Élysée Conseils · Italie
Meloni, 1 413 jours au pouvoir : les secrets de sa longévité
Une leçon italienne pour la campagne française de 2027. Le 4 septembre 2026, Giorgia Meloni est devenue la cheffe du gouvernement le plus durable de l’Italie d’après-guerre. Ce record n’a pas été obtenu en appliquant le programme sur lequel elle avait été élue, mais en y renonçant sur ses points les plus tranchants. La mécanique mérite d’être décrite, parce qu’elle éclaire, par contraste, les deux illusions qui structurent aujourd’hui le débat français.
- 1 413 jours au 4 septembre 2026 : un jour de plus que le second gouvernement Berlusconi, dans un pays qui a connu soixante-huit gouvernements depuis 1946.
- Trois renoncements ont rendu ce record possible : l’affrontement avec Bruxelles, la rupture atlantique, les promesses maximalistes sur l’immigration.
- La récompense est mesurable : depuis l’été 2025, l’Italie emprunte moins cher que la France.
- La voie inverse a été essayée en Hongrie. Elle s’est achevée le 12 avril 2026.
1 Un record, et sa mesure exacte
Mille quatre cent treize jours. Depuis le 4 septembre 2026, le gouvernement de Giorgia Meloni est le plus long de l’Italie d’après-guerre.
Le chiffre a une histoire précise. Il dépasse d’une seule journée le record que détenait le second gouvernement de Silvio Berlusconi, resté en place 1 412 jours entre 2001 et 2005 avant d’être emporté par une crise politique.1 Dans un pays qui a formé soixante-huit gouvernements depuis la fondation de la République en 1946 — soit un peu plus d’un an de durée de vie moyenne — le seuil relève autant de la performance structurelle que de la réussite politique.
Deux précisions d’honnêteté s’imposent d’emblée, que les célébrations de Fratelli d’Italia passent volontiers sous silence. La première : il s’agit du record du gouvernement le plus long, non du dirigeant le plus longtemps en fonction. Avec quatre gouvernements successifs, Berlusconi a gouverné l’Italie près de dix ans au total. La seconde : cette longévité doit beaucoup à des facteurs institutionnels — une coalition dotée d’une majorité parlementaire solide, réunissant Fratelli d’Italia, Forza Italia et la Lega, face à une opposition durablement divisée.
Reste que la comparaison avec l’histoire italienne récente est écrasante, et que l’explication politique existe. Elle tient en une phrase : Giorgia Meloni a duré parce qu’elle a cessé, sur trois terrains décisifs, de faire ce qu’elle avait promis.
2 Premier renoncement : entrer dans la pièce plutôt que claquer la porte
Le meilleur résumé du chemin parcouru tient dans le changement de ton d’une seule personne. En septembre 2022, trois jours avant les élections législatives italiennes, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen prévenait publiquement que si les choses prenaient une mauvaise direction en Italie, l’Union disposait des outils nécessaires. Une vingtaine de mois plus tard, la même décrivait Giorgia Meloni comme une dirigeante pro-européenne, hostile à Poutine et attachée à l’État de droit.
Ce retournement n’est pas un caprice bruxellois. Il sanctionne une série de choix concrets.
L’Ukraine, d’abord, comme marqueur. Rome a adopté des paquets successifs d’aide militaire à Kiev et a accueilli, en juillet 2025, la conférence internationale sur la reconstruction de l’Ukraine. Quand Budapest multipliait les blocages sur les aides européennes, l’Italie renouvelait son soutien. Le point mérite d’être souligné : cette ligne a été tenue contre une partie de sa propre coalition, Matteo Salvini, vice-président du Conseil et chef de la Lega, s’opposant ouvertement à l’envoi d’aide militaire.2
Le budget, ensuite. L’Italie traîne une dette publique supérieure à 130 % du PIB. Meloni n’a pas contesté le cadre budgétaire européen : elle a négocié à l’intérieur, obtenant un assouplissement des trajectoires. Négociation ferme, défense assumée des intérêts nationaux, mais aucune rupture.
Les chercheurs ont un nom pour cette méthode : le néonationalisme. Défendre les intérêts nationaux au sein de l’Union plutôt que contre elle.
« Entrer dans la pièce, pas claquer la porte. »Formule des observateurs de la méthode Meloni
Que l’on ne s’y trompe pas pour autant : il ne s’agit pas d’une conversion à l’européisme. Fratelli d’Italia a voté contre la reconduction d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission en juillet 2024, au motif d’un désaccord sur la méthode comme sur le fond. La différence avec les souverainistes français ne porte pas sur les convictions. Elle porte sur le lieu où l’on choisit de les défendre.
3 Deuxième renoncement : l’immigration, promesse par promesse
C’est ici que la démonstration est la plus utile à l’électeur français, parce que c’est ici que l’écart entre le discours de campagne et l’action gouvernementale est le plus large.
Beaucoup anticipaient que l’arrivée de Giorgia Meloni ferait exploser le pacte européen sur la migration et l’asile. Il n’en a rien été. Elle a négocié dans le cadre européen et y a obtenu des durcissements réels — le filtrage renforcé aux frontières notamment. Mais les mesures radicales de la campagne de 2022, le blocus naval en Méditerranée et la remise en cause du droit d’asile, ont été abandonnées.
Fratelli d’Italia revendique aujourd’hui, dans la brochure d’une trentaine de pages diffusée pour l’anniversaire du gouvernement, une baisse de 80 % des arrivées d’immigrés illégaux, en même temps qu’un million de personnes supplémentaires en emploi, un chômage à 5,8 % en juillet et 21 milliards d’euros de baisse d’impôts sur les particuliers.3 Ces chiffres sont ceux d’un parti en campagne et doivent être maniés comme tels. Sur l’immigration en particulier, la baisse des arrivées tient pour l’essentiel à des accords passés avec les pays de départ et de transit — une politique d’externalisation classique, poursuivie par des gouvernements de toutes couleurs en Europe —, non aux ruptures annoncées en 2022.
Le constat est donc double, et il faut le tenir entier : Giorgia Meloni a obtenu des résultats réels sur les flux, et elle les a obtenus par les moyens ordinaires de la négociation européenne, après avoir renoncé aux moyens extraordinaires qu’elle avait promis.
4 La récompense se compte en points de base
La stabilité politique n’est pas une vertu abstraite. Elle a un prix de marché, et ce prix se lit chaque matin sur les écrans.
Le détail est le suivant. Au 3 septembre 2026, l’OAT française à dix ans offrait un rendement de 4,21 %, contre 3,36 % pour son équivalent allemand, portant le spread à 85,4 points de base ; sur un an, il avait oscillé entre 59,0 et 85,4 points, pour une moyenne de 73,3.4 L’Agence France Trésor relevait l’OAT à 4,25 % au 2 septembre, contre une moyenne de 3,53 % en janvier. Le seuil des 4 % avait été franchi le 23 juillet, pour la première fois depuis 2009.
Et voici le symbole qui devrait retenir l’attention de la classe politique française. Au 3 septembre 2026, l’OAT à dix ans cotait 4,21 % quand le BTP italien de même maturité s’établissait à 4,20 %.5 La France emprunte plus cher que l’Italie. Le renversement n’est pas nouveau — il s’était produit une première fois sur la maturité à cinq ans en juillet 2025 — mais il s’installe.
| Italie | France | |
|---|---|---|
| Durée du gouvernement en place | 1 413 jours | Quatre Premiers ministres depuis la dissolution de 2024 |
| Dette publique | > 130 % du PIB | 117,5 % du PIB (T1 2026) |
| Taux à dix ans au 3 septembre 2026 | 4,20 % | 4,21 % |
Le contraste institutionnel est brutal. Pendant que l’Italie tenait un seul gouvernement 1 413 jours, la France a changé quatre fois de Premier ministre en à peine deux ans et n’a pas cessé de repousser ses arbitrages budgétaires. Les marchés ne notent pas des programmes : ils notent la capacité d’un pays à décider et à tenir.
Ce que cela nous coûte est chiffrable. Selon le Haut Conseil des finances publiques, une hausse d’un point des taux d’intérêt représente environ 15 milliards d’euros de charge supplémentaire en année pleine.6 La dette publique française atteignait 3 536,1 milliards d’euros au premier trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB, et l’État doit lever quelque 310 milliards cette année.
5 La voie inverse : Budapest, 12 avril 2026
On objectera qu’un seul cas ne prouve rien. C’est juste — sauf que l’expérience inverse a été conduite en parallèle, sur la même période, dans la même Union, et qu’elle a rendu son verdict.
Viktor Orbán a gouverné la Hongrie seize ans en construisant sa légitimité sur l’affrontement permanent avec Bruxelles. Le 12 avril 2026, il a été battu. Le parti Tisza de Péter Magyar, conservateur pro-européen, a remporté les législatives avec la majorité qualifiée des deux tiers — 138 sièges sur 199 — au terme d’un scrutin marqué par une participation record de 77,8 %.7 Orbán a concédé sa défaite le soir même, la qualifiant de douloureuse. Péter Magyar a formé son gouvernement le 9 mai.
Le motif du vote mérite d’être noté, parce qu’il est économique avant d’être moral : Magyar a fait campagne sur la promesse de débloquer les vingt milliards d’euros de fonds européens gelés pour non-respect de l’État de droit. Les électeurs hongrois n’ont pas sanctionné une idéologie. Ils ont sanctionné un coût.
Deux stratégies de la droite nationaliste européenne, deux épilogues. Celle qui est entrée dans la pièce détient aujourd’hui un record de longévité. Celle qui a claqué la porte a été renvoyée par ses propres électeurs.
6 La facture intérieure : ce qui pousse à droite de Meloni
Il serait malhonnête de présenter cette normalisation comme un pur succès. Elle a un revers, et il porte un nom.
À force de négocier avec Bruxelles et de tenir une ligne atlantiste, Giorgia Meloni a rouvert un espace politique sur sa droite. Roberto Vannacci, général de division à la retraite devenu député européen sur les listes de la Lega en 2024, a quitté ce parti qu’il jugeait trop modéré et fondé le 6 février 2026 sa propre formation, Futuro Nazionale.8 Exclu dans la foulée du groupe Patriotes pour l’Europe, il a rejoint le groupe Europe des nations souveraines.
Le mouvement a grandi vite : plus de cent mille adhérents revendiqués avant même d’avoir affronté une élection nationale, une assemblée constituante tenue à Rome les 13 et 14 juin 2026, des députés transfuges venus de la coalition, et des intentions de vote situées entre 5 et 8 %. Sa ligne est explicitement celle que Meloni a abandonnée : remigration, souveraineté, critique de l’intégration européenne, scepticisme envers le soutien militaire occidental à l’Ukraine. Le 11 février 2026, les députés qui l’avaient rejoint ont voté la confiance au gouvernement Meloni tout en s’opposant au décret autorisant une nouvelle aide militaire à Kiev. Vannacci plaide publiquement pour la réouverture des canaux énergétiques et commerciaux avec la Russie.
La leçon est double, et elle vaut pour tous les camps. Renoncer à des promesses radicales permet de gouverner — mais laisse un espace que quelqu’un occupera. Et l’électeur qui vote pour la radicalité obtient, une fois au pouvoir, la modération : c’est ce qui alimente le cycle suivant.
7 Les deux illusions françaises
Venons-en à ce qui nous concerne. La séquence italienne éclaire deux promesses qui circulent dans la campagne française et qui reposent, l’une et l’autre, sur le même malentendu : l’idée qu’un pays peut décider seul, sans coût, contre le cadre dans lequel il est inséré.
À droite : le grand soir migratoire
Giorgia Meloni disposait de tout ce que l’on peut souhaiter pour appliquer un programme : une majorité parlementaire, une coalition homogène sur l’immigration, un mandat clair, et quatre années devant elle. Elle n’a pas fait le blocus naval. Elle n’a pas touché au droit d’asile. Elle a négocié dans le pacte européen qu’elle promettait de faire sauter.
Celui qui attend d’un gouvernement français une rupture migratoire radicale devrait donc regarder très attentivement ce qu’a fait, avec des moyens supérieurs, celle que l’on donne aujourd’hui en exemple. Les contraintes qui ont arrêté Meloni — droit européen, conventions internationales, dépendance aux fonds communautaires, nécessité d’accords avec les pays tiers — ne disparaîtront pas en franchissant les Alpes.
À gauche : brûler la dette
La symétrie est exacte. Partant du constat que 18 % de la dette française est détenue par la Banque de France, soit de l’ordre de 636 milliards d’euros, Jean-Luc Mélenchon estimait fin juin 2026 qu’il « suffit d’y aller, de les prendre et de les foutre au feu », assurant que la disparition passerait inaperçue.
Le 23 août 2026, lors de son discours de clôture des universités d’été de La France insoumise à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, il a repris la proposition sous une forme différente, demandant que la Banque centrale européenne « mette au congélateur les dettes des États », en commençant par celles contractées pendant la période Covid.9 Le raisonnement, résumé par le coordinateur de LFI Manuel Bompard, tient à ce que les banques centrales nationales ont pour seul actionnaire leur État : il s’agirait donc d’une dette que l’on se doit à soi-même.
Trois observations s’imposent, et elles ne sont pas toutes du côté que l’on croit.
La première est juridique et elle est dirimante pour la version radicale. Une annulation unilatérale par un État de la dette détenue par sa banque centrale se heurte à l’indépendance des banques centrales, principe fondateur du système européen, et à l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui prohibe le financement monétaire des États. Ce n’est pas une opération financière : c’est une décision de sortie du cadre monétaire commun. Le rappel n’est pas neuf — une proposition de résolution déposée le 17 avril 2020 par Jean-Luc Mélenchon et les députés LFI, visant le rachat de la dette publique par la BCE et sa transformation en dette perpétuelle, avait été rejetée par l’Assemblée nationale le 4 juin 2020.10
La deuxième porte sur les ordres de grandeur. À supposer l’opération réalisée, il resterait environ 2 900 milliards d’euros de dette. On aurait raboté un sommet, pas déplacé la montagne — tout en ayant, entre-temps, mis en cause la signature d’un État qui doit lever 310 milliards cette année.
La troisième, en revanche, oblige à corriger la réponse gouvernementale. Sébastien Lecornu a objecté que les intérêts perçus par la Banque de France sont reversés au Trésor sous forme de dividendes, et que l’opération ne rapporterait donc rien. L’argument était exact il y a dix ans ; il ne l’est plus. La Banque de France a enregistré une perte de 12,4 milliards d’euros en 2023, puis une perte nette de 7,7 milliards en 2024, et n’a versé aucun dividende à l’État sur trois exercices.11 Le « nous nous payons des intérêts à nous-mêmes » ne décrit plus la réalité comptable, dans un sens comme dans l’autre.
Il faut ici une distinction que le débat public escamote systématiquement, et elle est décisive. Un État qui efface unilatéralement, par sa banque centrale nationale, une dette inscrite à un bilan de l’Eurosystème sort du cadre commun : cela suppose de quitter l’euro, avec tout ce que cela emporte. Une annulation ou un gel décidés conjointement par les États membres au niveau de l’Eurosystème, avec réaffectation explicite des marges dégagées, relèvent d’une négociation européenne — discutable, difficile, mais interne au cadre. Ce n’est pas la même proposition, et la seconde formulation de Jean-Luc Mélenchon, celle du 23 août, est sensiblement plus proche de la seconde catégorie que celle de juin.
Le partage n’oppose donc pas les audacieux aux timides. Il oppose ceux qui agissent depuis l’intérieur du cadre à ceux qui promettent d’agir depuis l’extérieur sans en énoncer le prix. C’est exactement l’arbitrage que Giorgia Meloni a tranché en 2022 — et Viktor Orbán aussi, dans l’autre sens.
8 Ce qui sépare Giorgia Meloni de Marine Le Pen
Reste une confusion à dissiper, largement entretenue de part et d’autre. Invoquer la présidente du Conseil italien pour attester de la respectabilité du Rassemblement national suppose d’ignorer à peu près tout de leurs relations réelles.
Les deux femmes viennent d’une même famille de pensée et ont suivi des trajectoires de normalisation parallèles ; le nier serait absurde. Mais leurs stratégies européennes sont incompatibles, et les faits sont documentés.
| Terrain | Fratelli d’Italia | Rassemblement national |
|---|---|---|
| Groupe au Parlement européen | Conservateurs et réformistes européens (ECR) | Patriotes pour l’Europe, présidé par Jordan Bardella |
| Fusion en un « supergroupe » | Recherchée par Marine Le Pen en 2024, elle a échoué ; les Patriotes se sont ensuite construits en opposition à l’ECR | |
| Cordon sanitaire de la Commission | Discussions maintenues | Cordon sanitaire déclaré actif |
| Aide militaire à l’Ukraine | Soutien maintenu, y compris contre un allié de coalition | Vote contre la résolution du Parlement européen imposant 0,25 % du PIB d’aide militaire annuelle |
À ces divergences de fond s’ajoute une réalité personnelle. Interrogée en 2023, la direction du Rassemblement national indiquait qu’aucune rencontre entre les deux dirigeantes n’était prévue. Et lorsqu’un ministre français avait comparé publiquement Giorgia Meloni à Marine Le Pen, la présidente du Conseil avait appelé Emmanuel Macron pour s’en plaindre, avec assez de vigueur pour qu’un émissaire soit dépêché à Rome afin de l’apaiser.12 Le message rapporté était sans ambiguïté : elle n’était pas la version italienne de Marine Le Pen.
Marine Le Pen, de son côté, a publiquement reproché à Giorgia Meloni son accompagnement d’Ursula von der Leyen en Ukraine et à Lampedusa, et l’a interpellée depuis un meeting romain de Matteo Salvini sur son soutien à un second mandat de la présidente de la Commission.
Une dernière nuance, par souci de complétude : la rivalité n’est pas seulement doctrinale. Un eurodéputé du Rassemblement national résumait la difficulté d’un rapprochement en observant qu’il ne peut y avoir qu’un seul chef. Et la Lega de Matteo Salvini, alliée de gouvernement de Giorgia Meloni, siège quant à elle chez les Patriotes et défend des positions bien plus proches de celles du RN. La droite nationaliste européenne n’est pas un bloc.
9 La leçon pour la France
Il n’y a rien, dans ce qui précède, qui invite à approuver la politique conduite à Rome. Il y a une observation de méthode, et elle est indifférente aux préférences partisanes.
Ce qui a permis à l’Italie de reprendre l’avantage sur nous n’est ni un programme, ni une idéologie, ni un talent oratoire. C’est la stabilité, et la crédibilité qui en découle. Un pays qui tient une ligne quatre ans obtient de meilleures conditions de financement qu’un pays qui change quatre fois de gouvernement en deux ans, quelles que soient les lignes respectives. Les marchés, en l’espèce, ne font que constater à voix haute ce que nous savons déjà.
La leçon pour 2027 n’est donc pas qu’il faudrait renoncer à toute ambition de transformation. Elle est qu’une transformation qui ne dit pas son prix, son calendrier et son cadre juridique n’est pas un programme : c’est une promesse de crise. Les électeurs hongrois ont fini par facturer ce coût à Viktor Orbán. Les Italiens, eux, ont obtenu une stabilité qu’ils ont payée en promesses abandonnées.
Le passé nous prive d’avenir aujourd’hui. Chaque point de taux supplémentaire, chaque budget repoussé, chaque gouvernement renversé réduit un peu plus la part de richesse nationale disponible pour ce qui vient. C’est cela, l’enjeu réel de la campagne qui s’ouvre — et non le choix entre deux manières de promettre l’impossible.
Notes
- Le second gouvernement Berlusconi est resté en fonction 1 412 jours consécutifs, du 11 juin 2001 au 23 avril 2005. Giorgia Meloni, 49 ans, est entrée en fonction en octobre 2022 à la tête d’une coalition réunissant Fratelli d’Italia, Forza Italia et la Lega. ↩
- Sur les tensions internes à la coalition italienne relatives au soutien à l’Ukraine et à la position de Matteo Salvini, voir les analyses publiées par The Conversation en mars 2026 et par Le Rubicon en mai 2026. ↩
- Chiffres revendiqués par Fratelli d’Italia dans la brochure diffusée à l’occasion du record de longévité, reprise par l’AFP le 4 septembre 2026. Données de parti, non vérifiées sur source primaire à la date de publication. ↩
- Écart de rendement OAT / Bund à dix ans au 3 septembre 2026, d’après les séries de la Banque de France et de la Deutsche Bundesbank. ↩
- Cotations relevées au 3 septembre 2026 : BTP italien 4,20 % (spread contre Bund 83,0 pb), OAT française 4,21 % (spread 85,4 pb). Un premier franchissement s’était produit sur la maturité à cinq ans début juillet 2025. ↩
- Haut Conseil des finances publiques : une hausse d’un point des taux d’intérêt représente environ 15 milliards d’euros de charge supplémentaire en année pleine. Encours de dette publique : 3 536,1 milliards d’euros au premier trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB. ↩
- Élections législatives hongroises du 12 avril 2026. Le parti Tisza de Péter Magyar obtient la majorité des deux tiers ; participation de 77,8 %. Péter Magyar forme son gouvernement le 9 mai 2026. ↩
- Roberto Vannacci, né en 1968, général de division, élu au Parlement européen sur les listes de la Lega en juin 2024, secrétaire adjoint de ce parti en mai 2025, fondateur de Futuro Nazionale le 6 février 2026. ↩
- Discours de clôture des universités d’été de La France insoumise, Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), dimanche 23 août 2026, rapporté par l’AFP. La formule de juin 2026 est reprise par les dépêches d’agence du 24 août 2026. ↩
- Proposition de résolution n° 2824, enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 17 avril 2020, « déclarant la nécessité du rachat de la dette publique par la Banque centrale européenne et de sa transformation en dette perpétuelle ». Non adoptée en séance publique le 4 juin 2020. ↩
- Banque de France, rapports annuels 2023 et 2024. Perte de 12,4 milliards d’euros en 2023, perte nette de 7,7 milliards en 2024, aucun dividende versé à l’État sur trois exercices. ↩
- Épisode rapporté par l’agence Reuters en mars 2024. Les cabinets d’Emmanuel Macron et de Giorgia Meloni n’ont pas commenté. ↩
Sources
- Assemblée nationale — proposition de résolution n° 2824 du 17 avril 2020, rejetée le 4 juin 2020.
- franceinfo — déclaration du 23 août 2026 sur le gel des dettes des États et réactions.
- Suivi du spread OAT / Bund — 85,4 points de base au 3 septembre 2026 ; OAT 4,21 %, Bund 3,36 %.
- Élections législatives hongroises du 12 avril 2026 — victoire du Tisza, majorité des deux tiers.
- RTBF — portrait de Roberto Vannacci et création de Futuro Nazionale le 6 février 2026.
- The Conversation — relations franco-italiennes, appartenance de FdI et du RN à des groupes distincts.
- Le Journal du Dimanche — état des relations entre Marine Le Pen et Giorgia Meloni.
- Rassemblement national — communiqué motivant le vote contre la résolution du Parlement européen sur l’Ukraine.
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Philippe Agnelli — Élysée Conseils · Analyse économique et institutionnelle
AvertissementLes informations contenues dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles.

