Supprimer l’abattement de 10 % sur les retraites : qui paie, et pour qui ?

Supprimer l’abattement de 10 % sur les retraites : qui paie, et pour qui ?

Retraites · Simulation fiscale

Supprimer l’abattement de 10 % : qui paie, et pour qui ?

L’abattement fiscal de 10 % sur les pensions revient régulièrement dans le débat budgétaire. Plutôt que d’en discuter le principe, nous avons chiffré : combien de retraités seraient touchés, pour quel rendement, et que permettrait ce rendement s’il était intégralement redistribué aux plus petites pensions ?

Élysée Conseils · Simulation · 16 juillet 2025

L’essentiel

  • 17 millions de personnes perçoivent une pension de droit direct, dont 16,1 millions résidant en France.1
  • Pension brute moyenne : 1 626 € par mois. Mais 34 % des retraités touchent 1 000 € ou moins.
  • Environ 8 millions de retraités ne seraient pas touchés par la suppression ; 8,1 millions le seraient.
  • Rendement estimé : 3,4 milliards d’euros par an.2
  • Redistribués aux pensions inférieures à 800 €, ces 3,4 Md€ permettraient +77 € par mois pour 3,5 millions de retraités.
Partie I

Ce que gagnent réellement les retraités

Avant de discuter d’une mesure fiscale, il faut regarder la distribution réelle des pensions. Elle est beaucoup plus dispersée que la moyenne ne le laisse croire.

Distribution des pensions de droit direct
Indicateur Valeur
Retraités de droit direct 17,0 millions
— dont résidant en France 16,1 millions
Pension brute mensuelle moyenne 1 626 €
Part percevant ≤ 1 000 € bruts 34 %
Part percevant plus de 3 000 € bruts 8 %

Un tiers des retraités vit avec 1 000 euros bruts ou moins par mois. Et cette pauvreté relative a un genre très marqué : 49 % des femmes sont concernées, contre 15 % des hommes.3

Partie II

Qui serait touché par la suppression

L’abattement de 10 % réduit le revenu imposable des pensions. Le supprimer n’affecte donc que les retraités effectivement imposables — ceux dont les revenus dépassent environ 19 500 € par an.

Estimation de l’impact par tranche de revenu annuel
Catégorie Retraités Rendement
Non imposables (moins de 19 500 €) 8,0 M aucun impact
Revenus moyens (19 500 à 55 000 €) 6,5 M + 2,0 Md€
Hauts revenus (plus de 55 000 €) 1,6 M + 1,4 Md€
Total concernés 8,1 M + 3,4 Md€

Le détail du calcul : sur la tranche intermédiaire, l’abattement moyen est estimé à 2 200 € par retraité, soit un gain fiscal d’environ 308 € au taux marginal de 14 %. Sur la tranche supérieure, l’abattement atteint son plafond de 4 399 €, pour un gain fiscal maximal de l’ordre de 860 €.

Autrement dit, la moitié des retraités ne verrait aucune différence, et l’essentiel du rendement proviendrait des pensions les plus élevées.

Partie III

Que financeraient ces 3,4 milliards ?

C’est la question qui manque presque toujours au débat. Une recette n’a de sens que rapportée à son emploi.

Trois scénarios de redistribution ont été chiffrés :

Scénarios de redistribution du rendement
Scénario Bénéficiaires Gain mensuel
Toutes pensions sous 1 000 € 5,5 M + 51 €
Minimum contributif seul 2,5 M + 113 €
Pensions sous 800 € (recommandé) 3,5 M + 77 €

Le troisième scénario offre le meilleur compromis entre ciblage social et effet perceptible. Concrètement, il consisterait à relever le minimum contributif majoré de 876 € à environ 950 € par mois, en étendant l’éligibilité aux polypensionnés — pour un coût d’environ 2,8 Md€ — et à consacrer le solde de 600 M€ à une allocation différentielle pour les pensions comprises entre 600 et 800 €.

− 1,5 à 2,5 pts

La réduction estimée du taux de pauvreté des retraités, qui passerait d’environ 10 % à une fourchette de 7,5 à 8,5 %.

Estimation, pour un seuil de pauvreté à 1 158 € de niveau de vie mensuel

La logique d’ensemble est cohérente : un avantage fiscal profitant principalement aux retraités aisés financerait une revalorisation ciblée sur les plus modestes. C’est un transfert à l’intérieur même de la population retraitée, et non un prélèvement sur elle au profit d’autre chose.

La question n’est pas « faut-il supprimer l’abattement ? », mais « pour financer quoi ? ». Sans réponse à la seconde, la première n’est qu’un rabot.

Partie IV

Les limites de cet exercice

L’honnêteté impose de dire clairement ce que cette simulation n’est pas.

  • Ce sont des estimations, pas des chiffrages officiels. Elles reposent sur une extrapolation de la distribution des pensions, faute de ventilation publique par tranches de revenu fiscal — qui n’est pas la même chose que la pension.
  • Le revenu fiscal d’un retraité dépasse souvent sa seule pension : revenus fonciers, capital, pension du conjoint. Le nombre de retraités effectivement imposables est donc probablement supérieur à notre estimation, et le rendement sous-évalué.
  • Le taux marginal retenu (14 %) est une moyenne grossière sur une tranche large. Un chiffrage rigoureux exigerait l’accès aux données fiscales appariées.
  • L’effet sur la pauvreté dépend du recouvrement entre retraités pauvres et bénéficiaires de la revalorisation, qui n’est pas total.

Ces réserves ne condamnent pas l’exercice — elles en fixent le statut. Il s’agit d’un ordre de grandeur destiné à structurer le débat, pas d’un chiffrage de projet de loi de finances. Un travail de cette nature relèverait de la Direction générale du Trésor ou du Conseil d’orientation des retraites.

Le mérite de cette simulation est ailleurs : elle montre qu’une mesure présentée comme un simple prélèvement peut, correctement fléchée, devenir un instrument de justice à l’intérieur du système de retraite.

Notes

  1. DREES, Les retraités et les retraites : 17,0 millions de personnes perçoivent une pension de droit direct fin 2022, dont 16,1 millions résidant en France. La pension brute mensuelle moyenne de droit direct des retraités résidant en France s’élève à 1 626 €.
  2. Cette estimation de 3,4 Md€ est produite par nos soins à partir des données de distribution des pensions. Elle ne constitue pas un chiffrage officiel — voir la partie IV consacrée aux limites de l’exercice.
  3. 37 % des retraités bénéficient d’un minimum de pension, soit environ 6 millions de personnes ; 691 000 percevaient le minimum vieillesse (Aspa) fin 2022. L’écart femmes-hommes sur les petites pensions reflète les carrières interrompues et le temps partiel.

Références vérifiées

  • DREESLes retraités et les retraites, édition annuelle.
  • Conseil d’orientation des retraites (COR) — rapports annuels sur les perspectives du système de retraite.
  • Insee — niveau de vie et pauvreté, taux de pauvreté des retraités.
  • Code général des impôts — article 158, abattement de 10 % sur les pensions et retraites.

Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

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