Illustration en deux volets : des lycéens manifestent en 1990 et en 2026 avec les mêmes pancartes, « Démission » et « Plus de moyens pour l’école », sous le bandeau « Des solutions connues depuis 36 ans ».

Octobre 2026 — Des solutions pour l’avenir de notre jeunesse

Éducation · Billet de Philippe Agnelli

Octobre 2026 — Des solutions pour l’avenir de notre jeunesse

Trente-six ans après les manifestations lycéennes de 1990, les lycéens sont de nouveau dans la rue, avec les mêmes revendications. Voici nos solutions pour les lycées, Parcoursup et les professeurs : chiffrées, financées, et avec un impôt enfin fléché vers l’avenir de nos enfants.

Par Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils · 23 octobre 2026 · Projet 2027 · lecture 12 min

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Le mot du président

À l’automne 1990, j’étais lycéen et j’ai manifesté. J’étais alors au lycée technique des Eucalyptus, à Nice, avant de rejoindre l’IUT informatique. Je ne garde pas le souvenir de conditions particulièrement difficiles, mais les revendications étaient bien là : des locaux vétustes, des classes surchargées, des professeurs absents. Le mouvement, parti de Seine-Saint-Denis, avait gagné toute la France et obtenu 4,5 milliards de francs de l’État.

Trente-six ans plus tard, en octobre 2026, les lycéens sont de nouveau dans la rue, avec les mêmes mots. Une seule chose a changé : nos politiciens professionnels ont obtenu les mandats qu’ils voulaient, en promettant aux électeurs ce qu’ils n’ont jamais fait.

Je suis père de deux enfants, l’un au lycée, l’autre au collège. À la rentrée, il manquait des professeurs dans leurs établissements comme dans ceux de leurs amis. Plutôt que d’attendre que l’État règle le problème à ma place, j’ai demandé à devenir professeur remplaçant de technologie. Ma candidature a été validée le 5 septembre 2026, quelques semaines avant les premiers blocages. J’ai enseigné quand j’étais plus jeune, et j’aimais cela : c’est même pour devenir enseignant à l’université que j’avais commencé un doctorat. La vie m’a mené ailleurs, mais je suis convaincu que beaucoup de citoyens ont quelque chose à transmettre à l’école.

Mon neveu a 14 ans. Il est entré en CAP cuisine, parce que c’est sa passion. Je trouve qu’il faut encourager ces choix. Tout le monde n’est pas scolaire, tout le monde ne souhaite pas passer cinq ans sur les bancs d’une université, et le pays a besoin de ces métiers.

Un pays qui n’investit pas dans sa jeunesse n’a aucun avenir. Voici nos solutions. Elles sont chiffrées, et nous disons comment les financer.

Bonne lecture.

Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils

Voici nos revendications de 1990. Étrangement similaires. Archive : L’Est Républicain.

L’essentiel

  • Trente-six ans après 1990, les revendications des lycéens n’ont pas changé : des professeurs remplacés, des classes moins chargées, des bâtiments décents, un Parcoursup moins angoissant.
  • Nous proposons de pouvoir flécher l’impôt par une modification de la LOLF, et de classer le budget de l’éducation et de la recherche, hors retraites, en investissement.
  • Parcoursup réformé plutôt que cassé : vœux classés dès le départ, transparence, quotas de boursiers appliqués au fil de la procédure (environ 9 800 boursiers admis en plus selon l’IPP).
  • Tout le monde n’a pas vocation à faire bac+5 : il faut revaloriser l’image des métiers manuels et techniques, que même Wall Street s’arrache.
  • Financement fléché : fin progressive de l’abattement de 10 % des retraités les plus aisés (environ 1,2 Md€ la première année, 5,4 Md€ par an à terme) pour les lycées et les collèges, puis les universités ; taxe d’habitation rétablie pour les écoles primaires.
  • Une réserve d’enseignants ouverte aux retraités et aux citoyens, des établissements autonomes et un ministre qui reste en place.

Les documents complets en PDF

Introduction : pouvoir enfin flécher l’impôt

Chaque fois qu’on demande un effort aux Français, la même question revient : où ira l’argent ? Aujourd’hui, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) interdit en principe d’affecter une recette à une dépense. L’impôt nouveau se perd dans le budget général, et l’argent tombe dans le tonneau des Danaïdes*.

Nous proposons de modifier la LOLF pour permettre d’affecter tout ou partie d’un impôt à une dépense précise, votée et contrôlée. Les Français consentent à l’effort quand ils savent ce qu’il finance. Toutes les mesures de cet article reposent sur ce principe.

01

Prendre les lycéens au sérieux, c’est la moindre des choses

Les revendications des lycéens de 2026 sont connues. Elles sont pragmatiques et raisonnables.

Ils demandent des professeurs remplacés, des classes moins chargées, des bâtiments décents, des emplois du temps tenables et un Parcoursup moins angoissant. À la rentrée, il manquait au moins un professeur dans 53 % des collèges et lycées publics, selon une enquête du syndicat SNES-FSU. Le 5 octobre, les cours étaient totalement ou partiellement suspendus dans 400 à 500 établissements, sur les 3 700 lycées du pays.

53 %

des collèges et lycées publics avaient au moins un professeur manquant à la rentrée 2026.

Source : enquête SNES-FSU, citée par l’AFP, 1er octobre 2026.

En 1990 déjà, l’État avait créé un fonds de rénovation des lycées de 4 milliards de francs, versé aux régions : 2 milliards de crédits budgétaires et 2 milliards de prêts bonifiés. Le diagnostic était posé il y a trente-six ans. Ce qui a manqué ensuite, c’est la constance.

02

L’éducation est un investissement, pas une charge

Un pays qui n’investit pas dans sa jeunesse n’a aucun avenir.

Nous proposons de classer en dépense d’investissement le budget de l’Éducation nationale, ainsi que celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, hors retraites. Cette distinction est essentielle. En 2026, la mission Enseignement scolaire affiche 89,6 Md€, mais 25,2 Md€ vont au financement des pensions de l’État. Les moyens réellement disponibles pour les élèves sont de 64,5 Md€.

Les résultats montrent l’urgence. Aux tests PISA 2025, les élèves de 15 ans obtiennent 456 points en compréhension de l’écrit et 458 en mathématiques, leurs plus bas niveaux historiques. Le contraste est frappant avec l’enseignement supérieur : quatre établissements français figurent parmi les 100 premiers mondiaux du classement de Shanghai 2026, dont l’Université Paris-Saclay à la 13e place.

L’élite tient, la base s’effondre. Une école qui ne forme plus que ses meilleurs élèves a renoncé à sa mission.

03

Parcoursup : réformer plutôt que casser

Le problème n’est pas qu’une plateforme existe, c’est qu’elle fasse attendre des mois sans rien expliquer.

Un peu d’histoire

Il y a quarante ans, on s’inscrivait à l’université en faisant la queue devant les guichets. En Île-de-France, le Minitel a pris le relais à partir de 1987 avec le serveur RAVEL, généralisé en 1990. Après 2009, la plateforme nationale APB a fait classer leurs vœux aux candidats, mais elle recourait au tirage au sort dans quelques filières saturées. En 2018, la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants (loi ORE) a créé Parcoursup et supprimé le tirage au sort. Elle a aussi supprimé le classement des vœux. C’est ce qui rend aujourd’hui la procédure si longue et si anxiogène : des mois d’attente, des listes qui bougent tous les jours.

Pourquoi la pression s’est déplacée

Nous avons voulu mener toute une génération au baccalauréat, et nous y sommes parvenus.

Part d’une génération titulaire du baccalauréat
11,2 % 1961 25,9 % 1980 51,1 % 1992 mon bac 62,8 % 2000 86,7 % 2020 année Covid 80,1 % 2025

Sources : DEPP, rétrospective du baccalauréat 1960-2004 (1961, 1980, 1992) ; Insee, France, portrait social (2000, 2020) ; DEPP, Note d’Information 26.05 (2025).

Le baccalauréat de 1961 à 2025
Année Part d’une génération Taux de réussite à l’examen
1961 11,2 % 73,5 % (1960)
1980 25,9 % 64,1 %
1992 51,1 % 71,8 %
2000 62,8 % 79,8 %
2020 86,7 % 95,7 % (Covid, contrôle continu)
2025 80,1 % 91,6 %

Quand j’ai passé mon bac en 1992, environ sept candidats sur dix le réussissaient. Aujourd’hui, plus de neuf sur dix. L’examen ne trie plus ; le tri s’est déplacé vers Parcoursup. Or les amphithéâtres, les salles et le nombre de professeurs ne sont pas extensibles, et l’enseignement privé s’est engouffré dans la brèche, avec ses écoles de commerce et ses écoles d’ingénieurs payantes.

Nos trois réformes

  1. Des vœux classés dès le départ, pour obtenir une réponse en quelques semaines au lieu de plusieurs mois.
  2. La transparence : publication de l’algorithme et, pour chaque formation, du nombre de places et des chances d’admission selon le type de bac. Aujourd’hui, des familles aisées paient des consultants pour s’y retrouver : c’est une injustice.
  3. Des quotas de boursiers enfin efficaces. Une note de l’Institut des politiques publiques (IPP) d’octobre 20262 propose d’appliquer les quotas au fil de la procédure, et non une fois pour toutes au départ. Selon ses simulations, le taux de réalisation des quotas de boursiers passerait de 68 % à 88 %, avec environ 9 800 boursiers admis en plus.

Encadré — Gale et Shapley, ou l’art d’apparier

En 1962, deux mathématiciens américains, David Gale et Lloyd Shapley1, ont imaginé l’algorithme dit d’« acceptation différée ». Chaque candidat classe ses vœux, chaque formation classe ses candidats. Le candidat propose d’abord son premier choix ; la formation garde provisoirement les meilleurs et libère les autres, qui passent à leur choix suivant, et ainsi de suite.

On aboutit à une affectation stable : aucun candidat et aucune formation ne préféreraient se choisir mutuellement plutôt que leur affectation finale. Surtout, aucun candidat n’a intérêt à mentir sur ses préférences.

Ces travaux ont valu le prix Nobel d’économie 2012 à Lloyd Shapley et Alvin Roth ; David Gale, mort en 2008, n’a pu le recevoir. Appliqué à Parcoursup, ce principe donnerait à chaque lycéen une réponse définitive rapide, au lieu de mois d’attente.

04

Tout le monde n’a pas vocation à faire bac+5

Le pays a besoin de ses artisans autant que de ses ingénieurs.

Reprenons le tableau. Quand j’ai passé mon bac, en 1992, 51 % d’une génération l’obtenait, et l’on ne s’en portait pas plus mal. Le pays avait des ingénieurs, des chercheurs, des médecins, mais aussi des artisans, des techniciens et des ouvriers qualifiés fiers de leur métier.

Il faut avoir le courage de le dire aux jeunes : il n’y a aucun problème à choisir une filière technique ou un métier manuel. Trouver un plombier, un menuisier ou même un électricien devient très compliqué. Ces métiers ne sont pas délocalisables, l’intelligence artificielle et la robotique auront le plus grand mal à les remplacer, et la rénovation énergétique leur assure une demande massive pour des années.

Les plus grands financiers du monde l’ont compris avant nos responsables politiques.

  • Aux États-Unis, Blackstone a annoncé en février 2026 le rachat de Champions Group, qui réunit plus de vingt entreprises de chauffage, de climatisation, de plomberie et d’électricité. L’opération valoriserait le groupe autour de 2,5 milliards de dollars, soit environ 18,5 fois son résultat d’exploitation. En 2025 déjà, une autre plateforme du même secteur, Redwood Services, avait été rachetée environ 1,1 milliard de dollars.
  • En France, l’histoire de Batibig est exemplaire. Rachetée à l’euro symbolique en 2005, cette PME du bâtiment est devenue un groupe de maintenance et de rénovation de plus de 2 000 salariés, qui réalise plus de 300 000 interventions par an. Le fonds britannique Charterhouse l’a valorisée 1,2 milliard d’euros à l’été 2026, soit douze fois son résultat d’exploitation.
  • Le premier gestionnaire d’actifs mondial, BlackRock, a lancé en mars 2026, par sa fondation, un programme de 100 millions de dollars pour former 50 000 électriciens, plombiers et techniciens en cinq ans.

Quand Wall Street rachète les artisans, c’est que ces métiers valent de l’or.

Mes enfants iront jusqu’au bac et feront peut-être quelques études supérieures. Mais dans trois ans, nous nous reposerons la question : selon le métier souhaité, cinq années d’études seront-elles encore utiles face aux progrès de l’intelligence artificielle et de la robotique ? Ce n’est pas le salaire de ces métiers qu’il faut revaloriser, car beaucoup paient bien, mais le regard que la société porte sur eux. Les choses ont commencé à changer, et l’école doit accompagner ce mouvement.

05

Des lycées et des écoles dignes, un financement fléché

Les lycées relèvent des régions : c’est vers elles que doit aller l’argent, et chaque euro doit arriver à destination.

Qui paie quoi

Les lycées relèvent des régions. En 2026, elles leur consacrent 4,4 Md€ de fonctionnement et 2,6 Md€ d’investissement. L’enseignement représente près de 18 % de leurs dépenses, au deuxième rang derrière les transports. En Île-de-France, c’est le premier poste du budget régional : 1,9 Md€, dont 1,1 Md€ d’investissement. Pourtant, rapportée au nombre d’élèves, l’Île-de-France se classe en queue des régions, avec 1 206 € d’investissement par lycéen et par an entre 2022 et 2025.

Au même moment, le projet de budget 2027 annonce 1,1 Md€ de plus pour l’Éducation nationale, mais prévoit aussi, selon les régions, un milliard d’euros de coupe dans leurs moyens. On ne rénove pas des lycées avec des économies prises sur ceux qui les rénovent.

Notre financement

Je n’aime pas opposer les générations. Mais j’ai entendu, sur un plateau de télévision ou de radio, l’idée de faire financer les lycées par la fin de l’abattement fiscal des retraités les plus aisés, et je l’ai trouvée juste pour le symbole : les grands-parents qui en ont les moyens investissent dans l’avenir de leurs petits-enfants. Le gouvernement propose lui-même, dans son budget 2027, de réduire cet abattement. La mesure devrait pouvoir rassembler au-delà des partis, à une condition : que chaque euro aille effectivement à nos lycées.

Encadré — L’abattement de 10 % des retraités

Aujourd’hui, les pensions bénéficient d’un abattement fiscal de 10 %, plafonné à 4 439 € par foyer. La première année, le plafond est ramené à 3 000 €, comme le propose le gouvernement dans son budget 2027. Selon le gouvernement, cela réduit d’un quart le coût de cet avantage fiscal, dont le coût a progressé de 60 % en quinze ans, soit environ 1,2 milliard d’euros. Seul un tiers des foyers de retraités est concerné. L’abattement est ensuite supprimé en trois à quatre ans, pour un rendement de 5,4 milliards d’euros par an selon l’Institut des politiques publiques3.

Que les choses soient claires : les retraités ne seront pas les seuls mis à contribution. Cette mesure n’est qu’une partie de l’effort de redressement que notre programme demande à tous les Français, actifs, entreprises, administrations et collectivités. Chacun participera selon ses moyens, et cette part-là, au moins, aura une destination connue : l’avenir de nos enfants, et donc celui de notre pays.

La suppression de l’abattement réduirait mécaniquement les aides au logement de certains retraités modestes. Cette perte sera compensée dans le cadre du « ménage accompagné », notre proposition du chapitre Logement.

Le fléchage dans le temps
Période Ressource Rendement Destination
Années 1 et 2 Plafond de l’abattement de 10 % ramené à 3 000 €, puis abaissé ≈ 1,2 Md€ la 1re année Lycées (régions) et collèges (départements), selon une clé de répartition
Années 3 et 4 Abattement supprimé en trois à quatre ans jusqu’à 5,4 Md€ par an Universités
Ensuite Même ressource 5,4 Md€ par an Enseignement supérieur et recherche
Années 1 et 2 Taxe d’habitation rétablie selon les communes Écoles primaires : fonctionnement, climatisation, personnel

Sources : gouvernement, dossier de presse du budget 2027 (1er octobre 2026) ; Institut des politiques publiques, Note n° 129 (septembre 2026) ; calendrier : Élysée Conseils.

  • Pour les lycées et les collèges : le produit de l’abattement est affecté pendant deux ans aux lycées, et aux collèges grâce à une clé de répartition, puis pendant deux ans aux universités, puis à l’enseignement supérieur et à la recherche.
  • Pour les écoles primaires : notre programme rétablit la taxe d’habitation. Pendant ses deux premières années, elle sera consacrée aux écoles primaires : fonctionnement, climatisation, personnel.
  • Des économies de gestion : l’enveloppe sera complétée par des économies dans la gestion de l’Éducation nationale et de son patrimoine immobilier.
06

Une réserve d’enseignants, ouverte aux retraités et aux citoyens

Tout le monde y gagne, à commencer par les élèves.

Les remplacements sont un problème très inégal selon les territoires. Nous proposons une réserve d’enseignants remplaçants, recrutés sous contrat de vacataire de droit public :

  • les enseignants retraités volontaires, en cumul emploi-retraite, pour quelques heures par semaine ;
  • les citoyens, après une formation pédagogique : ingénieurs, artisans, cadres, entrepreneurs.

Un professeur de technologie qui a passé sa vie dans l’industrie, ou un ancien professeur d’anglais, peut donner quatre à six heures par semaine. Je l’ai fait moi-même : c’est possible.

Tout le monde y gagne, à commencer par les élèves. Ils ont devant eux soit des enseignants riches de longues années de classe, soit des femmes et des hommes venus du monde réel. Les élèves sont toujours friands de ces expériences vécues. Aujourd’hui, un professeur de 24 ans sort directement de l’institut de formation des enseignants, sans aucune autre expérience que l’école. C’est respectable, et c’est parfois une vraie vocation. Mais se priver de l’expérience de personnes plus âgées, qui ont connu l’entreprise, l’atelier ou le chantier, est dommage.

07

Autonomie et gouvernance de long terme

Sept ministres de l’Éducation nationale depuis 2022 : aucune réforme ne survit à ce rythme.

L’autonomie

Le ministère doit se recentrer sur l’essentiel : des programmes nationaux unifiés et la garantie que les savoirs sont bien acquis partout sur le territoire. Au-delà, nous voulons des rectorats plus autonomes et de vrais chefs d’établissement, à l’école, au collège et au lycée, qui choisissent leurs méthodes, leurs moyens et leurs équipes. Ils travailleront avec la commune, le département ou la région selon l’établissement.

La stabilité

Nous proposons une loi de programmation sur cinq à dix ans, comme pour les armées, et un ministre qui reste en place. Depuis 2022, l’Éducation nationale a connu sept ministres, les uns pour les groupes de niveau, les autres contre. En cas de remaniement, le ministre de l’Éducation nationale doit rester, sauf faute.

Les fins de carrière

Le contrat de droit public, que notre programme prévoit pour les nouveaux entrants, permettra aussi de se séparer des enseignants qui ne sont plus à leur place. Pour les autres, une fin de carrière progressive : un mi-temps entre des tâches administratives en rectorat, l’accompagnement des jeunes enseignants et quatre à six heures de classe par semaine. C’est un atterrissage en douceur vers la retraite.

Cela rejoint une autre de nos convictions : cessons d’employer des jeunes de 24 ans à des tâches administratives. La force de la nation doit être dans le privé, pour créer de la valeur.

08

S’inspirer de ce qui marche

Partout en France, des initiatives obtiennent des résultats là où l’institution peine.

L’État doit les observer, les évaluer et les généraliser quand elles réussissent.

  • Espérance banlieues. Ce réseau d’écoles a été fondé en 2012 par l’entrepreneur Eric Mestrallet4 ; la première a ouvert à Montfermeil. Il compte aujourd’hui seize écoles et environ 1 200 élèves, avec des classes de quinze. À Argenteuil, le Cours Charlemagne a ouvert en septembre 2017 avec le soutien de Laurent Vronski5, directeur général d’Ervor, l’entreprise d’Argenteuil qui est le dernier fabricant français de compresseurs d’air. On y salue les couleurs, on y chante la Marseillaise, on y vouvoie, on y porte l’uniforme : la discipline d’abord, pour que chacun puisse apprendre.
  • Les écoles de production. Elles appliquent le principe « faire pour apprendre » : dès 15 ans, des jeunes préparent un CAP ou un bac professionnel en fabriquant de vrais produits pour de vrais clients. Fin 2025, le réseau comptait 77 écoles et plus de 2 300 jeunes, avec 89 % de réussite au CAP, 91 % au bac professionnel et 93 % d’élèves qui trouvent un emploi ou poursuivent leurs études.
  • Le Choix de l’école. Cette association accompagne de jeunes diplômés et des actifs en reconversion vers le métier d’enseignant dans les quartiers prioritaires, et les forme pendant leurs deux premières années. Depuis 2015, plus de 500 personnes sont devenues enseignants par cette voie, et plus de 80 000 élèves ont eu l’un d’eux comme professeur. C’est la preuve que la société civile peut renforcer l’école.
  • Télémaque. L’association accompagne pendant cinq à six ans des jeunes motivés issus de territoires fragiles, par un double mentorat : un professionnel en entreprise et un enseignant de l’établissement. Environ 3 000 jeunes en bénéficient aujourd’hui.

Pour aller plus loin

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Sources

Notes

  1. Le tonneau des Danaïdes. Dans la mythologie grecque, le roi Danaos avait cinquante filles, les Danaïdes, mariées de force à leurs cinquante cousins. Sur ordre de leur père, elles tuèrent leurs époux la nuit des noces ; une seule, Hypermnestre, épargna le sien. Pour ce crime, les quarante-neuf autres furent condamnées aux Enfers à remplir éternellement un tonneau percé : l’eau s’écoulait aussi vite qu’elles la versaient. L’expression désigne depuis une tâche sans fin et une dépense qui ne produit rien. C’est trop souvent le sort de l’impôt quand rien ne garantit son usage. ↩
  2. David Gale (1921-2008), mathématicien et économiste américain, professeur à l’université de Californie à Berkeley. Lloyd Shapley (1923-2016), mathématicien américain, professeur à l’université de Californie à Los Angeles, prix Nobel d’économie 2012 avec Alvin Roth, économiste américain, pour la théorie des appariements stables et sa mise en pratique. ↩
  3. Julien Combe, professeur au département d’économie de l’École polytechnique (CREST), et Denis Sokolov, chercheur postdoctoral à l’Inria et au CREST, auteurs de la Note IPP n° 130, « Quotas dans Parcoursup : les limites du dispositif actuel et des pistes pour l’améliorer », octobre 2026. ↩
  4. Patrick Aubert, Sylvain Duchesne, Maxime Tô et Todor Tochev, économistes de l’Institut des politiques publiques, auteurs de la Note IPP n° 129, « Comment mettre à contribution les retraités pour le redressement des finances publiques ? », septembre 2026. ↩
  5. Eric Mestrallet, entrepreneur, ingénieur de formation, fondateur en 2012 du réseau Espérance banlieues et président du groupe Spes. ↩
  6. Laurent Vronski, directeur général d’Ervor depuis 1994, membre du comité stratégique d’Espérance banlieues, ancien secrétaire général de l’association d’entrepreneurs CroissancePlus. ↩

Philippe Agnelli — président d’Élysée Conseils · Projet 2027, programme open source mis à la disposition de tous les candidats à l’élection présidentielle.

AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

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