Illustration : Marianne, drapée de bleu, au centre d’une place ; autour d’elle, des citoyens posent des pierres gravées « Ordre », « Responsabilité » et « Mérite », devant un édifice portant la devise de la République et un drapeau tricolore.
Ordre, responsabilité, mérite : les fondations à reconstruire. Illustration Élysée Conseils, réalisée avec une IA générative.

Quarante ans de laxisme : la France au pied du mur

Tribune · Auteur invité · Autorité de l’État

Quarante ans de laxisme : la France au pied du mur

La France ne traverse pas une simple crise passagère. Elle paie quarante années de renoncements : une autorité devenue suspecte, une école qui transmet moins, une justice qui sanctionne trop tard et un État qui dépense pour masquer ses échecs. Pascal Dray, notre auteur invité, appelle à rétablir l’ordre, le respect et la discipline, non par nostalgie, mais parce qu’ils sont les conditions de la liberté.

Par Pascal Dray, auteur invité · Publié le 2 novembre 2026 · Lecture : 7 minutes

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L’essentiel

  • La crise française n’est pas passagère : elle résulte de quarante ans de renoncements, pendant lesquels l’État a confondu générosité et abdication.
  • L’étatisme répond à chaque échec par plus de dépenses, de comités et de normes, sans résoudre les problèmes qu’il prétend traiter.
  • Le pseudo-progressisme a délégitimé l’autorité et relativisé la faute : une société qui ne sait plus dire non ne protège plus ce qu’elle défend.
  • La politique de la ville a trop souvent remplacé l’exigence par la compensation ; la priorité est de faire respecter la loi partout.
  • Pas de liberté sans ordre : une loi appliquée à tous et partout, une justice rapide, une école respectée et un État recentré sur ses missions.

Une crise, ou une lente décomposition ?

Une décomposition lente, entretenue par quarante ans de renoncements successifs.

Il faut le dire sans détour : la France ne traverse pas une simple crise. Elle récolte les fruits d’une longue décomposition, entretenue pendant quarante ans par un État qui a confondu la générosité avec l’abdication, la compassion avec le renoncement, et la modernité avec l’effacement des repères.

Nous avons laissé s’installer une société où l’autorité est devenue suspecte, où la discipline passe pour une oppression, où le mérite est soupçonné d’arrogance et où l’excuse a pris la place de la responsabilité.

Le résultat est sous nos yeux : une République qui protège mal, une école qui transmet moins, une justice qui sanctionne trop tard, et un État qui dépense toujours davantage pour masquer l’échec de ses propres politiques.

Pourquoi l’étatisme ne résout-il rien ?

Parce qu’il répond à chaque échec par davantage d’État, et produit de la dépendance plutôt que de la solidarité.

L’étatisme n’est pas la solidarité. C’est une mécanique qui fabrique de la dépendance. À chaque difficulté sociale, la même réponse : plus d’argent public, plus de dispositifs, plus de comités, plus de discours. À chaque échec, la même explication : il faudrait encore plus d’État.

Nous avons ainsi bâti une bureaucratie immense, coûteuse et envahissante, qui réglemente, contrôle et taxe à peu près tout, sans résoudre l’essentiel. L’État prélève, s’endette, promet, échoue, puis réclame des moyens supplémentaires pour recommencer.

Ce n’est pas du progrès social. C’est un clientélisme d’État, financé par le travail, l’épargne et l’avenir des Français.

Que reprocher au pseudo-progressisme ?

D’avoir dissous le sens commun, en délégitimant l’autorité et en relativisant la faute.

Le pseudo-progressisme a fait plus de dégâts encore que l’étatisme : il a brouillé le sens commun. Au nom de la modernité, on a délégitimé l’autorité, rendu les normes floues, relativisé la faute et rendu la fermeté suspecte.

On a laissé croire aux enfants qu’aucune règle ne devait les contraindre, aux adultes qu’aucune responsabilité ne pouvait leur être demandée, et aux institutions qu’aucune sanction ne devait être assumée.

Ce n’est pas un progrès, c’est une régression présentée comme une émancipation. Une société qui ne sait plus dire non devient incapable de protéger ce à quoi elle dit oui : le travail, l’école, la sécurité, et la dignité de ceux qui respectent les règles.

Pourquoi la politique de la ville a-t-elle échoué ?

Parce qu’elle a trop souvent remplacé l’exigence par la compensation.

Il faut parler clairement de la politique de la ville. Des décennies de plans, de subventions, d’associations financées et de grands discours n’ont pas produit l’intégration promise. Elles ont trop souvent laissé des territoires où l’État est absent là où il devrait protéger, et omniprésent là où il devrait laisser la société agir.

Le problème n’est pas géographique, il est politique. On a substitué l’assistance à l’exigence, la compensation à l’égalité réelle, le clientélisme à la République. On a laissé prospérer l’économie parallèle et s’installer la peur : celle des enseignants, des commerçants, des forces de l’ordre et des habitants honnêtes.

Ce constat ne retire rien au courage des enseignants, des élus, des associations et des habitants qui tiennent ces quartiers à bout de bras. Il met en cause une méthode. La bonne politique ne consiste pas à verser toujours plus d’argent dans des territoires livrés à la loi du plus fort, mais à y rétablir l’autorité de l’État, à faire respecter la loi partout, à récompenser le travail, à sécuriser les écoles et à rendre leur dignité à ceux qui veulent s’en sortir.

Pourquoi les idéologies du ressentiment ne construisent-elles rien ?

Parce qu’elles pensent la France avec les grilles du XIXe siècle, et proposent une revanche plutôt qu’un avenir.

Une partie de la gauche radicale se croit révolutionnaire. Elle est surtout archaïque. Elle continue de penser la France avec les grilles de lecture du XIXe siècle : la lutte des classes, la méfiance envers l’entreprise, le soupçon à l’égard de la propriété, la nostalgie du conflit permanent. Pendant que le monde change, elle ressort les mêmes slogans, les mêmes utopies et les mêmes ennemis.

Elle ne propose pas un avenir, elle propose une revanche. Elle ne libère pas les individus : elle les range dans des catégories, les oppose les uns aux autres et transforme chaque question sociale en guerre civile froide. C’est une idéologie du ressentiment, peu capable de construire, très habile à démolir.

Comment rétablir l’ordre, le respect et la discipline ?

En appliquant la même loi à tous et partout, avec une justice rapide, une école respectée et un État recentré sur ses missions.

Il n’y a pas de liberté sans ordre, pas de prospérité sans discipline, pas de République sans autorité.

Rétablir l’ordre, ce n’est pas rêver d’un État policier. C’est exiger que la loi soit la même pour tous et appliquée partout, sans angélisme ni tolérance sélective. C’est protéger ceux qui travaillent, ceux qui étudient, ceux qui respectent autrui.

Rétablir le respect, c’est réhabiliter l’école, la famille, le travail, le mérite et la parole donnée. C’est cesser de traiter les délinquants comme des victimes et les citoyens respectueux comme des coupables en puissance.

Rétablir la discipline, c’est rendre à l’école son autorité, à la justice sa rapidité, à l’administration le sens du service, et à l’État ses limites.

« Un État qui veut tout faire finit par ne rien faire correctement. »

Pascal Dray

Ce que propose déjà le Projet 2027

Quel choix devant nous ?

Celui de l’exigence : la responsabilité plutôt que la dépendance, le mérite plutôt que le nivellement.

La France n’est pas condamnée. Mais elle ne se redressera ni avec des mots doux, ni avec des commissions supplémentaires, ni avec des promesses électorales.

Il faut choisir : la responsabilité ou la dépendance, le mérite ou le nivellement, l’autorité républicaine ou la loi du plus fort, le travail ou l’assistanat généralisé, la liberté ou le contrôle étatique.

Quarante ans de laxisme ont suffi. Il est temps de reconstruire une France exigeante, libre et fière : une France qui ne réclame pas moins de règles, mais de meilleures règles, appliquées avec fermeté et avec justice.

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Pascal Dray est expert en finance d’entreprise et auteur invité d’Élysée Conseils. Une première version de ce texte a été publiée sur son blog.

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