Santé publique · Projet 2027
Nuisances sonores : retrouver le calme
Le bruit coûte 147,1 milliards d’euros par an à la France et tue silencieusement. L’arsenal juridique existe pourtant depuis des années : il n’est pas appliqué. Le Projet 2027 propose une loi de programmation « Droit au calme » qui transforme l’obligation de cartographier en obligation d’agir.
Le mot du président
La problématique du bruit — surtout en ville, à proximité des zones industrielles ou de sites bruyants comme un aéroport — est largement sous-estimée en France par les responsables politiques.
J’habite en ville, près d’une autoroute, et il m’arrive d’être réveillé en pleine nuit par une grosse cylindrée ou une moto. Je trouve cet acte d’un incivisme absolu. Je suis moi-même motard, titulaire du permis gros cube depuis ma jeunesse, et j’ai toujours fait attention au bruit que produisaient mes machines. Aujourd’hui, je me déplace en scooter électrique : à mon échelle, la question est réglée. J’ai aussi dû équiper de double vitrage un appartement proche de l’aéroport Nice-Côte d’Azur — avec une aide financière au titre du dispositif d’insonorisation des riverains, financé par la taxe sur les nuisances sonores aériennes que paient les compagnies à chaque décollage.
Je souhaite donc que nous prenions ce problème au sérieux, en commençant par les nuisances que l’on peut régler facilement. Le bruit des véhicules thermiques est réglementé, et trop de deux-roues ne respectent pas cette réglementation. Nous proposons d’être très stricts : mise en fourrière immédiate du véhicule incriminé et, en cas de récidive, sa confiscation — l’État le revendra. Je connais beaucoup d’amis motards qui aiment la moto pour la liberté qu’elle procure et pour les sensations de conduite : ils ne sont pas obligés, pour autant, de réveiller tout un quartier.
Je pense aussi à cette multitude de petits appareils thermiques qui saturent nos rues — souffleurs, taille-haies, débroussailleuses — et que nous devons bannir de nos villes dans les prochaines années : leurs équivalents électriques existent. Je ne parle pas des marteaux-piqueurs des travaux publics, difficiles à électrifier, mais de tous ces petits moteurs dont la nuisance n’a plus aucune justification.
Sur les sites les plus producteurs de bruit — zones industrielles, autoroutes, aéroports —, la solution est plus complexe, mais elle existe déjà : subventions au double vitrage, insonorisation des voies. Et, petit à petit, l’arrivée des véhicules électriques fera reculer le bruit des moteurs ; restera le bruit de roulement des pneus, qui se réduira lui aussi avec des véhicules plus légers. La proximité des gares et des voies ferrées reste enfin une problématique que nous souhaitons aborder avec les professionnels du secteur : un sujet ignoré, qui mérite d’être étudié.
Comme d’habitude, les propositions sont ouvertes : c’est un appel à contribution. Bonne lecture.
Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils
L’essentiel
- Le bruit représente 147,1 Md€ de coût social par an, 17,2 millions de personnes en forte gêne, environ 3 000 décès annuels.
- La loi existe déjà : plans de prévention, délit d’agression sonore, radars acoustiques. Elle n’est pas exécutée.
- Nous proposons sept mesures : radars sonores et amendes crescendo, confiscation des véhicules trafiqués en récidive, sortie du petit moteur thermique urbain, enrobé phonique obligatoire, résorption des points noirs bruit en dix ans, traitement du bruit de voisinage, observatoire national unifié.
- Coût budgétaire direct minimal : sanctions autofinancées, surcoûts intégrés aux marchés existants.
Sommaire
Un fléau massif, socialement injuste
Le bruit est le deuxième facteur environnemental de dommages sanitaires en Europe, derrière la pollution de l’air.
Le coût social annuel du bruit en France : impacts sanitaires (127 Md€), pertes de productivité, dépréciation immobilière.
Source : ADEME / Conseil national du bruit, 2021
Derrière ce chiffre abstrait, des réalités très concrètes : 17,2 millions de personnes en situation de forte gêne, 3,8 millions dont le sommeil est perturbé chaque nuit, environ 3 000 décès par an par maladies cardiovasculaires. Les transports concentrent les deux tiers du coût — le seul bruit routier en pèse plus de la moitié — et le bruit de voisinage représente 26,3 Md€, près d’un cinquième du total.
Le bruit est aussi la pollution la plus démocratiquement injuste : ce sont les ménages modestes qui vivent le long des rocades, des voies ferrées et des axes de transit. L’ADEME a recensé environ 246 000 bâtiments « points noirs bruit » — logements, écoles, établissements de santé exposés au-delà des valeurs limites réglementaires — concentrés notamment dans 480 quartiers prioritaires de la rénovation urbaine.
Idée reçue
« Avec la voiture électrique, le problème du bruit va se régler tout seul. »
Réalité
Au-delà de 30 à 50 km/h, c’est le roulement des pneus qui domine, pas le moteur. Un périphérique 100 % électrique resterait presque aussi bruyant. L’électrique change la donne sur les deux-roues, les bus et la livraison urbaine — pas sur le trafic rapide.
La loi existe, l’État ne l’applique pas
Le paradoxe français du bruit tient en une phrase : presque tout est déjà écrit dans le droit, presque rien n’est exécuté.
Jugez plutôt. La directive européenne de 2002 impose cartes de bruit et plans de prévention : ils ne concernent que les agglomérations de plus de 100 000 habitants et recensent des mesures sans obligation de résultat, sans sanction, sans financement pérenne. Le tapage nocturne est puni de 68 € d’amende forfaitaire — moins qu’un excès de vitesse — et la récidive ne change rien au montant. Le Code pénal comporte depuis des décennies un délit d’agression sonore puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende : il n’est presque jamais poursuivi. Les radars sonores automatiques, expérimentés depuis 2022, ne sont toujours pas déployés faute d’homologation aboutie. Et le dernier bilan national de résorption des points noirs bruit date de 2016 : le plan national 2009-2013 n’avait permis de traiter que 4 615 logements. À ce rythme, il faudrait plusieurs siècles pour résorber le stock.
La loi existe, l’État ne l’applique pas — nous l’appliquerons.
S’y ajoute un vide réglementaire méconnu : les deux-roues motorisés n’ont jamais été concernés par la sortie européenne du moteur thermique — échéance d’ailleurs assouplie par la Commission européenne en décembre 2025 pour les voitures et utilitaires. Le véhicule au pire ratio nuisance sonore/utilité en ville est donc aussi le moins encadré.
Le plan « Droit au calme » : sept mesures
Une loi de programmation 2027-2032, inspirée du projet citoyen grenoblois du « droit au calme », articulée autour d’un principe : mesurer, sanctionner, résorber, rendre compte.
Les sept mesures du Projet 2027
- Radars sonores et amendes crescendo. Généralisation des radars acoustiques automatiques avec verbalisation automatisée, création d’un registre national des infractions sonores. Le tapage passe en contravention de 5e classe : 200 € d’amende forfaitaire, doublée en récidive, et poursuite systématique au titre du délit d’agression sonore au-delà de deux récidives dans l’année.
- Véhicules trafiqués : frapper au portefeuille. Mise en fourrière immédiate des deux-roues et voitures aux échappements modifiés, restitution conditionnée à la mise en conformité aux frais du propriétaire, confiscation judiciaire quasi automatique en cas de récidive.
- Sortir le petit moteur thermique de la ville. Fin de la vente des scooters et cyclomoteurs thermiques neufs à horizon 2030-2032 avec prime à la conversion pour les flottes de livraison ; interdiction progressive des petits moteurs thermiques d’extérieur (souffleurs, débroussailleuses, taille-haies) sur le modèle californien ; zones de livraison zéro émission dans les hyper-centres.
- L’enrobé phonique dans tous les marchés publics. Tout appel d’offres de renouvellement de chaussée en zone habitée intègre une exigence de revêtement peu bruyant : gain durable de 3 à 5 décibels — l’intensité sonore du trafic divisée par deux — pour un surcoût marginal absorbé par l’entretien normal des voiries.
- Résorber les points noirs bruit en dix ans. Objectif de résultat inscrit dans la loi, en couplant systématiquement l’isolation acoustique des façades aux chantiers de rénovation énergétique : mêmes bâtiments, mêmes échafaudages, deux bénéfices. Fonds national alimenté par une fraction des amendes : le pollueur-payeur appliqué au bruit.
- Traiter enfin le bruit de voisinage. Procédure judiciaire accélérée (six mois maximum) pour les troubles graves et répétés, polices municipales équipées de sonomètres homologués, et dans le parc social un protocole gradué : avertissement, mutation d’office du fauteur, résiliation du bail en dernier recours — pour protéger d’abord les victimes, très majoritairement locataires elles-mêmes.
- Un Observatoire national du bruit. Unification des données aujourd’hui dispersées, extension de la mesure au bruit de voisinage, planification étendue à toutes les communes via un référentiel clé en main, et publication d’un bilan annuel de résorption, public et opposable.
Zoom : ces petits moteurs thermiques que la ville doit bannir
Un souffleur ou un taille-haie thermique impose de l’ordre de 90 à 100 décibels à son opérateur et s’entend à des centaines de mètres. Leurs moteurs, souvent à deux temps et sans post-traitement, cumulent bruit et pollution — et leur usage est quotidien : entretien des espaces verts, nettoyage des rues, jardins privés. Pris un par un, ces appareils semblent anecdotiques ; additionnés, ils composent une nuisance diffuse et récurrente qui n’a plus aucune justification technique.
Notre mesure ne vise pas les gros engins de chantier — le marteau-piqueur des travaux publics n’a pas encore d’équivalent électrique à puissance comparable — mais bien cette multitude de petits matériels dont les versions à batterie sont aujourd’hui matures, aussi efficaces et infiniment plus silencieuses. La Californie a montré la voie en interdisant la vente des petits moteurs thermiques d’extérieur depuis 2024. Nous proposons la même trajectoire : interdiction progressive de mise sur le marché à horizon 2030, matériel électrique exigé dès le prochain renouvellement dans tous les marchés publics d’espaces verts et de voirie, et prime à la conversion pour les professionnels. C’est la même logique que pour les scooters : sortir le petit moteur thermique de la ville.
Combien ça coûte ? Presque rien, et ça rapporte beaucoup
Chaque mesure est conçue pour un coût budgétaire direct minimal.
Les sanctions s’autofinancent par les amendes qu’elles génèrent. L’enrobé phonique s’intègre aux marchés de renouvellement déjà programmés. La résorption des points noirs s’adosse aux chantiers de rénovation énergétique déjà financés. Et l’étude de référence ADEME – Conseil national du bruit le démontre : les bénéfices sociaux des mesures de lutte contre le bruit sont très largement supérieurs à leurs coûts, surtout quand elles se conjuguent avec la lutte contre la pollution de l’air, qui partage souvent la même source. Ramener le coût social du bruit de 147 à 100 milliards d’euros par an représenterait un gain collectif annuel supérieur au budget du ministère de la Justice.
Le bruit incarne exactement ce que le Projet 2027 veut réparer : une nuisance massive, documentée depuis vingt ans, encadrée par des textes que l’État n’exécute pas. Face aux politiques de papier, nous proposons une politique de praticiens.
Pour aller plus loin
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Sources
- ADEME / Conseil national du bruit, « Le coût social du bruit en France », juillet 2021 — 147,1 Md€/an, dont 66,5 % liés aux transports ; 26,3 Md€ pour le bruit de voisinage ; 3 000 décès/an.
- Cerema / ANRU / ADEME, base des bâtiments « points noirs bruit » dans les 480 quartiers du NPNRU, données ouvertes (data.ademe.fr) — environ 246 000 bâtiments recensés.
- Directive 2002/49/CE et Code de l’environnement, articles L. 572-1 et suivants — cartes de bruit et plans de prévention (PPBE).
- Code pénal, article 222-16 (délit d’agression sonore : 1 an, 15 000 €) ; Code pénal, article R. 623-2 (tapage : contravention de 3e classe, 68 € forfaitaires).
- Commission européenne, communication du 16 décembre 2025 — assouplissement de l’échéance 2035 pour les véhicules thermiques neufs (voitures et utilitaires légers) ; les deux-roues motorisés n’ont jamais été inclus dans le dispositif.
- Ville de Paris, projet européen LIFE « Cool & Low Noise Asphalt » ; référentiel IDRRIM des revêtements peu bruyants — gains de 3 à 5 dB(A) durables, surcoût de production souvent inférieur à 10 %.
- Plan national de résorption des points noirs bruit 2009-2013 — 4 615 logements traités ; dernier bilan national publié en 2016.
Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils. Le Projet 2027 est un programme présidentiel open source, co-construit avec les citoyens : elysee-conseils.fr
AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

