Mon avis sur Michel Barnier, Premier ministre

Mon avis sur Michel Barnier, Premier ministre

Politique · Portrait

Michel Barnier, Premier ministre : mon avis

Cinquante jours après les législatives, Emmanuel Macron nomme Michel Barnier à Matignon. Un homme de 51 ans de vie politique, quatre fois ministre, négociateur du Brexit. Portrait et jugement — écrits en septembre 2024, et relus aujourd’hui à la lumière de ce qui a suivi.

Élysée Conseils · Philippe Agnelli · 8 septembre 2024, mis à jour

L’essentiel

  • Nommé le 5 septembre 2024, après près de 50 jours sans gouvernement.
  • Un parcours dense : commissaire européen, ministre de l’Environnement, de l’Agriculture, des Affaires étrangères, négociateur du Brexit.
  • Un engagement écologique réel et ancien, souvent méconnu : loi Barnier de 1995, principe de précaution, plan Écophyto.
  • Notre jugement de l’époque : face aux vétos croisés, un homme de consensus était le seul choix possible.
  • La suite l’a démenti : son gouvernement est tombé le 4 décembre 2024.1

Mise à jour — décembre 2024

Le gouvernement Barnier a été renversé le 4 décembre 2024 par une motion de censure, adoptée grâce aux voix conjuguées du Nouveau Front populaire et du Rassemblement national. C’était la première censure aboutie d’un gouvernement français depuis 1962.1 Michel Barnier aura passé trois mois à Matignon — le mandat le plus court de la Ve République.

Le texte ci-dessous est conservé tel qu’il a été écrit en septembre 2024, conformément à notre principe de transparence. Notre pari sur la « culture du consensus » n’a pas résisté à l’arithmétique parlementaire — nous revenons sur cette erreur d’appréciation en fin d’article.

Le contexte

Cinquante jours d’attente

À la suite des élections du 7 juillet 2024, le président de la République a profité de la trêve olympique et pris son temps : près de cinquante jours avant de nommer un Premier ministre.

La tâche n’était pas simple. L’Assemblée nationale était fragmentée, et les partis situés aux extrémités — La France insoumise d’un côté, le Rassemblement national de l’autre — brandissaient la menace d’une motion de censure dès l’arrivée du gouvernement.

Une précision sur ma légitimité. Sans céder au syndrome de l’imposteur, je n’ai à peu près aucune légitimité pour juger un homme quatre fois ministre, député, sénateur, commissaire européen, négociateur du Brexit, et en politique depuis cinquante et un ans. Mais l’ambition d’Élysée Conseils — construire un programme de législature cohérent — m’oblige à m’intéresser à celui qui gouverne.

Le parcours

Un homme d’expérience

Le CV impressionne : commissaire européen et vice-président de la Commission chargé du marché intérieur, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, ministre des Affaires étrangères, ministre délégué aux Affaires européennes, ministre de l’Environnement, député européen, sénateur puis président du conseil général de la Savoie.

La fonction qui m’impressionne le plus reste celle de négociateur du Brexit, face au Royaume-Uni de Boris Johnson et avec la charge de tenir ensemble vingt-sept positions nationales. Lui et ses équipes n’ont pas dû compter leurs heures.

L’angle mort

Un engagement écologique ancien et méconnu

Sur ce terrain, Michel Barnier a fait davantage que bien des figures écologistes contemporaines. Le rappeler n’est pas une complaisance : c’est un fait vérifiable.

Réalisations environnementales, par période
Période Actions
1973
Cabinet Poujade
Création de parcs nationaux ; premiers jalons du principe pollueur-payeur ; désulfuration des cheminées ; réduction du plomb dans l’essence ; élargissement des pouvoirs des agences de l’eau.
1990
Rapport Chacun pour tous
Proposition d’un grand ministère Environnement-Équipement ; d’une taxe à la valeur écologique ; promotion des économies d’énergie.
1993-1995
Ministre de l’Environnement
Loi Barnier de 1995 : inscription du principe de précaution dans la loi, création de la Commission nationale du débat public, plans de prévention des risques naturels. Création du « fonds Barnier ». Abandon de quatre grands barrages sur la Loire.
2007
Ministre de l’Agriculture
Soutien à l’agriculture biologique ; freinage des OGM ; lancement du plan Écophyto (réduction de 50 % des pesticides).
2021
Primaire de la droite
Relance de six réacteurs nucléaires ; relance du programme Astrid de quatrième génération ; développement des renouvelables, hors éolien.

Le fonds Barnier et le principe de précaution sont aujourd’hui des éléments structurants du droit français de l’environnement. Peu de ministres peuvent en dire autant.

Mon jugement

Ce que j’écrivais, et ce que j’en pense aujourd’hui

Au 8 septembre 2024 : après les vétos successifs du NFP puis du RN, et devant l’incapacité de 577 députés à trouver un consensus, le président n’avait guère le choix. Il fallait un homme rompu à la négociation. De ce point de vue, le CV de Michel Barnier était sans ambiguïté.

Il m’apparaissait pragmatique, peu idéologue, capable de faire évoluer ses positions — ce qui est plutôt sain, à rebours de ceux qui tiennent le même discours depuis vingt ans, désormais à contre-courant du réel.

Ce que je pariais

Qu’une culture du consensus et cinquante ans de négociation permettraient de tenir une Assemblée fragmentée.

Ce qui s’est passé

Trois mois. La compétence à négocier suppose des interlocuteurs qui veulent un accord. En décembre 2024, les deux extrémités voulaient une chute — et elles se sont additionnées.

L’erreur d’analyse mérite d’être nommée : j’ai jugé l’homme sans mesurer que le problème n’était pas le Premier ministre, mais l’arithmétique de l’Assemblée. Aucun profil, si négociateur soit-il, ne pouvait compenser une chambre où deux blocs opposés ont un intérêt convergent à faire tomber le gouvernement.

Quand la censure devient l’intérêt commun d’adversaires irréconciliables, ce n’est plus le Premier ministre qu’il faut changer. C’est le mode de scrutin qui pose question.

Conformément au principe de ce site, cet article a été enrichi plutôt que réécrit. Les jugements datés restent visibles, y compris lorsque les faits les ont contredits.

Notes

  1. La motion de censure a été adoptée le 4 décembre 2024, à la suite de l’engagement de la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Les voix du Nouveau Front populaire et du Rassemblement national se sont additionnées. Il s’agissait de la première censure aboutie depuis celle du gouvernement Pompidou en 1962. François Bayrou a été nommé à Matignon le 13 décembre 2024.

Références vérifiées

  • Assemblée nationale — scrutin sur la motion de censure du 4 décembre 2024.
  • Loi n° 95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement, dite « loi Barnier ».
  • Michel Barnier, Se reposer ou être libre (2014) et Vers une mer inconnue (1994).
  • Ministère de la Transition écologique — fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit « fonds Barnier ».

Élysée Conseils — Note d’analyse. Reproduction autorisée avec mention de la source.

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