Projet 2027 · État des lieux · Eau
L’eau en France : l’état des lieux 2027
La France a perdu 14 % de son eau renouvelable en une génération, un litre d’eau potable sur cinq fuit avant le robinet et 14 300 captages ont fermé depuis 1980. Élysée Conseils publie un état des lieux complet de l’eau, chiffres officiels à l’appui : la ressource, les usages, la qualité, le prix, la gouvernance, l’outre-mer et ce que font nos voisins.
Le mot du président
Nous traversons un choc pétrolier, et chacun mesure ce que coûte la dépendance à une ressource que l’on croyait acquise. Le prochain choc pourrait bien être hydrique.
L’eau est à la base de la pyramide des besoins : avant la nourriture, avant le sommeil, avant le logement. On tient quelques jours sans électricité. Sans eau, trois. Un pays qui ne sait plus garantir l’eau ne garantit plus rien.
Or cette ressource s’érode sans bruit. Entre les années 1990 et les années 2010, la France a perdu 14 % de son eau renouvelable, soit 33 milliards de m³ par an. Personne ne l’a vu passer, parce que l’eau continue de couler au robinet.
L’été 2022 n’était pas un accident, c’était une répétition générale : 1 052 communes ont dû prendre des mesures de secours ; 343 ont été ravitaillées par camion-citerne et 196 en bouteilles. Dans l’hypothèse climatique la plus défavorable, une année sèche mettrait en tension 88 % du territoire au mois d’août 2050. Ce que nous avons vécu comme une exception sera, pour nos enfants, un été ordinaire.
Pendant ce temps, nous payons l’eau que nous perdons. Un litre sur cinq fuit avant d’arriver au robinet. Au rythme actuel, il faudrait 165 ans pour renouveler nos canalisations. Nous vivons sur les réseaux de nos grands-parents et nous laissons la facture à nos petits-enfants.
Nous perdons aussi des sources. Depuis 1980, 14 300 captages d’eau potable ont fermé. Près d’un tiers l’ont été à cause des nitrates et des pesticides. Parmi ceux que la pollution chimique a condamnés, près de deux sur trois l’ont été par l’activité humaine : agriculture, industrie, villes.
Cette fragilité ne touche pas tout le monde de la même façon. En Guadeloupe, les coupures d’eau tournantes sont devenues un mode de gestion à part entière. À Mayotte, la facture d’eau peut peser jusqu’à 25 % du revenu d’un ménage précaire, contre 1,4 % dans l’Hexagone. L’accès à l’eau est un test d’égalité républicaine, et nous ne le réussissons pas partout.
Avant de choisir, il faut savoir. Garantir l’eau, c’est la première condition du pouvoir de bien vivre.
Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils
L’essentiel
- La France a perdu 14 % de son eau renouvelable en une génération, soit 33 milliards de m³ par an.
- Sur 30,2 milliards de m³ prélevés en 2020, 4,4 ont été consommés, dont 62 % par l’agriculture ; 60 % des consommations ont lieu de juin à août.
- Un litre d’eau potable sur cinq se perd dans les fuites ; il faudrait 165 ans pour renouveler les canalisations au rythme actuel.
- 14 300 captages ont fermé depuis 1980, dont environ 4 600 à cause des nitrates et des pesticides.
- L’eau coûte 4,89 € par m³ en moyenne ; les ménages financent 53 % des 23,4 milliards d’euros dépensés chaque année.
- Dans l’hypothèse climatique la plus défavorable, 88 % du territoire serait en tension en août 2050 une année sèche.
- 18 millions d’habitants vivent en zone inondable ; la moitié des zones humides a disparu entre 1960 et 1990 ; plus de 13 000 entités publiques se partagent la gestion de l’eau.
Le document de travail complet en PDF
- L’eau en France — État des lieux 2027 — PDF, 38 pages, 4,7 Mo, version 2. Dossier de la série des états des lieux du Projet 2027 : 21 chapitres et 42 graphiques et schémas, de la ressource aux inondations, de la carte des acteurs aux comparaisons internationales, sans aucune proposition.
01 Une ressource qui s’érode sans bruit
Il tombe chaque année environ 513 milliards de m³ de pluie sur la métropole. L’essentiel s’évapore ou nourrit la végétation ; environ 210 milliards de m³ alimentent les rivières et les nappes. Entre 1990-2001 et 2002-2018, cette eau renouvelable a diminué de 33 milliards de m³ par an, soit −14 %1.
La baisse est déjà mesurée sur le terrain : les bas débits reculent dans 84 % des stations suivies. La France compte par ailleurs environ 670 000 plans d’eau artificiels, qui laissent s’évaporer près d’un milliard de m³ chaque année.
02 Prélever n’est pas consommer
En 2020, la France a prélevé 30,2 milliards de m³ d’eau, mais n’en a consommé que 4,4, c’est-à-dire non rendus au milieu. Les centrales électriques prélèvent beaucoup et rendent presque tout ; l’irrigation prélève peu et garde presque tout.
Le vrai problème est saisonnier : de juin à août, le pays réalise 60 % de ses consommations annuelles, quand les rivières n’écoulent que 15 % de leur volume de l’année.
03 Un réseau qui fuit et vieillit
1 litre sur 5 d’eau potable se perd avant d’arriver au robinet.
Le rendement moyen des réseaux est de 79,2 %, et tombe à 70,7 % dans les services de moins de 1 000 habitants ; 19 % des services sont sous le seuil réglementaire. Les canalisations sont renouvelées au rythme de 0,61 % par an : il faudrait environ 165 ans pour remplacer tout le réseau. Le déficit d’investissement est estimé entre 4,2 et 4,6 milliards d’euros par an selon les sources.
04 Une qualité sous pression
Entre 1980 et 2024, 14 300 captages d’eau potable ont fermé, dont environ 4 600 à cause des pesticides ou des nitrates. Parmi les abandons dus à une pollution chimique, 41 % sont liés aux nitrates et aux pesticides et 22 % aux pollutions industrielles et urbaines. Une centaine de captages ferment encore chaque année pour une pollution impossible à traiter2.
En 2024, 28,5 % de la population a reçu au moins une fois une eau non conforme pour les pesticides ou leurs métabolites, contre 4 % en 2010 ; une partie de la hausse tient au nombre croissant de molécules recherchées. Seules 43 % des eaux de surface sont en bon état écologique.
05 Rivières et zones humides : le grand cycle oublié
La moitié des zones humides a disparu entre 1960 et 1990, et 58 % des sites emblématiques suivis se sont encore dégradés entre 2000 et 2020. Elles stockent l’eau l’hiver, la restituent l’été, filtrent les pollutions (environ 2 000 € par hectare de traitement d’eau potable évité) et retiennent les crues. Les rivières comptent 101 500 obstacles à l’écoulement, un tous les 5 km.
Les Assises de l’eau avaient fixé l’objectif de 25 000 km de cours d’eau restaurés d’ici 2022 : les agences de l’eau en avaient aidé 15 536 km fin 2022, et 24 579 km fin 2024. Le Plan eau prévoyait 80 projets phares de solutions fondées sur la nature ; on en compte 93 en avril 2026. Mais les moyens reculent :
Le CAE cite un besoin d’environ 5 milliards d’euros pour amener toutes les masses d’eau au bon état écologique, quand le grand cycle reçoit 1,9 milliard par an.
06 Trop d’eau : crues et inondations
18 millions d’habitants vivent dans une zone potentiellement inondable par débordement de cours d’eau.
Les inondations sont le premier risque naturel en France : elles représentent 49 % des 62,5 milliards d’euros indemnisés au titre des catastrophes naturelles depuis 1982. Alpes-Maritimes en 2015 (20 morts), tempête Alex en 2020, Pas-de-Calais en 2023 : les épisodes se succèdent. La surprime « catastrophes naturelles » est passée de 12 % à 20 % en 2025 et, selon la Cour des comptes, le coût des sinistres pourrait augmenter de 47 à 85 % d’ici 2050.
La prévention fonctionne : selon la Caisse centrale de réassurance, la fréquence des sinistres baisse de 51 % dans les communes dotées d’un plan de prévention et d’un programme d’actions. Mais le fonds Barnier plafonne à 300 millions d’euros, et la taxe locale « inondations » ne permet souvent de financer que des études : à Marmande, 90 km de digues à entretenir pour 22 millions d’euros, contre un million de recettes. Zones humides, haies et champs d’expansion de crue répondent à la fois à la crue et à la sécheresse.
07 Qui décide, qui paie
Qui gère l’eau ? Au moins six ministères, douze comités de bassin (dont cinq en outre-mer), six agences de l’eau, cinq offices ultramarins, l’OFB, 84 syndicats de bassin, 204 schémas locaux, 1 252 intercommunalités compétentes pour les inondations, 12 685 collectivités et 22 856 services d’eau et d’assainissement : de l’ordre de 13 000 à 14 500 entités publiques (estimation Élysée Conseils). La Cour des comptes y voit « un exemple de décentralisation inachevée ». Aucun plan de regroupement n’est en cours ; la loi d’avril 2025 a même rendu aux communes la liberté de garder leurs services.
Depuis les Assises de l’eau (2018-2019), le Varenne agricole de l’eau (2021-2022) et le Plan eau (2023), les objectifs se succèdent : la baisse de 10 % des prélèvements, fixée pour 2024, a été reportée à 2030.
Elle mobilise 23,4 milliards d’euros par an, dont 53 % payés par les ménages, 23 % par les industriels et 9 % par les agriculteurs. 92 % de cette somme va à l’eau potable et à l’assainissement ; les rivières, les nappes et les zones humides reçoivent 1,9 milliard. Selon la Cour des comptes, les ménages acquittent 75 % de la redevance sur les prélèvements pour 16,4 % des volumes prélevés soumis à redevance.
08 Le prix de l’eau
Au 1er janvier 2025, l’eau coûte en moyenne 4,89 € par m³ (2,50 € pour l’eau potable, 2,39 € pour l’assainissement), soit 587 € par an pour une consommation de référence de 120 m³. Le prix va de 4,30 € en Provence-Alpes-Côte d’Azur à 5,62 € dans les Hauts-de-France, et 6,06 € en Martinique.
L’abonnement ne pèse que 16 % de la facture d’eau potable et 13 % de celle d’assainissement, alors que les coûts du service sont largement fixes : quand les usagers économisent l’eau, les recettes baissent plus vite que les dépenses.
09 2030, 2050, 2100 : ce que disent les projections
Depuis janvier 2026, la France dispose d’une trajectoire officielle de réchauffement pour l’adaptation : +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 en métropole. À +2,7 °C, les débits d’été baisseraient de 0 à 10 % selon la majorité des projections et les débits d’étiage d’environ 15 %3.
Dans l’hypothèse climatique la plus défavorable, une année sèche mettrait 88 % du territoire en tension en août 2050 si les tendances se prolongent, et encore 64 % dans un scénario de sobriété.
10 Outre-mer : une République à deux robinets
Pour un ménage précaire, la facture d’eau pèse 1,4 % du revenu dans l’Hexagone, mais jusqu’à 25 % à Mayotte, où 29 % des habitants n’ont pas l’eau courante au logement. En Guadeloupe, les « tours d’eau », coupures alternées de l’alimentation, sont devenus un mode de gestion à part entière.
11 Ce que font l’Espagne et Israël
La France réutilise moins de 1 % de ses eaux usées traitées.
Israël en réutilise près de 90 %, surtout pour l’irrigation : l’eau y est une ressource publique sous contrôle de l’État depuis 1959, une autorité unique la gère, l’eau recyclée est vendue moins cher aux agriculteurs, et l’eau potable vient en majorité du dessalement. En Espagne, le taux atteint 14,5 % en 2024 et 96 % dans la région de Murcie.
Une précaution s’impose : réutiliser l’eau ne crée une ressource nouvelle que là où les stations rejettent en mer. Dans un bassin intérieur, l’eau réutilisée manque aux usagers situés en aval.
12 Un constat avant les propositions
Ce dossier ne contient aucune proposition. Il pose le constat, chiffres officiels à l’appui, avant le rapport de propositions du Projet 2027 sur l’eau, qui sera publié séparément. Le document de travail complet, avec ses 42 graphiques, schémas et tableaux, est téléchargeable plus haut.
Pour aller plus loin
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Sources
- France Stratégie, Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et usages ?, note d’analyse n° 136, avril 2024 : strategie-plan.gouv.fr
- France Stratégie, La demande en eau : prospective territorialisée à l’horizon 2050, janvier 2025 : vie-publique.fr
- Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, L’eau en 2050, note d’analyse n° 156, juin 2025 : strategie-plan.gouv.fr
- Office français de la biodiversité, rapport de l’Observatoire des services d’eau et d’assainissement (SISPEA), 2026 : eaufrance.fr
- Ministère de la Transition écologique, dossier de presse sur la trajectoire de réchauffement de référence (TRACC), janvier 2026 : ecologie.gouv.fr
- INRAE et partenaires, Explore2 : impacts hydrologiques selon la TRACC, juin 2026 : inrae.fr
- Gouvernement, bilan du Plan eau à trois ans, avril 2026 : ecologie.gouv.fr
- Ministères de la Santé, de la Transition écologique et de l’Agriculture, feuille de route Captages, mars 2025 (copie du dossier de presse) : cdurable.info
- IGEDD, CGAAER, IGA, retour d’expérience sur la gestion de l’eau lors de la sécheresse 2022, mars 2023 : agriculture.gouv.fr
- Cercle français de l’eau, panorama du financement de la politique de l’eau, 2024 : economie.eaufrance.fr
- Conseil d’analyse économique, note n° 87 sur l’eau, janvier 2026 : cae-eco.fr
- Cour des comptes, La gestion quantitative de l’eau en période de changement climatique, juillet 2023 : ccomptes.fr
- Cour des comptes, La gestion de l’eau potable et de l’assainissement en outre-mer, mars 2025 : vie-publique.fr
- Cour des comptes, L’assurance des catastrophes naturelles : un enjeu de soutenabilité financière, avril 2026 : ccomptes.fr
- Caisse centrale de réassurance, Les catastrophes naturelles en France, bilan 1982-2025, juin 2026 : ccr.fr
- SDES, Chiffres clés des risques naturels, édition 2023 : statistiques.developpement-durable.gouv.fr
- Sénat, Le défi de l’adaptation des territoires face aux inondations, septembre 2024 (synthèse) : senat.fr
- Annexe « jaune » Agences de l’eau, projet de loi de finances 2026 : assemblee-nationale.fr
- Sénat, note de présentation des crédits Écologie du projet de loi de finances 2026 : senat.fr
- Assises de l’eau, dossier de presse de la seconde séquence, 1er juillet 2019 : cne.developpement-durable.gouv.fr
- Cour des comptes, La police environnementale de l’eau, mai 2026 : vie-publique.fr
- Sénat, rapport d’information n° 871, 2023 (synthèse) : senat.fr
- Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), Lessons from Israel’s Water Reuse Approach, mars 2023 : epa.gov
- iAgua, données 2024 de l’Institut national de la statistique espagnol : iagua.es
Notes
- L’eau renouvelable est l’eau de pluie qui ne s’évapore pas et alimente les rivières et les nappes. Comparaison des moyennes 1990-2001 et 2002-2018 (France Stratégie).
- Les autres causes de fermeture (débit insuffisant, regroupement de petits captages, impossibilité de protéger le captage) ne sont pas chiffrées dans la feuille de route gouvernementale de mars 2025.
- Les projections 2050 du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan reposent sur le scénario d’émissions élevées d’Explore2, plus défavorable que la trajectoire officielle : elles décrivent une situation à anticiper, non une prévision certaine.
Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils. Le Projet 2027 est un programme ouvert, mis à disposition de tous les candidats à l’élection présidentielle, publié sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0 : vos remarques et vos propositions sont attendues à mesidees@elysee-conseils.fr.
AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.
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