié du tableur du CAE.

À vous de jouer !

Le CAE a mis en ligne un simulateur : choisissez vos leviers un par un — économies, impôts, réformes — et voyez si vous atteignez les 112 milliards. Où couperiez-vous ? Que taxeriez-vous ?

Pour aller plus loin

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Sources

  • Conseil d’analyse économique, A. Auclert, M.-A. Barbara, X. Jaravel, E. Laveissière, O. Lasterra, A. Lopes, X. Ragot, D. Renaud, « Comment stabiliser la dette publique ? », Focus n° 124, octobre 2025 — PDF ; tableur de données — datapack
  • Conseil d’analyse économique, « Quelle trajectoire pour les finances publiques françaises ? », Note n° 82, juillet 2024 — cae-eco.fr
  • Conseil d’analyse économique, « Fiscalité du capital : quels sont les effets de l’exil fiscal sur l’économie ? », Focus n° 118, juillet 2025 — cae-eco.fr
  • Cour des comptes, Situation financière et perspectives du système de retraites, février 2025 — ccomptes.fr
  • OCDE, Choosing Fiscal Consolidation Instruments Compatible with Growth and Equity, Economic Policy Paper n° 7, 2013
  • Eurostat, dépenses des administrations publiques par fonction, 2023

Notes

  1. Le CAE applique les résultats de travaux sur les pays scandinaves (Jakobsen et al., 2025) : à long terme, 0,74 € serait perdu pour chaque euro levé mécaniquement sur le patrimoine, par l’optimisation et, dans une moindre mesure, par l’exil. ↩
  2. Le gain pour l’État vient de la fin des compensations qu’il verse aux collectivités depuis la suppression de la taxe. Le CAE chiffre à 21,8 milliards le rétablissement sur toutes les résidences principales et, dans son tableur, à 9,3 milliards une version limitée aux 20 % des ménages les plus aisés ; le périmètre reste à arbitrer. ↩

Philippe Agnelli — président d’Élysée Conseils · Projet 2027 « Réussir ensemble ». Projet 2027 est la rédaction d’un programme pour la présidentielle 2027 ; open source, ce programme est mis à disposition de tous les candidats à la présidentielle. Contributions : mesidees@elysee-conseils.fr · www.elysee-conseils.fr

AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

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