Retraites : cinq questions, et une réforme qui ne parle plus d’âge

Projet 2027 — Réussir ensemble

Retraites : cinq questions, et une réforme qui ne parle plus d’âge

Six réformes depuis 1993. La dernière, adoptée par 49.3 en 2023, a été suspendue trente mois plus tard. Nous proposons de sortir de ce cycle en supprimant le paramètre qui l’entretient : l’âge légal. Voici nos réponses aux cinq questions que l’on nous pose le plus souvent.

Élysée Conseils · Juillet 2026 · Temps de lecture : 14 minutes · Ces réponses s’appuient sur notre rapport La Retraite : un nouveau contrat social (avril 2026)

Question 01

À quel âge partira-t-on à la retraite avec vous ?

À aucun âge fixé par la loi. Dans notre réforme, il n’y a plus d’âge de départ : il y a un nombre de points, une durée, et un coefficient qui tient compte de la dureté du métier.

C’est la réponse la plus déroutante que nous donnons, et c’est la plus importante. Depuis trente ans, la France gouverne ses retraites par un seul curseur — l’âge — et ce curseur est devenu le champ de bataille permanent de sa vie politique. 60 ans, 62, 64, peut-être 65 : à chaque législature, le même affrontement, la même usure, le même sentiment de trahison. Tant que ce curseur existera, il sera déplacé.

Nous proposons de le supprimer. L’âge auquel chacun partira découlera d’un ratio inscrit dans la loi entre la durée de cotisation et l’espérance de vie — mécanisme déjà en vigueur en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas, en Finlande, au Portugal et en Italie. Il n’est plus décidé par un gouvernement : il se calcule.

Ce qu’on entend

« Un âge légal identique pour tous, c’est clair et c’est juste. »

Ce que dit la réalité

C’est le paramètre le plus injuste qui soit. Il applique la même règle à un couvreur et à un notaire, dont l’espérance de vie en bonne santé n’a rien de commun. Et il n’est même pas clair : il a changé six fois depuis 1993, et la dernière modification a été suspendue deux ans après son adoption.

Concrètement, trois mécanismes remplacent l’âge légal.

Ce qui détermine votre départ dans le système que nous proposons
MécanismeCe qu’il fait
Les pointsChaque euro cotisé crée le même nombre de points, quel que soit le statut — salarié, indépendant, libéral, agriculteur. Vous savez en temps réel où vous en êtes, et ce que vous toucherez à différents âges de départ.
Le ratio légalLe rapport entre durée de cotisation et espérance de vie est fixé dans la loi. Il ajuste automatiquement le système à la démographie, sans réforme paramétrique.
Le bonus-malus de pénibilitéUne année travaillée de nuit, avec port de charges lourdes, en postures contraignantes ou en exposition à des agents pathogènes se voit appliquer un coefficient supérieur à 1. Une année dans un métier de bureau, un coefficient inférieur à 1. C’est le nombre de points, et non le statut, qui ouvre les droits.

Ce troisième mécanisme est celui qui rend le reste acceptable. Il permet un départ anticipé réel pour les métiers durs sans passer par un régime spécial, c’est-à-dire sans que l’avantage dépende de l’employeur qui vous a recruté. Le maçon indépendant et l’agent de la RATP relèvent de la même règle.

20 ans

Espérance de vie à 65 ans en France en 2025, contre 16,7 ans en 2000. Elle atteindrait 24,4 ans en 2070 pour les hommes. Aucun âge fixé politiquement ne peut suivre une courbe pareille — sauf à être renégocié tous les cinq ans, ce que nous faisons depuis trente ans.

Source : Insee, projections reprises par le COR, rapport de juin 2026.

Nous ajoutons une mesure qui n’a rien de technique et beaucoup de bon sens : le reclassement des plus de 55 ans. Enseigner à 60 ans, porter des charges lourdes, travailler dans les travaux publics — cela devient difficile bien avant l’âge de départ, quel qu’il soit. Or il existe, dans le public comme dans le privé, une multitude de postes administratifs — accueil, archivage, saisie, classement — aujourd’hui souvent confiés à de jeunes actifs en début de carrière. Nous proposons de les ouvrir en priorité, après formation, à ceux dont le corps ne supporte plus le travail physique. Cela libère les jeunes pour des métiers de production, et cela maintient les seniors en emploi et en cotisation plutôt qu’en invalidité ou en préretraite.

Nous ne fixons plus l’âge de la retraite. Nous fixons la règle qui le détermine — et nous l’écrivons dans la loi une fois pour toutes.

Ce que nous proposons

  1. La suppression de l’âge légal comme paramètre politique, remplacé par un ratio légal entre durée de cotisation et espérance de vie, sur le modèle suédois et danois.
  2. Un système universel à points : un euro cotisé crée les mêmes droits pour tous, en remplacement du calcul par annuités et des trente régimes actuels.
  3. Un coefficient de pénibilité intégré au calcul des points, supérieur à 1 pour les métiers durs, inférieur à 1 pour les métiers de bureau — la pénibilité cesse d’être une catégorie administrative pour devenir une variable de calcul.
  4. Le reclassement des plus de 55 ans issus de métiers physiquement éprouvants vers des fonctions administratives dans les services publics et les entreprises, après formation adaptée.
  5. Un compte retraite numérique unique, affichant en temps réel les points accumulés et la pension estimée à différents âges de départ.
Question 02

Faut-il revenir sur la réforme de 2023 ?

Il n’y a rien à sauver. Elle a été adoptée sans vote et suspendue trente mois plus tard : la démonstration est faite, et elle est faite par ses propres auteurs.

Rappelons la chronologie, parce qu’elle se suffit à elle-même. La réforme est adoptée en avril 2023 par l’article 49.3, après le mouvement social le plus massif depuis 1995. Le 14 octobre 2025, le Premier ministre annonce sa suspension. Le 16 décembre, l’Assemblée la vote. L’article 105 de la loi de financement de la Sécurité sociale du 30 décembre 2025 gèle le relèvement de l’âge légal à 62 ans et 9 mois, du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028. L’âge de 64 ans ne concernera plus que les générations nées à partir de 1969.

Une réforme constitutionnellement contestée, socialement rejetée, et suspendue par le camp qui l’avait imposée : ce n’est pas une réforme, c’est un symptôme.

Ce qu’on entend

« La réforme est suspendue, le problème est réglé pour l’instant. »

Ce que dit le texte

La suspension ne concerne que cinq générations, nées entre 1964 et 1968, et se traduit pour la plupart d’entre elles par un unique trimestre. Elle ne règle rien : elle déplace le rendez-vous à janvier 2028, c’est-à-dire juste après la présidentielle. C’est un report politique, pas une décision.

Le problème de fond n’est pas le curseur choisi. C’est que depuis 1993 — 1993, 2003, 2010, 2014, 2023 — toutes les réformes ont été paramétriques. Aucune n’a touché à l’architecture. Chacune a demandé davantage aux mêmes : cotiser plus longtemps, partir plus tard. Chacune a été vécue comme une trahison, et chacune a creusé la défiance qui rend la suivante plus difficile encore.

Réforme Borne 2023 / notre proposition
CritèreRéforme 2023Notre proposition
ArchitectureMaintien du calcul par annuités. Système à points abandonné.Système universel à points. Chaque euro cotisé crée des droits lisibles.
Âge de départ64 ans d’ici 2030. Paramètre politique — suspendu deux ans plus tard.Aucun âge légal. Ratio auto-ajusté sur l’espérance de vie.
Régimes spéciauxFermeture partielle aux nouveaux embauchés. Régimes libéraux et agricoles inchangés.Fusion universelle, convergence sur 15 à 20 ans.
CapitalisationAucune. 100 % répartition.Fonds souverain géré par la Caisse des Dépôts, plus un PER citoyen.
Pension minimale85 % du SMIC pour les carrières complètes. Un quart des retraités reste en dessous.1 000 € net garantis pour toute carrière complète.
PénibilitéCompte professionnel de prévention étendu, critères ergonomiques non réintégrés.Bonification de points et reclassement des 55 ans et plus.
FinancementAllongement de la durée travaillée uniquement.Ajustement automatique, capitalisation, cotisations stables.

Six réformes en trente ans, ce n’est pas de la persévérance. C’est le signe qu’on répare la mauvaise pièce.

Nous ne proposons donc pas de « revenir » sur 2023. Nous proposons de rendre 2023 sans objet, en changeant le système dont elle n’était qu’un réglage. Avec une garantie ferme, et elle vaut engagement : aucune pension déjà liquidée ne sera remise en cause. Les droits acquis dans les anciens régimes sont intégralement préservés et convertis en points. Le nouveau régime s’applique immédiatement aux nouveaux entrants sur le marché du travail, et progressivement, sur quinze à vingt ans, aux actifs en cours de carrière.

Ce que nous proposons

  1. L’abandon de la logique paramétrique au profit d’une réforme d’architecture — la première depuis 1945.
  2. La fusion universelle des régimes : régime général, professions libérales, régimes spéciaux et régimes agricoles, avec convergence définie par une caisse indépendante et soumise au Parlement.
  3. La préservation intégrale des droits acquis et l’absence de toute remise en cause des pensions déjà liquidées.
  4. L’application immédiate aux nouveaux entrants, et une convergence de quinze à vingt ans pour les actifs.
  5. Une clause de revoyure quinquennale inscrite dans la loi, sur la base d’un rapport contradictoire de la caisse, de la Cour des comptes et du Conseil d’orientation des retraites.
Question 03

Comment financerez-vous les retraites en 2040 ?

Par la répartition, qui reste le socle. Par une part de capitalisation, qui l’amortit. Par un minimum garanti à 1 000 €. Et au-delà de ce minimum, par une revalorisation qui suit les ressources réelles du système — comme le font les pays nordiques.

Commençons par la vérité comptable, telle qu’elle ressort du rapport du Conseil d’orientation des retraites de juin 2026.

422 Md€

Dépenses de retraite en 2025, soit 14,1 % du PIB et près d’un quart de l’ensemble des dépenses publiques. Le système est déficitaire de 5,1 milliards d’euros. Ce déficit atteindrait 0,9 % du PIB en 2045 et 2,4 % en 2070 — un point de plus que ce que le COR projetait un an plus tôt.

Source : Conseil d’orientation des retraites, rapport de juin 2026.

La dégradation ne vient pas d’une explosion des dépenses : le COR les voit rester autour de 14 % du PIB jusqu’en 2045. Elle vient de deux mouvements de ciseaux. D’un côté, les ressources reculent, de 13,9 % du PIB en 2025 à 12,9 % en 2070. De l’autre, la démographie se retourne plus vite que prévu : l’Insee retient désormais un taux de fécondité de 1,45 enfant par femme dès 2028, et le rapport entre les 20-64 ans et les 65 ans et plus passerait de 2,5 aujourd’hui à 1,6 en 2070.

Face à cela, le COR propose une simulation — qu’il présente lui-même comme purement pédagogique : porter l’âge de départ à 64,4 ans en 2030, 65,8 ans en 2045, et 67,6 ans en 2070. C’est exactement ce que produit la gestion par l’âge. Chacun peut juger de la faisabilité politique d’un tel calendrier.

Notre architecture de financement repose sur quatre étages.

Les quatre étages du financement en 2040
ÉtageRôle
1. Répartition à pointsLe socle, financé par les cotisations, à taux inchangé (environ 28 % du salaire brut). Ajusté automatiquement à l’espérance de vie.
2. Capitalisation collectiveUn fonds souverain de retraite qui amortit les chocs démographiques et finance l’économie française.
3. Minimum garanti1 000 € net pour toute carrière complète, indexés chaque année sur l’inflation. Ce plancher n’est jamais la variable d’ajustement.
4. Écrêtement au sommetAu-delà d’un seuil fixé autour de trois fois la pension médiane, la revalorisation peut être temporairement gelée lorsque la trajectoire s’écarte de l’équilibre.

C’est le quatrième étage qui fait la différence, et il faut le dire sans détour parce qu’il sera attaqué. Aujourd’hui, quand le système décroche, on ajuste par l’âge ou par le gel général des pensions — qui frappe d’abord les plus modestes, pour qui l’inflation est vitale. Nous proposons l’inverse : le minimum est sanctuarisé, et l’effort porte au sommet de l’échelle, temporairement, jusqu’au retour à l’équilibre. Les pensions élevées continuent d’être servies intégralement ; c’est leur seule revalorisation qui est suspendue.

Cette mesure a une justification simple. Les retraités percevant les pensions les plus hautes ont, en moyenne, mieux gagné leur vie, capitalisé par ailleurs, sont plus souvent propriétaires, et épargnent une part importante de leur pension. Il ne s’agit pas de les désigner. Il s’agit de choisir qui, dans une génération, porte l’ajustement — et de refuser que ce soit toujours celui qui n’a rien.

Ce qu’on entend

« Le minimum contributif protège déjà ceux qui ont travaillé toute leur vie. »

Ce que disent les barèmes

En 2026, le minimum contributif majoré du régime de base s’élève à 904 € par mois, quand l’ASPA — une allocation sous conditions de ressources, récupérable sur succession — atteint 1 044 € pour une personne seule. Une carrière complète cotisée peut donc, sur le régime de base, ouvrir moins de droits qu’un dispositif d’assistance. C’est cette anomalie que notre plancher à 1 000 € net corrige.

Un système qui fait passer l’ajustement par l’âge fait payer ceux qui travaillent. Un système qui le fait passer par le haut de l’échelle fait payer ceux qui peuvent.

Ce que nous proposons

  1. Des cotisations stables, autour de 28 % du salaire brut. Le redressement ne passe pas par une hausse des prélèvements sur le travail, déjà parmi les plus élevés de l’OCDE.
  2. Un plancher contributif à 1 000 € net pour toute carrière complète, indexé sur l’inflation, jamais utilisé comme variable d’ajustement.
  3. Un mécanisme d’écrêtement au sommet, déclenché uniquement lorsque la trajectoire financière s’écarte durablement de l’équilibre, avec un seuil révisé tous les cinq ans.
  4. Un verrou démographique automatique : si le ratio cotisants / retraités passe sous 1,4, la caisse saisit le Parlement d’un projet d’ajustement dans un délai de douze mois. Aucune décision ne peut être différée au-delà.
  5. La publication en open data de tous les paramètres — valeur du point, rendement, réserves, projections à dix, vingt-cinq et cinquante ans — et un contrôle annuel de la Cour des comptes débattu au Parlement.
Question 04

Faut-il introduire une dose de capitalisation ?

Oui, complètement. Mais une capitalisation collective, obligatoire, gérée publiquement et investie en France — pas un chacun pour soi financier.

Disons d’abord une chose que le débat français refuse d’admettre : la capitalisation existe déjà, massivement. Les encours d’assurance vie dépassent 2 000 milliards d’euros, et le taux d’épargne des ménages français, autour de 18 %, est l’un des plus élevés d’Europe. Les Français n’ont pas attendu l’État pour se protéger. Ils ont simplement compris avant lui qu’un système réformé tous les cinq ans ne constitue pas une promesse fiable.

Le problème n’est donc pas que les Français capitalisent. C’est qu’ils le font seuls, inégalement — les plus aisés y parviennent, les autres non — et que cette épargne finance assez peu l’économie française.

Ce qu’on entend

« La capitalisation, c’est la fin de la répartition. »

Ce que montre l’expérience

Les deux ne s’opposent pas : elles se compensent. La répartition est vulnérable aux chocs démographiques, la capitalisation aux chocs financiers — et les deux ne surviennent jamais en même temps. Le PREFON, ouvert depuis 1967 aux fonctionnaires et aux élus, fonctionne exactement sur ce principe. Personne n’a jamais proposé de le supprimer.

Nous créons donc un fonds souverain de retraite, géré par la Caisse des Dépôts et Consignations avec la Banque de France, Bpifrance et les organisations syndicales — sur le modèle de gouvernance néerlandais. Il est alimenté par deux sources.

≈ 160 Md€

Valeur du portefeuille de participations de l’État — EDF, Engie, Orange, La Poste, Aéroports de Paris et d’autres — géré par l’Agence des participations de l’État. Nous proposons de le transférer progressivement au fonds de retraite, avec les dividendes qu’il produit, de l’ordre de 2 à 4 milliards d’euros par an.

Source : Agence des participations de l’État, rapports annuels.

Ce transfert n’est pas une privatisation : c’est l’inverse. Un actif placé dans un fonds de retraite appartenant aux citoyens devient politiquement intouchable. Aucun gouvernement futur ne le bradera pour boucler un budget — ce qui, disons-le, est exactement ce qui est arrivé à plusieurs participations publiques ces vingt dernières années.

Le fonds investit dans l’économie réelle française et européenne : PME, entreprises de taille intermédiaire, infrastructures, transition énergétique, robotique, agriculture. Les chantiers ne manquent pas, et leur besoin de financement est considérable. Nous ajoutons deux garde-fous : une désensibilisation progressive au risque à mesure que l’âge de la retraite approche, technique parfaitement maîtrisée par les sociétés de gestion ; et un plafonnement strict et transparent des frais prélevés, parce qu’une épargne retraite dont un tiers du rendement part en commissions n’est pas une politique publique.

À côté du pilier obligatoire, nous simplifions la capitalisation volontaire : un PER citoyen ouvert à tous, avec un avantage fiscal renforcé pour les revenus modestes et les jeunes actifs — ce sont précisément ceux qui n’accèdent pas à l’épargne longue aujourd’hui — un abondement employeur encouragé, et un fonds par défaut prudent et diversifié géré par la Caisse des Dépôts, sur le modèle du fonds AP7 suédois, pour tous ceux qui ne veulent pas choisir.

La répartition assure contre le risque financier. La capitalisation assure contre le risque démographique. Un pays sérieux souscrit les deux.

Il y a enfin un argument qui dépasse la retraite. À mesure que l’automatisation déplace la valeur du travail vers le capital, la seule réponse structurellement cohérente est que les citoyens possèdent ce capital. Un fonds de retraite collectif, propriétaire d’une part de l’appareil productif français, est l’instrument de ce transfert. C’est la doctrine gaullienne de la participation, formulée dans les ordonnances de 1967, appliquée à l’économie qui vient.

Ce que nous proposons

  1. Un fonds souverain de retraite, géré par la Caisse des Dépôts avec la Banque de France, Bpifrance et les organisations syndicales.
  2. Le transfert progressif des participations de l’État vers ce fonds, et le fléchage de leurs dividendes vers le financement des pensions.
  3. L’orientation de l’épargne collectée vers l’économie française : PME, entreprises de taille intermédiaire, infrastructures, transition énergétique, robotique.
  4. Un PER citoyen simplifié, avec avantage fiscal renforcé pour les revenus modestes et les jeunes actifs, et abondement employeur encouragé.
  5. Un plafonnement strict et une publication annuelle des frais de gestion prélevés sur l’épargne retraite.
Question 05

Que faites-vous pour le grand âge et la dépendance ?

Nous créons un fonds de la dépendance, financé par l’écrêtement des pensions les plus élevées et par une part des dividendes du fonds souverain. La solidarité entre retraités, plutôt qu’un nouvel impôt sur les actifs.

Le grand âge est le seul risque majeur de la protection sociale française qui n’ait jamais été financé. Une cinquième branche de la Sécurité sociale a bien été créée en 2020. Un plan Grand Âge est promis depuis 2018. Il devait être présenté en février 2026 ; il a été reporté sine die après le départ de la ministre chargée du dossier. Huit ans d’annonces, aucun arbitrage de financement.

3,6 millions

Personnes de 60 ans et plus en perte d’autonomie projetées en 2050, contre 2 millions aujourd’hui. Le choc démographique s’ouvre en 2030, quand la génération née en 1945 atteindra 85 ans.

Source : Drees, projections actualisées, scénario médian.

Voici le problème tel que les familles le vivent, et il tient en trois chiffres. Une chambre en EHPAD coûte en moyenne 2 800 € par mois, et dépasse 5 000 € à Paris. L’allocation personnalisée d’autonomie plafonne autour de 2 080 € pour les situations les plus lourdes, et ne couvre que la dépendance, pas l’hébergement. La pension moyenne nette est d’environ 1 540 €. L’écart, ce sont les enfants qui le paient — ou l’aîné qui renonce.

Ce qu’on entend

« La dépendance, c’est un problème de places en EHPAD. »

Ce que disent les acteurs du secteur

C’est d’abord un problème de reste à charge et de maintien à domicile. La CNSA estime qu’il faudrait créer 500 000 places d’habitat intermédiaire d’ici 2050 et recruter de l’ordre de 600 000 professionnels d’ici 2030 — aides à domicile et aides-soignantes. Construire des établissements sans résoudre le financement du reste à charge ne fait que déplacer la difficulté.

L’effort public existe pourtant, et il croît : la branche autonomie porte un objectif de dépenses de 43,6 milliards d’euros en 2026, contre 42,6 milliards en 2025. L’effort national de soutien à l’autonomie des personnes âgées est passé de 1 % du PIB en 2014 à 1,24 % en 2023. Mais il progresse moins vite que le besoin, et surtout : personne n’a dit qui paierait la suite.

Notre réponse est cohérente avec le reste de notre architecture, et elle assume son choix. L’écrêtement temporaire de la revalorisation des pensions les plus élevées, décrit plus haut, ne disparaît pas dans le budget général : il alimente un fonds de la dépendance identifié, abondé également par une fraction des dividendes du fonds souverain de retraite.

Pourquoi ce choix ? Parce que le grand âge est un risque qui concerne les retraités eux-mêmes. Faire financer la dépendance par une nouvelle cotisation sur les actifs reviendrait à demander une troisième fois à la même génération — qui paie déjà les pensions courantes et prépare les siennes — de couvrir un risque qu’elle ne connaîtra que dans quarante ans. La solidarité entre retraités, du haut vers le bas de l’échelle des pensions, est plus juste et plus soutenable.

Le grand âge n’est pas une dépense imprévue. C’est le seul risque de l’existence dont nous connaissons à l’avance et la date et le montant.

Ce que nous proposons

  1. Un fonds de la dépendance identifié et sanctuarisé, alimenté par le produit de l’écrêtement des pensions les plus élevées et par une fraction des dividendes du fonds souverain de retraite.
  2. La priorité donnée au reste à charge plutôt qu’au seul nombre de places : une prestation dégressive ciblée sur les retraités modestes en établissement.
  3. Un programme d’habitat intermédiaire entre le domicile et l’EHPAD, avec un objectif chiffré à l’horizon 2050 et une programmation pluriannuelle votée par le Parlement.
  4. Un plan métiers du grand âge, articulé avec notre réforme de l’apprentissage et le reclassement des seniors : ces métiers manquent de bras, et ils manquent surtout de perspectives de carrière.
  5. Une programmation financière du grand âge adossée à la loi, et non à l’annonce d’un plan reporté d’année en année depuis 2018.

Sources

  • Conseil d’orientation des retraites, rapport annuel de juin 2026 — dépenses, solde, projections démographiques et simulations d’âge de départ.
  • Insee, projections de population et d’espérance de vie ; enquêtes Emploi.
  • Drees, Les retraités et les retraites, édition 2025 ; projections de perte d’autonomie à l’horizon 2050.
  • Cour des comptes, rapport sur la situation financière du système de retraite, février 2025 ; contrôle de la branche autonomie.
  • Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026, article 105 ; décret n° 2026-345 du 7 mai 2026.
  • Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie — besoins en places et en personnels à l’horizon 2030-2050.
  • Agence des participations de l’État, rapports annuels sur le portefeuille de l’État actionnaire.
  • France Assureurs, encours d’assurance vie ; Insee, taux d’épargne des ménages.
  • Ordonnances du 4 octobre 1945 (Laroque) et du 17 août 1967 sur la participation.

Élysée Conseils — Projet 2027, Réussir ensemble.
Ces réponses sont extraites de notre rapport La Retraite : un nouveau contrat social — propositions pour un système universel par répartition et capitalisation à la française (avril 2026), disponible sur ce site.
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