Illustration dessinée : un hémicycle de 925 sièges colorés autour d'une tribune et d'un drapeau français ; en contrebas, des citoyens dont les bulles de questions s'arrêtent sur une ligne rouge pointillée, à côté de quatre tuiles de chiffres.
925 parlementaires, 87 % des Français qui ne se sentent pas écoutés, 20 % de confiance dans l'Assemblée nationale, et aucune baisse d'effectifs sous la Ve République.

925 parlementaires, et 87 % des Français qui ne se sentent pas écoutés

Série Réforme du Parlement · Épisode 1 sur 2

925 parlementaires, et 87 % des Français qui ne se sentent pas écoutés

La France compte 577 députés et 348 sénateurs pour 69 millions d’habitants : c’est le Parlement le plus fourni des grandes démocraties. Pourtant, 87 % des Français estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce qu’ils pensent, le niveau le plus élevé des cinq pays européens étudiés par le CEVIPOF. L’Italie et l’Allemagne ont réduit leur Parlement. La France a promis de le faire en 2017, puis y a renoncé. Premier volet d’une série en deux épisodes.

Par Philippe Agnelli · Élysée Conseils — Projet 2027 · 12 octobre 2026 · Lecture : 8 min

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L’essentiel

  • Un député français représente environ 120 000 habitants, contre 132 500 en Allemagne, 147 400 en Italie et 785 700 aux États-Unis.
  • Selon le baromètre du CEVIPOF de février 2026, 87 % des Français jugent que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme eux, contre 73 % des Italiens et 58 % des Allemands. Seuls 20 % font confiance à l’Assemblée nationale.
  • Giscard en 1976, Mitterrand en 1985 et Chirac en 2003 ont chacun augmenté le nombre de parlementaires. Aucun gouvernement ne l’a jamais réduit.
  • L’Italie (2020) et l’Allemagne (2023) ont réduit leur Parlement de 14 % à 36 %.
  • La réforme annoncée en 2017 (−30 %, puis −25 %) n’a jamais été votée : le Sénat, qui dispose d’un droit de veto sur sa propre composition, s’y est opposé.
  • L’économie budgétaire est modeste. L’enjeu est la qualité du travail parlementaire. Notre proposition fera l’objet du second épisode.
01

Combien d’habitants pour un député ?

Avec 577 députés pour 69,1 millions d’habitants, la France est la mieux dotée des grandes démocraties comparables.

Au 1er janvier 2026, l’Insee estime la population française à 69,1 millions d’habitants. Chaque député en représente donc environ 119 700, et chaque sénateur environ 198 500. Après leurs réformes, l’Allemagne et l’Italie sont nettement au-dessus. Les États-Unis jouent dans une autre catégorie.

Habitants par député (chambre basse), 2025-2026

France 119 700 Allemagne 132 500 Italie 147 400 États-Unis 785 700

Sources : Insee (France, 1er janvier 2026), Destatis (Allemagne, fin 2025), Istat (Italie, 1er janvier 2026), U.S. Census Bureau (États-Unis, 1er juillet 2025). Calculs Élysée Conseils.

Effectifs parlementaires et représentation, après les réformes italienne et allemande
Pays Population Chambre basse Hab. / député Chambre haute Hab. / sénateur
France 69,1 M 577 119 700 348 198 500
Allemagne 83,5 M 630 132 500 Bundesrat : 69 délégués des Länder, non élus —
Italie 58,9 M 400 147 400 200 294 700
États-Unis 341,8 M 435 785 700 100 3 418 000

Les États-Unis sont un État fédéral. Chacun des cinquante États a son propre parlement, soit 7 386 élus au total, qui votent une grande partie du droit pénal, de l’éducation ou de la fiscalité locale. La comparaison avec le Congrès n’est donc pas parfaite. Elle reste parlante : la loi fédérale, qui s’applique à 342 millions d’Américains, est votée par 535 élus. La loi française, qui s’applique à 69 millions de Français, en mobilise 925.

Ces 925 parlementaires ne sont que le sommet d’une pyramide. En 2018, le répertoire national des élus du ministère de l’Intérieur recensait 608 540 mandats électifs en France, dont près de 500 000 conseillers municipaux.

02

Plus d’élus, mais moins d’écoute

La France a le plus de parlementaires par habitant. Ce sont aussi les Français qui se sentent le moins écoutés par leurs représentants.

Depuis 2009, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) mesure chaque année la confiance des Français dans leurs institutions. Sa dix-septième vague, réalisée par OpinionWay en janvier 2026 auprès de 3 166 Français, compare la France avec l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni et la Roumanie1.

À la question « les responsables politiques se préoccupent-ils de ce que pensent les gens comme vous ? », 87 % des Français répondent non, soit 4 points de plus qu’en 2025. Plus d’un Français sur deux (51 %) répond même « pas du tout ». Aucun des pays étudiés ne fait pire.

Les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme moi (% de « non »)

France 87 % Roumanie 83 % Italie 73 % Royaume-Uni 69 % Allemagne 58 %

Source : CEVIPOF / OpinionWay, Baromètre de la confiance politique, vague 17, terrain janvier-février 2026, question Q18.

La défiance vise directement le Parlement. Seuls 20 % des Français font confiance à l’Assemblée nationale et 26 % au Sénat. Leur propre député ne recueille la confiance que de 34 % d’entre eux, loin derrière leur maire (60 %).

Représentation et confiance : la France face à ses voisins
Pays Hab. / député Ne se sentent pas écoutés Confiance dans la chambre basse Confiance dans la chambre haute
France 119 700 87 % 20 % 26 %
Allemagne 132 500 58 % 43 % 47 %
Italie 147 400 73 % 32 % 35 %

Le nombre d’élus ne garantit donc pas l’écoute. L’Allemagne et l’Italie ont moins de députés par habitant que la France, et leurs citoyens se sentent nettement mieux entendus. La taille du Parlement n’explique pas à elle seule cet écart. Elle montre au moins qu’un Parlement plus resserré n’est pas forcément plus lointain. Les Français, eux, ne réclament pas davantage de représentants : 72 % pensent que la démocratie fonctionnerait mieux si les citoyens étaient associés directement aux grandes décisions.

03

Un Parlement qui n’a fait que grossir

Sous la Ve République, les effectifs du Parlement ont été augmentés trois fois, sous trois présidents différents. Ils n’ont jamais été réduits.

Les trois hausses d’effectifs du Parlement
Année Président Assemblée Avant Après Hausse
1976 Valéry Giscard d’Estaing Sénat 283 316 +33
1985 François Mitterrand Assemblée nationale 491 577 +86
2003 Jacques Chirac Sénat 321 346 +25

1976. La loi organique du 16 juillet 1976 porte le Sénat de 283 à 316 sièges pour tenir compte de l’évolution démographique depuis 1958. Les départements qui auraient dû perdre des sièges les conservent : la hausse se fait sans aucune baisse.

1985. Pour instaurer la proportionnelle aux législatives de 1986, les lois organiques du 10 juillet 1985 font passer l’Assemblée de 491 à 577 députés. Le scrutin majoritaire est rétabli dès 1986, mais l’effectif reste à 577.

2003. La loi organique du 30 juillet 2003, voulue par le Sénat lui-même, ajoute 25 sièges de sénateurs, portés progressivement de 321 à 346. Avec deux sièges d’outre-mer supplémentaires, le Sénat compte 348 membres depuis 2011.

La révision constitutionnelle de 2008 a ensuite inscrit dans la Constitution des plafonds de 577 députés et de 348 sénateurs. Les effectifs atteints sont devenus des maximums, mais personne ne les a jamais abaissés.

04

L’Italie et l’Allemagne ont réformé

Deux de nos grands voisins ont connu le même problème. Ils l’ont réglé.

Italie : −36,5 % par référendum

Après l’échec d’une première réforme du Sénat en 2016, rejetée par référendum, le Parlement italien vote en 2019 une révision constitutionnelle ciblée : la Chambre passe de 630 à 400 députés, le Sénat de 315 à 200 sénateurs élus. Confirmée par référendum les 20 et 21 septembre 2020 avec près de 70 % de oui, la réforme s’applique depuis les élections de 2022. Le Parlement italien est passé de 945 à 600 élus.

Allemagne : un plafond de 630 députés

En Allemagne, le mode de scrutin créait des sièges supplémentaires à chaque élection : le Bundestag, prévu pour 598 députés, en comptait 736 après l’élection de 2021. Une loi ordinaire votée le 17 mars 2023 a fixé un plafond strict de 630 sièges. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe en a validé l’essentiel le 30 juillet 2024, et les élections de février 2025 ont élu exactement 630 députés.

Avant et après les réformes
Pays Avant Après Baisse Voie choisie
Italie 945 600 −36,5 % Révision constitutionnelle + référendum (2019-2020)
Allemagne (Bundestag) 736 630 −14 % Loi ordinaire (2023), validée par la Cour constitutionnelle
05

La réforme promise en 2017, bloquée par le Sénat

En France, le nombre de parlementaires relève d’une loi organique. Pour le Sénat, une telle loi exige l’accord des sénateurs eux-mêmes.

Devant le Congrès réuni le 3 juillet 2017, Emmanuel Macron s’engage à réduire le nombre de parlementaires. Deux versions de la réforme suivent.

  • Mai 2018. Un projet de loi organique ramène les députés de 577 à 404 et les sénateurs de 348 à 244, soit −30 %. Un projet de loi ordinaire prévoit d’élire 61 députés (15 %) à la proportionnelle sur une liste nationale. L’examen du volet constitutionnel commence à l’Assemblée en juillet 2018. Il ne reprendra jamais.
  • Août 2019. Le gouvernement présente une version allégée : 433 députés et 261 sénateurs (−25 %), dont 87 députés (20 %) élus à la proportionnelle. Le redécoupage des circonscriptions devait se faire par ordonnances, après avis de la commission indépendante prévue par l’article 25 de la Constitution. Ces textes n’ont jamais été inscrits à l’ordre du jour.

Le blocage est venu du Sénat. Son président de l’époque, Gérard Larcher2, n’acceptait qu’une baisse plus limitée, de l’ordre de 22 %, au nom de la représentation des territoires. Or l’article 46 de la Constitution impose que les lois organiques relatives au Sénat soient votées dans les mêmes termes par les deux assemblées. Sans l’accord du Sénat, rien n’est possible.

« Ceux qui doivent voter la réduction du nombre de sénateurs sont les sénateurs eux-mêmes. »

Le Sénat n’en est pas à son premier refus. Depuis le 1er janvier 2018, l’Assemblée nationale a aligné la retraite de ses députés sur le droit commun de la fonction publique. Le Sénat, lui, a conservé sa caisse de retraite autonome, créée en 1905, dont il a seulement ajusté les paramètres depuis.

06

Ce que disent les chercheurs

L’économie budgétaire est réelle mais modeste. Les chercheurs alertent surtout sur la méthode.

Une économie limitée

Pour la réforme de 2018, la Fondation iFRAP chiffrait l’économie à environ 160 millions d’euros par an : 90 millions pour l’Assemblée et 70 millions pour le Sénat. Les politistes Olivier Rozenberg et Thomas Ehrhard3 jugeaient ces économies résiduelles au regard du budget de l’État, et contestaient le lien entre le nombre de députés et l’efficacité de l’Assemblée. En Italie, l’Observatoire des comptes publics italiens a estimé l’économie nette à 57 millions d’euros par an, soit 0,007 % de la dépense publique.

Nous partageons ce constat : réduire le nombre de parlementaires ne redressera pas les finances publiques. Notre objectif est ailleurs. Il s’agit d’avoir moins de parlementaires, mieux équipés, et un État mieux géré.

Le découpage, vrai défi technique

Une étude publiée en 2019 dans la revue L’Espace Politique a simulé la répartition de 404 députés. Elle montre qu’avec le découpage de 2010, toujours en vigueur, les habitants de certaines circonscriptions sont jusqu’à 2,34 fois mieux représentés que d’autres, et recommande de répartir les sièges à l’échelle régionale plutôt que départementale.

En 2022, une équipe réunissant politistes et informaticiens, autour de Thomas Ehrhard et de Claire Mathieu4, a publié dans la Revue française de science politique une méthode de calcul de tous les découpages possibles d’un département. Elle plaide pour un découpage assisté par ordinateur, plus transparent et plus difficile à soupçonner de manipulation.

07

La suite : notre proposition

La France n’est pas condamnée à garder à la fois le Parlement le plus nombreux des grandes démocraties et les citoyens qui s’y sentent le moins écoutés. L’Italie et l’Allemagne l’ont prouvé, chacune avec sa méthode. Ce qui a manqué en France, c’est une réforme qui tienne compte, dès le départ, du verrou sénatorial et de la question du découpage.

Dans le second épisode, Élysée Conseils présentera sa propre réforme : le nombre de députés et de sénateurs visé, la méthode de découpage, la manière de lever le verrou du Sénat, et un principe simple : les sommes économisées seront réaffectées aux moyens des parlementaires restants, pour un Parlement plus resserré et mieux armé pour contrôler l’action du gouvernement.

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Sources

  1. Le CEVIPOF est le Centre de recherches politiques de Sciences Po. Enquête en ligne réalisée par OpinionWay du 12 au 28 janvier 2026 auprès de 3 166 personnes inscrites sur les listes électorales en France, et entre le 20 janvier et le 23 février 2026 auprès d’environ 1 800 personnes dans chacun des quatre autres pays (méthode des quotas). ↩
  2. Gérard Larcher, sénateur des Yvelines, a présidé le Sénat lors de la discussion de la réforme (2018-2019). ↩
  3. Olivier Rozenberg, enseignant-chercheur au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po et chercheur associé au LIEPP ; Thomas Ehrhard, maître de conférences en science politique à l’Université Paris-Panthéon-Assas, auteur d’une thèse primée sur le découpage électoral sous la Ve République. ↩
  4. Claire Mathieu, informaticienne, directrice de recherche au CNRS (Institut de recherche en informatique fondamentale), membre de l’Académie des sciences. ↩

Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils · Projet 2027 — Réussir ensemble

AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

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