Retraite · Budget 2027 · Synthèse
Un tiers du budget de l’école part en retraites
Pour la première fois, le budget de l’État montre, ministère par ministère, ce que coûtent les retraites des fonctionnaires. Ce que l’on apprend dans les 250 pages du rapport annexé au projet de loi de finances pour 2027 : subventions qui ne disent pas leur nom, règles d’exception, réserves pour les uns et déficits pour les autres.
L’essentiel
- 32 % des crédits de l’Éducation nationale et 30 % de ceux de l’Intérieur financent les pensions des anciens agents.
- Au taux employeur du privé, l’État verserait 11 Md€ ; les 43,9 Md€ restants sont une subvention d’équilibre payée par l’impôt.
- L’État finance aussi 11,8 Md€ d’autres régimes, dont celui des industries électriques et gazières par une taxe sur les factures d’énergie.
- La capitalisation existe déjà dans la fonction publique : 53,6 Md€ placés pour le régime additionnel des fonctionnaires.
- La dette de retraite de l’État a baissé de 207 Md€ en un an sans aucune réforme : seul le taux de calcul a changé.
Le document de travail
- Notre synthèse « Retraites des fonctionnaires : ce que révèle le budget 2027 » — PDF, 11 pages, 1,3 Mo : 9 chapitres, 12 graphiques et les chiffres à retenir, page par page.
- La source officielle : le rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexé au projet de loi de finances pour 2027 (direction du Budget, 250 pages).
Un tiers du budget de l’école part en retraites
des crédits 2027 de l’Éducation nationale sont versés au compte qui paie les pensions de l’État (CAS Pensions), soit 28,5 Md€ sur 89,1 Md€.
Source : Jaune Pensions, annexe au PLF 2027, p. 7 et 10
Le compte d’affectation spéciale « Pensions » doit être à l’équilibre à tout instant. Sa variable d’ajustement est la contribution versée par chaque ministère : 82,28 % du traitement hors primes pour un fonctionnaire civil en 2026, 8 points de plus qu’en 2024, et 126,07 % pour un militaire. À l’Intérieur, 41 % de la masse salariale finance les retraites (p. 8 et 12).
Source : Jaune Pensions, annexe au PLF 2027 ; méthode IPP (juin 2025) ; estimation Élysée Conseils pour le niveau intermédiaire, au taux 2026.
Les « +1,1 Md€ pour l’école » annoncés pour 2027 sont, eux, calculés hors cotisations retraites (p. 15).
Nos affirmations
Quand l’État annonce un milliard de plus pour l’école, il faut lire la note de bas de page : les retraites, elles, augmentent toutes seules.
Les subventions qui ne disent pas leur nom
Source : Jaune Pensions, annexe au PLF 2027, éditorial (p. 8).
Le rapport juge ces taux « peu comparables » : les primes sont hors assiette, l’invalidité et les droits familiaux sont à la charge du régime. Mais il chiffre lui-même l’écart. Au taux employeur du privé, les employeurs publics verseraient 11 Md€ au lieu de 54,9 Md€. Les 43,9 Md€ restants, soit 65 % des recettes du compte, relèvent d’une subvention d’équilibre (p. 20-21). Le texte du rapport annonce 41,5 Md€, mais son graphique et son pourcentage donnent bien 43,9 Md€.
La Cour des comptes propose un taux employeur de 44,1 % pour les civils et de 51,2 % pour les militaires ; l’Institut des politiques publiques retient 34,7 % (p. 22). La direction du Budget conclut pourtant qu’il ne faut « pas chercher à comparer » et annonce des groupes de travail (p. 23).
Source : Jaune Pensions, annexe au PLF 2027, tableau 5 (p. 28-29).
Au total, 11,78 Md€ en 2025 : 6 Md€ de subventions et 5,77 Md€ de taxes affectées. Les régimes des députés, des sénateurs, des agents des assemblées et des élus du CESE sont équilibrés par leurs employeurs, c’est-à-dire par des budgets publics (p. 26-29).
Nos affirmations
Chaque ménage paie la retraite des agents de l’énergie sur sa facture d’électricité, sans le savoir. La transparence commence par appeler une subvention une subvention.
Mêmes métiers, règles différentes
Selon le rapport, à salaire égal, les droits sont « similaires » : appliquer les règles du privé augmenterait même de 1,5 % la pension moyenne des fonctionnaires de l’État (Drees). Le même document détaille pourtant une longue liste de règles propres (p. 113-143).
| Règle | Fonctionnaires | Salariés du privé |
|---|---|---|
| Calcul | 75 % du traitement des 6 derniers mois, hors primes | 50 % des 25 meilleures années, plus la complémentaire |
| Réversion | 50 %, sans condition d’âge ni de ressources | Sous conditions d’âge et de ressources |
| Enfants | +10 % pour 3 enfants, puis +5 % par enfant | +10 % pour 3 enfants et plus |
| Invalidité | Pension de retraite à vie, sans décote | Assurance maladie, puis retraite à l’âge légal |
| Départs anticipés | Catégories actives : âge légal − 5 ou − 10 ans ; militaires après 17 ou 27 ans | Carrières longues, handicap |
| Minimum | 15 ans de services donnent 57,5 % du maximum | Proportionnel à la durée cotisée |
En 2025, seuls 29 % des hospitaliers partent à l’âge de droit commun, contre 60 % des civils de l’État (p. 152). Les militaires liquident leur pension à 46 ans en moyenne ; 99,7 % bénéficient de bonifications, pour 324 € par mois en moyenne (p. 126 et 150). Outre-mer, une majoration de 35 % à 75 % de la pension, jugée sans fondement depuis 2008, peut encore être attribuée jusqu’au 31 décembre 2027, et elle est versée à vie (p. 129-130).
Nos affirmations
Le régime des fonctionnaires n’est pas plus généreux « en moyenne » : il l’est par exceptions. Et les exceptions finissent par faire la règle.
Des réserves pour les uns, l’impôt pour les autres
Source : Jaune Pensions, annexe au PLF 2027 (fin 2025, RAFP en valeur boursière) ; COR, fiche Banque de France (2023).
Le régime additionnel de la fonction publique, obligatoire depuis 2005, place 10 % des primes des fonctionnaires : un portefeuille de 53,6 Md€ fin 2025, dont 44,2 % d’actions (p. 68-69). La complémentaire des contractuels dispose de 15,9 Md€ de réserves (p. 81), le régime de la Banque de France de 14,3 Md€ (COR). Le régime des fonctionnaires de l’État n’a, lui, aucune réserve : « il n’y a pas de cagnotte », précise le rapport (p. 51). Celui des territoriaux et hospitaliers est à découvert de 10,2 Md€ (p. 57).
Nos affirmations
La capitalisation n’est pas un tabou dans la fonction publique : elle y est obligatoire depuis 2005. Ceux qui la refusent aux salariés du privé oublient que les agents publics en bénéficient déjà.
L’emploi public ne baisse pas, il se déplace
Le régime de l’État compte 0,94 cotisant par retraité, contre 1,5 au régime général (p. 13). Ce n’est pas le signe d’un État qui a fondu : la fonction publique compte 5,83 millions d’agents fin 2023, dont 2,57 millions à l’État (Insee). Le régime perd des cotisants parce que l’État recrute des contractuels, affiliés au régime général, parce qu’environ 385 000 anciens agents de La Poste et de France Télécom restent pensionnés de l’État, et parce que la décentralisation a transféré des agents vers les collectivités (p. 145 et 193).
Source : iFRAP, d’après les séries longues de la DGAFP.
Pour la caisse des territoriaux et hospitaliers, la facture suit : dépenses de pensions en hausse de 6,2 % par an depuis 1990, cotisation employeur relevée de 27,30 % à 37,65 % depuis 2012 (p. 31-33). Cette charge pèse sur les impôts locaux et les budgets hospitaliers. Un nouveau retraité territorial touche 1 376 € par mois en moyenne, un civil de l’État 2 453 € (p. 184).
Un agent payé par l’État peut déjà relever du régime commun : les enseignants du privé sous contrat cotisent au régime général (p. 27). Nous développons ce constat dans notre rapport « Fin du recrutement statutaire ».
Nos affirmations
L’État n’a pas supprimé l’emploi public, il l’a transféré. Les agents sont partis vers les collectivités, et la facture des retraites les a suivis jusqu’aux impôts locaux.
Une dette de 1 366 milliards… selon le taux
Source : Jaune Pensions, annexe au PLF 2027, tableau 10 (p. 36).
Fin 2025, l’État doit 1 366 Md€ de pensions futures à ses agents et retraités actuels, contre 1 573 Md€ un an plus tôt. Aucune pension n’a baissé : le taux d’actualisation, aligné sur le rendement d’une obligation d’État indexée sur l’inflation, est passé de 1,38 % à 2,21 %. Au taux de 2024, les engagements atteindraient 1 565 Md€ (p. 36-37).
Nos affirmations
207 milliards de dette effacés en un an, sans réforme et sans qu’un seul retraité perde un euro : c’est la magie d’un taux d’intérêt.
Demain
Le Conseil d’orientation des retraites prévoit un déficit de l’ensemble du système de 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans son rapport précédent, avec une fécondité revue à 1,45 enfant par femme. La suspension de la réforme de 2023 coûte 1,8 Md€ par an jusqu’en 2033. Le rapport cotisants/retraités des territoriaux et hospitaliers passerait de 1,5 à 0,9 (p. 191-193).
Nos affirmations
Quarante-deux situations de retraite, des taux de cotisation de 17 % à 126 %, des réserves pour les uns et des déficits pour les autres : le problème n’est pas seulement le coût, c’est l’illisibilité.
Pour aller plus loin
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Sources
- Direction du Budget, Rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexe au projet de loi de finances pour 2027 (les numéros de page renvoient à ce document).
- Insee, Insee Première n° 2052, L’emploi dans la fonction publique en 2023.
- iFRAP, 1980-2019 : quelle évolution des effectifs de la fonction publique et de la masse salariale ?, d’après les séries longues de la DGAFP.
- Conseil d’orientation des retraites, fiche régime « Banque de France ».
- Cour des comptes, Les retraites des fonctionnaires de l’État, septembre 2026 ; Institut des politiques publiques, Retraites des fonctionnaires d’État : faut-il changer la convention comptable ?, juin 2025 ; Drees, Les Dossiers de la Drees n° 103, novembre 2022.
Philippe Agnelli — président d’Élysée Conseils · Projet 2027 « Réussir ensemble ». Projet 2027 est la rédaction d’un programme pour la présidentielle 2027 ; open source, ce programme est mis à disposition de tous les candidats à la présidentielle. Contributions : mesidees@elysee-conseils.fr · www.elysee-conseils.fr
AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.
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