Europe · Brève
Députés européens : la France paie le prix de ses absents
Pour peser sur la construction européenne, la France doit y envoyer des députés et des commissaires compétents. L’aveu de Rachida Dati devant le tribunal montre ce qu’il en coûte de ne pas le faire.
Pour changer la construction européenne, il faut d’abord y être entendu. La France a des atouts à défendre à Bruxelles et à Strasbourg, encore faut-il les confier à des élus qui y travaillent.
L’aveu
Jugée à Paris pour corruption dans l’affaire Renault-Nissan, Rachida Dati conteste les faits et reste présumée innocente. Sa ligne de défense, elle, en dit long : elle n’aurait pas pu faire de trafic d’influence au Parlement européen, faute d’y avoir eu la moindre influence.
« J’étais peu présente. Je ne vivais pas sur place, je ne dormais pas sur place. »
Les questions écrites signées de son nom ? Rédigées par ses assistants : « Je ne modifiais jamais quoi que ce soit », a-t-elle déclaré à l’audience. Pendant l’instruction, des membres du Parlement européen ont décrit une eurodéputée rarement visible et peu impliquée dans les travaux parlementaires.1
Si la France a perdu de l’influence en Europe, c’est d’abord de sa propre faute.
Un cas isolé ?
Qui saurait citer, aujourd’hui, le nom d’un député européen français connu pour son travail et ses propositions ?
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, longtemps pressenti comme candidat à l’élection présidentielle et président du groupe des Patriotes pour l’Europe, a manqué 70 % des réunions de sa commission entre juillet 2019 et décembre 2023.2 Cette commission, celle des pétitions, ne produit pas de rapports législatifs. Son parti met en avant un taux de présence de 93,95 % en séance plénière, mais ce chiffre ne compte que les votes, alors que l’essentiel du travail se fait en commission.
Comment la France pourrait-elle peser avec une telle désinvolture ?
Notre proposition
- Des députés européens choisis pour leur compétence, qui siègent et travaillent, pour défendre les intérêts de la France en Europe et ceux de l’Europe dans le monde.
- Des commissaires européens reconnus dans leur domaine, pour que la France pèse là où se préparent les textes.
Pour aller plus loin
Sur le même sujet
- « Le pouvoir attire les personnes corruptibles » : la sélection de ceux qui nous représentent, question centrale de ce billet.
- Le Pen ou Bardella : ce n’est pas le même parti : qui portera les couleurs du Rassemblement national, et pourquoi la question se pose.
- 17e Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF : la défiance envers les élus, mesurée chaque année.
À lire aussi
- Meloni, 1 413 jours au pouvoir : les secrets de sa longévité : ce qui permet à une dirigeante européenne de durer.
- Pour une doctrine française de souveraineté économique : de Gemplus à l’IA : les atouts que la France devrait savoir défendre à Bruxelles.
Sources
- AFP, « À son procès pour corruption, Rachida Dati plaide le dilettantisme parlementaire », relayé par Boursorama, 21 septembre 2026.
- France 24, « Jordan Bardella et le RN au Parlement européen : absentéisme, contradictions et intérêts des lobbies », 29 mai 2024.
Notes
Philippe Agnelli · Élysée Conseils
AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

