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Loi « casseurs-payeurs » : une solution équilibrée
Annoncé après la finale de la Ligue des champions, en mai, le projet de loi « casseurs-payeurs » a attendu tout l’été. Il a fallu l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges, le 17 octobre, pour que le Parlement presse le pas : le Sénat l’a adopté dans la nuit du 27 au 28 octobre, l’Assemblée nationale ne l’a pas encore inscrit à son ordre du jour. Le texte fait payer jusqu’à 10 000 euros à des personnes qui n’ont rien cassé. Notre réponse tient en une phrase : non à l’amalgame, oui à la responsabilité.
Le mot du président
Le 17 octobre 2026, en fin de manifestation contre la vie chère, des casseurs sont entrés dans l’hôtel de ville de Limoges et y ont mis le feu. Un bâtiment de 1883, maison commune de tous les Limougeauds, est parti en fumée sous les yeux des habitants.
Ce soir-là, deux colères se sont fait entendre. Celle des commerçants, des élus, des agents municipaux, des policiers blessés, qui ne comprennent pas que l’on puisse détruire sans jamais payer. Et celle des centaines de milliers de Français venus manifester pacifiquement, qui refusent d’être confondus avec ceux qui cassent. Ces deux colères sont légitimes. Notre travail consiste à les entendre toutes les deux.
Le projet de loi « casseurs-payeurs », adopté par le Sénat dans la nuit du 27 au 28 octobre, ne répond qu’à la première. En rendant solidairement responsables des dégâts, jusqu’à 10 000 euros, tous ceux qui ont participé à un groupement violent ou sont restés dans un attroupement après les sommations, il fait payer des gens qui n’ont rien cassé. Je ne peux pas l’accepter. Mais je ne peux pas non plus accepter l’inverse : que la pauvreté, l’âge ou l’anonymat de la foule servent d’excuse à la destruction.
Notre réponse tient en une phrase : non à l’amalgame, oui à la responsabilité. Celui qui manifeste pacifiquement doit être protégé. Celui qui casse, pille ou incendie doit être identifié, jugé et sanctionné, et il doit payer, en argent ou en travail, aussi longtemps qu’il le faudra.
Je veux être clair sur un point. Une amende n’a jamais eu pour objet de rembourser la totalité des dégâts. Les incendiaires de la mairie de Limoges ne rembourseront jamais un monument du XIXe siècle. L’objectif de la sanction est ailleurs : responsabiliser et dissuader. C’est la certitude d’être retrouvé et de devoir payer, bien plus que le montant de la peine, qui fait reculer le passage à l’acte. Dans notre doctrine judiciaire, toute peine est d’abord une dissuasion.
Ce rapport applique une doctrine qui guide l’ensemble du Projet 2027 : l’équilibre. Nous ne cherchons pas à plaire à la droite ou à la gauche. Nous cherchons des décisions justes, qui tiennent compte de toutes les personnes concernées : la victime, le manifestant, le policier, le contribuable, et même le jeune qui a dérapé et à qui l’on doit offrir une voie pour réparer.
Nos propositions suivent un ordre simple, qui est aussi celui de l’action publique : protéger le droit de manifester, maintenir l’ordre avec discernement, identifier les auteurs, les sanctionner effectivement, et réparer le tort fait aux victimes. La journée du 24 octobre l’a montré : quand l’État se donne les moyens au bon moment, le calme revient sans que la liberté de manifester soit sacrifiée.
Comme tout le Projet 2027, ce document est ouvert. Il est mis à la disposition de tous les candidats, et chacun peut le critiquer, l’amender et l’enrichir.
Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils
L’essentiel
- Le projet de loi « casseurs-payeurs », né des violences du 30 mai 2026, a été adopté par le Sénat le 28 octobre par 229 voix contre 105.
- Il rend solidairement responsables, jusqu’à 10 000 euros chacun, ceux qui se trouvaient dans un groupement violent ou sont restés après les sommations, même s’ils n’ont rien cassé.
- Notre position : non à l’amalgame (seuls les auteurs identifiés et jugés paient), oui à la responsabilité (ils paient vraiment, sur toutes leurs ressources, en argent ou en travail d’intérêt général).
- Le 24 octobre, avec 70 000 policiers et gendarmes, le bilan est tombé de 1 144 à 53 membres des forces de l’ordre blessés par rapport au 17 octobre.
- Les moyens d’identifier, de juger et de faire payer coûteraient environ 17 millions d’euros par an, quand les pertes assurées des seuls 17 et 18 octobre sont estimées jusqu’à 1,2 milliard.
Le document de travail
- Casseurs-payeurs : non à l’amalgame, oui à la responsabilité · PDF · 49 pages · 3 Mo. Rapport de propositions du Projet 2027 : 20 propositions pour protéger, maintenir l’ordre, identifier, sanctionner et réparer, avec 12 chapitres, 18 graphiques et schémas, le chiffrage des moyens et toutes les sources.
Pourquoi cette loi arrive-t-elle maintenant ?
Parce qu’une mairie a brûlé. Le texte était prêt depuis septembre ; il a fallu les violences du 17 octobre pour qu’il soit examiné en urgence.
Tout commence le 30 mai 2026. La victoire du Paris Saint-Germain contre Arsenal en finale de la Ligue des champions se termine en nuit de violences. Le 2 juin, le Premier ministre affirme devant les députés que l’auteur d’un acte de violence doit pouvoir réparer. Le projet de loi est présenté en Conseil des ministres et déposé au Sénat le 16 septembre, en procédure accélérée. Puis il attend.
Le samedi 17 octobre, la mobilisation contre la vie chère dégénère dans de nombreuses villes. Le ministère de l’Intérieur recense 2 628 interpellations, 1 144 membres des forces de l’ordre blessés et 1 522 commerces touchés. À Limoges, des casseurs entrent dans l’hôtel de ville, inauguré en 1883, et y mettent le feu. Dix jours plus tard, le Sénat adopte le texte.
Il aura donc fallu un monument en cendres pour que le calendrier parlementaire s’accélère. Au rythme ordinaire, on en reparlait peut-être en 2034. Le texte attend désormais l’Assemblée nationale, qui ne l’a pas encore inscrit à son ordre du jour.
Que contient le texte voté par le Sénat ?
Une responsabilité civile solidaire jusqu’à 10 000 euros par personne, et des retenues sur les prestations sociales pour la recouvrer.
L’article 1 permet à l’État de réclamer jusqu’à 10 000 euros à chaque personne ayant participé sciemment à un groupement violent, ou s’étant maintenue dans un attroupement après les sommations, même si elle n’a pas elle-même causé les dégâts. L’article 4 autorise des retenues mensuelles sur les allocations familiales et les aides au logement ; le Sénat les a étendues au RSA, au complément familial, à l’allocation de rentrée scolaire et à la prime d’activité, en laissant un reste à vivre.
Après le 17 octobre, les sénateurs ont ajouté une vingtaine de dispositions : interdictions administratives de manifester visant les « profils violents », retrait en 24 heures des contenus appelant aux dégradations, drones et vidéoprotection algorithmique, expulsion des logements sociaux.
pour rembourser 10 000 euros au rythme de 57 euros prélevés chaque mois sur un foyer au RSA, selon le calcul présenté en séance au Sénat. À 30 000 euros, plafond proposé par le Rassemblement national, il faudrait 44 ans.
Public Sénat, 28 octobre 2026
Pourquoi dire non à l’amalgame ?
Parce qu’on ne fait pas payer à quelqu’un des dégâts qu’il n’a pas causés.
Le lycéen venu manifester contre la vie chère, resté dans le cortège sans avoir entendu les sommations, pourrait devoir 10 000 euros pour une vitrine brisée par d’autres. C’est injuste, et dangereux pour la liberté de manifester : beaucoup renonceront à défiler par peur d’être ruinés. Le risque constitutionnel est réel. En 2019, le Conseil constitutionnel avait déjà censuré l’interdiction administrative de manifester de la loi dite « anticasseurs ».
Surtout, ce mécanisme n’est pas nécessaire. Le code pénal punit déjà celui qui reste dans un attroupement après les sommations, d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Ceux qui couvrent les casseurs peuvent donc être poursuivis individuellement, devant un juge.
Idée reçue
Les casseurs ne risquent presque rien : il faut alourdir les peines.
Ce que dit le droit
Une dégradation en réunion est déjà punie de 5 ans et 75 000 euros d’amende, une destruction par incendie de 10 ans et 150 000 euros. Le problème n’est pas le montant des peines : c’est qu’elles sont rarement payées. Pour les amendes forfaitaires délictuelles, la Cour des comptes relève que 17,5 % seulement sont payées au stade majoré.
Comment faire vraiment payer les casseurs ?
En suivant chaque amende jusqu’à son paiement, sur toutes les ressources du condamné, en argent ou en travail.
Nous retenons le principe de l’article 4, mais pour les seules personnes condamnées par un juge. Le recouvrement porte d’abord sur leurs revenus personnels, puis sur leurs prestations sociales, y compris le RSA et les allocations familiales, avec un reste à vivre garanti. Être aidé par la société ne donne aucun droit à détruire.
- Une dette qui ne s’efface pas : chaque prélèvement interrompt la prescription. Que l’amende soit payée en un an ou en quinze, elle est payée.
- Payer par le travail : le condamné qui ne peut pas payer peut choisir de convertir tout ou partie de son amende en travail d’intérêt général, en plus des 15 heures d’activité liées au RSA. Le barème sera fixé par le Parlement.
- Les mineurs : une créance de réparation est payée par les parents jusqu’à la majorité de l’enfant, puis reprise par le jeune lui-même. Les parents défaillants sont poursuivis plus fermement.
- L’interdiction de manifester : réservée aux condamnés et décidée par un juge, elle est contrôlée par un pointage à heure tirée au sort pendant la manifestation, au commissariat choisi par la personne via une application.
L’objectif n’est pas de faire rembourser la totalité des dégâts : les incendiaires d’un hôtel de ville ne rembourseront jamais un monument. Il est de responsabiliser chaque auteur et de dissuader les autres.
Comment protéger les manifestants et arrêter les casseurs ?
Deux publics, deux réponses : la désescalade pour les manifestants pacifiques, l’interpellation pour les casseurs. Le 24 octobre l’a démontré.
Membres des forces de l’ordre blessés lors des deux journées de mobilisation
Bilans provisoires du ministère de l’Intérieur (AFP, 25 octobre 2026). Interpellations : 2 628 puis 1 314.
Le 24 octobre, l’État a changé de méthode : environ 70 000 policiers et gendarmes mobilisés, des parcours sécurisés, des bâtiments publics gardés par des militaires de l’opération Sentinelle pour libérer les forces de l’ordre. Ce jour-là, 410 000 personnes ont manifesté ; le ministère a recensé 24 commerces pillés.
Nous proposons de faire de ce dispositif la norme pour les mobilisations à risque : renseignement en amont, parcours et corridor validés avec les organisateurs, service d’ordre minimal, lieux sensibles gardés, forces mobiles formées à la fois à la désescalade et à l’interpellation. Les armes intermédiaires restent en réserve et ne sortent qu’à l’apparition des troubles ; tout tir de lanceur de balles de défense est filmé. Pour retrouver les auteurs : cellules d’enquête après chaque manifestation violente, reconnaissance faciale a posteriori toujours validée par un humain, marquage codé, jamais utilisé comme seule preuve.
Qui indemnise les victimes ?
L’État reste payeur en dernier ressort ; un fonds alimenté par les casseurs couvre ce qu’il ne couvre pas.
Depuis la Révolution, la collectivité supporte les dommages causés par les émeutes. L’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure rend l’État responsable des dégâts causés par les attroupements, mais le juge en exclut les actions organisées. Résultat : l’État n’a versé en moyenne que 4,1 millions d’euros par an à ce titre entre 2021 et 2025, quand les émeutes de 2023 ont causé environ 800 millions d’euros de dommages assurés. Pour Limoges, le Premier ministre a promis une prise en charge de 80 % de la reconstruction : une aide au cas par cas, pas un droit.
Nous proposons un fonds de réparation des violences urbaines, alimenté par les amendes et les créances recouvrées sur les casseurs, y compris celles payées par les parents des mineurs. Il paie la victime, puis poursuit l’auteur à sa place. Il indemnise ce que l’État ne couvre pas : dégradations organisées, commerçants non assurés, franchises, bâtiments communaux, outre-mer compris.
Ce que paient les casseurs indemnise les victimes.
Combien cela coûte-t-il ?
Environ 17 millions d’euros par an pour les moyens nouveaux, dont 12 millions évitables par redéploiement1.
On ne budgète pas des émeutes, par nature imprévisibles. On chiffre les moyens d’identifier, de juger et de faire payer : environ 12 millions d’euros pour 200 enquêteurs dédiés, 4,1 millions pour des renforts judiciaires mobilisables sous 48 heures, et moins d’un million pour les caméras et l’application de pointage. Le fonds de réparation s’autofinance.
| Épisode | Dommages assurés |
|---|---|
| Émeutes de 2005 | 150 à 160 M€ |
| Gilets jaunes, 2018-2019 | 217 M€ |
| Émeutes de 2023 | 793 M€ |
| Nouvelle-Calédonie, 2024 | 945 M€ |
| 17 et 18 octobre 2026 (estimation) | jusqu’à 1 200 M€ |
Le coût des moyens représente moins de 2 % des pertes assurées estimées pour les seules journées des 17 et 18 octobre. La vraie recette de ces propositions est la dissuasion : chaque journée de violences évitée épargne des centaines de millions d’euros.
Non à l’amalgame, oui à la responsabilité : protéger, maintenir l’ordre, identifier, sanctionner, réparer.
Le rapport complet détaille les vingt propositions, leur fondement juridique et leur chiffrage. Il est mis à la disposition de tous les candidats, comme l’ensemble du Projet 2027.
Pour aller plus loin
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Sources
- Sénat, dossier législatif du projet de loi n° 952 (2025-2026) relatif à la réparation des dommages résultant de violences ou de dégradations commises dans l’espace public. senat.fr
- Sénat, étude d’impact du projet de loi n° 952 (dépenses de l’État au titre de l’article L. 211-10, émeutes de 2023). senat.fr
- Public Sénat, « Le Sénat adopte le projet de loi “casseurs-payeurs” après l’avoir largement durci », 28 octobre 2026. publicsenat.fr
- Ministère de l’Intérieur, bilans des journées des 17 et 24 octobre 2026 (AFP, Sud Radio, 25 octobre 2026). sudradio.fr
- Banque des Territoires, « Limoges : l’État sera là pour rebâtir la mairie, promet Sébastien Lecornu », 23 octobre 2026. banquedesterritoires.fr
- Conseil constitutionnel, décision n° 2019-780 DC du 4 avril 2019. conseil-constitutionnel.fr
- Cour des comptes, « Le bilan des amendes forfaitaires délictuelles », 15 avril 2026. ccomptes.fr
- Sénat, mission d’information « L’avenir du maintien de l’ordre : 30 propositions pour reprendre le contrôle », octobre 2026. senat.fr
- Sénat, rapport d’information n° 773 (2024-2025), « Assurances et énergie : coup sur coût pour nos entreprises ? » (dommages assurés en Nouvelle-Calédonie). senat.fr
- Assemblée nationale, rapport d’information n° 2167 sur le coût du mouvement des Gilets jaunes, juillet 2019. assemblee-nationale.fr
- Code pénal, articles 322-1, 322-3, 322-6 et 431-4 ; code de la sécurité intérieure, article L. 211-10.
Notes
- Estimation Élysée Conseils. Hypothèses : 200 enquêteurs à un coût complet supposé de 60 000 euros par an (coût nul en cas de redéploiement) ; l’équivalent de 50 emplois à temps plein au coût moyen de personnel du programme « Justice judiciaire » en 2026 ; 5 000 caméras à environ 455 euros l’unité, renouvelées tous les cinq ans ; application de pointage à 1 million d’euros puis 0,25 million par an. Le marquage codé et l’encadrement des travaux d’intérêt général font l’objet d’un chiffrage partiel. Les pertes assurées des 17 et 18 octobre sont une estimation de l’agence Morningstar DBRS (Public Sénat, 22 octobre 2026).
Philippe Agnelli · Président d’Élysée Conseils · Projet 2027 — Réussir ensemble · Contributions et corrections : mesidees@elysee-conseils.fr
AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.
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