Schéma sur fond bleu nuit : une vague bleue surmontée d’un robot, une échelle dont le premier barreau est brisé au pied d’un personnage ; titre « Le tsunami de l’IA » et quatre chiffres : 40 % des emplois du monde exposés à l’IA, −28 % d’embauches en CDI des jeunes dans les métiers exposés, 21,6 % de chômage des 15-24 ans, 59 % des robots industriels installés en Chine.
Le premier barreau de l’échelle : en France, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % dans les métiers les plus exposés à l’IA. Sources : FMI, HEC Paris et Banque de France, Insee, IFR.

Le tsunami de l’IA : dans les métiers exposés, 28 % d’embauches de jeunes en CDI en moins

Intelligence artificielle · Série « L’IA et le travail » · épisode 1 sur 9

Le tsunami de l’IA : dans les métiers exposés, 28 % d’embauches de jeunes en CDI en moins

La moitié des salariés de la zone euro se servent déjà de l’intelligence artificielle. Le chômage n’explose pas, mais les débutants voient se fermer la porte des métiers les plus exposés, et la vague des robots se lève en Chine. Élysée Conseils publie un état des lieux de l’IA, des robots et de l’emploi, fondé sur les publications des institutions jusqu’à la mi-octobre 2026.

Par Philippe Agnelli · Élysée Conseils — Projet 2027 · 14 octobre 2026 · lecture : 12 minutes

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L’essentiel

  • 52 % des salariés de la zone euro utilisent l’IA dans leur travail en 2026, contre 26 % en 2024 (BCE). Mais 18 % seulement des entreprises françaises de 10 salariés ou plus s’en servent (Insee).
  • Exposé ne veut pas dire détruit : 40 % des emplois du monde et 60 % dans les pays avancés sont exposés à l’IA selon le FMI ; le chômage reste contenu, à 4,2 % aux États-Unis et 8,3 % en France.
  • Les débutants paient les premiers : en France, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % dans les métiers les plus exposés, contre 8 % dans les moins exposés (HEC Paris et Banque de France).
  • La France décroche : sa productivité a progressé de 0,8 % par an de 1995 à 2025, contre 1,7 % aux États-Unis ; 86 % de l’écart tient aux secteurs liés au numérique (CAE).
  • La vague suivante est physique : 59 % des robots industriels installés dans le monde en 2025 l’ont été en Chine, environ 354 000 ; la France en a installé près de 4 500 (IFR).

Le document de travail

01

Un emploi « exposé » à l’IA est-il un emploi menacé ?

Non. L’exposition mesure des tâches que l’IA sait faire ou assister, pas des emplois perdus.

Trois vagues se superposent : l’IA générative, qui produit du texte, du code et des images ; l’IA dite « agentique », qui enchaîne seule des tâches ; l’IA physique, qui anime des robots.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que près de 40 % des emplois du monde sont exposés à l’IA, et environ 60 % dans les économies avancées.1 Il y ajoute la complémentarité : un métier exposé mais protégé par la responsabilité, le contact humain ou la décision (médecin, juge, architecte) sera plutôt augmenté ; un métier exposé et peu protégé risque d’être remplacé. Dans les économies avancées, ce second cas représente un tiers de l’emploi total.

Les grandes estimations : chacune mesure une chose différente
Source Chiffre Ce qui est mesuré
FMI (janvier 2024) 40 % / 60 % Emplois exposés à l’IA, dans le monde / dans les pays avancés
Coface et OEM (mars 2026) 3,8 % → 16,3 % Part du contenu du travail automatisable en France, aujourd’hui puis d’ici deux à cinq ans
Goldman Sachs (août 2025) 6 à 7 % Travailleurs américains déplacés si l’IA est largement adoptée (fourchette de 3 à 14 %)
Forum économique mondial (janvier 2025) +170 / −92 millions Emplois créés et supprimés dans le monde d’ici 2030, selon les employeurs

Ces chiffres répondent à des questions différentes : combien de tâches l’IA sait faire, combien d’emplois vont changer, disparaître ou naître. Les deux dernières restent largement ouvertes. Quand une étude annonce « 5 millions d’emplois menacés » en France, elle convertit une part de tâches en équivalent d’emplois : le rapport Coface dont provient ce chiffre précise lui-même qu’il mesure l’exposition des tâches, et non leur destruction.

Nos affirmations

« Nous refusons de confondre exposition et destruction : ce n’est pas la même chose, et ceux qui les confondent font peur sans éclairer. »

02

L’IA tire-t-elle déjà la croissance ?

Oui, par l’investissement d’abord. La France, elle, peine à transformer la technologie en productivité.

Avant l’emploi, l’IA transforme l’investissement : centres de données, puces, réseaux électriques. Le 12 octobre 2026, à l’ouverture des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a décrit ce boom comme un « choc de demande, un choc d’investissement » qui aide la croissance mondiale à se maintenir autour de 3 %, tout en annonçant un « tsunami à évolution lente » pour le travail, la fiscalité et l’éducation.2

À moyen terme, les services du FMI estiment que l’IA pourrait ajouter entre 0,1 et 0,8 point de croissance mondiale par an, selon le rythme d’adoption. Les gains individuels sont déjà mesurés : +14 % de productivité pour les agents de service client et +26 % pour les développeurs dans les expérimentations recensées par la DG Trésor (juin 2026) ; trois heures gagnées par semaine pour l’utilisateur médian, soit 7,7 % de son temps de travail, selon la BCE.3

0,8 %

C’est la progression annuelle de la productivité du travail en France de 1995 à 2025, contre 1,1 % dans la zone euro et 1,7 % aux États-Unis. 86 % du décrochage se concentre dans les secteurs liés au numérique : 64 % chez les secteurs utilisateurs, 22 % chez les producteurs.

Source : Conseil d’analyse économique, Note n° 94, septembre 2026

Pour le Conseil d’analyse économique (CAE), le problème n’est plus le volume d’investissement numérique, qui a rattrapé son retard, mais la capacité des entreprises à en tirer parti : organisation, compétences, management.4

Nos affirmations

« Avec 0,8 % de productivité par an depuis trente ans, nous constatons que la France n’a pas un problème d’IA, mais un problème de diffusion. »

03

Qui se sert vraiment de l’IA ?

Les salariés, bien plus vite que leurs employeurs.

L’enquête de la BCE auprès des consommateurs montre que la part des travailleurs de la zone euro qui utilisent l’IA dans leur travail est passée de 26 % en 2024 à 41 % en 2025, puis à 52 % en 2026. L’usage est très inégal selon le diplôme : 61 % des diplômés du supérieur, contre 37 % des moins diplômés. L’enthousiasme, lui, recule : 41 % des travailleurs jugent l’IA positivement, contre 43 % un an plus tôt.3

Les entreprises suivent plus lentement. Selon l’Insee, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisaient au moins une technologie d’IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023. La progression est rapide, mais la France reste sous la moyenne européenne (20 %), loin de l’Allemagne (26 %) et du Danemark (42 %).5

Entreprises de 10 salariés ou plus utilisant l’IA en 2025 (%)
Danemark 42 % Allemagne 26 % Union européenne 20 % France 18 %

Source : Insee Première n° 2120 (juillet 2026) ; Eurostat pour le Danemark (décembre 2025).

Le fossé tient d’abord à la taille : 58 % des entreprises de 250 salariés ou plus utilisent l’IA, contre 15 % de celles de 10 à 49 salariés. Selon l’OCDE, la moitié des PME qui n’utilisent pas l’IA générative invoquent un manque de compétences.

04

Que mesure-t-on déjà aux États-Unis ?

Des annonces de licenciements qui citent l’IA, un marché du travail solide, et des débutants qui décrochent.

Le cabinet Challenger, Gray & Christmas recense chaque mois les suppressions d’emplois annoncées par les employeurs américains et le motif qu’ils invoquent. De janvier à septembre 2026, l’IA a été citée pour 120 136 suppressions, environ 21 % des 573 195 annonces, mais 9 % seulement en septembre.6 Ce sont des annonces et des motifs déclarés, pas des pertes d’emploi mesurées : la DG Trésor relève que l’IA est « parfois un prétexte qui masque d’autres motifs ».

Le marché du travail reste solide : le chômage américain s’établit à 4,2 % en septembre 2026 (Bureau des statistiques du travail). Une note de la Réserve fédérale (Liu et Webber, mars 2026) ne trouve aucun effet de l’adoption de l’IA sur les offres d’emploi des entreprises.

Mais les débutants décrochent. L’étude de l’université Stanford « Canaries in the Coal Mine? » compare l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus et les moins exposés : dans sa révision du 12 août 2026, celui des jeunes des métiers exposés se situe 19 % en dessous de ce qu’il serait, et l’écart s’élargit depuis août 2025.7 Il passe surtout par une baisse des embauches, pas par des licenciements ; l’emploi des salariés plus âgés des mêmes métiers ne recule pas.

Nos affirmations

« Nous constatons que l’Amérique ne licencie pas massivement à cause de l’IA : elle cesse d’embaucher ses débutants. »

05

Et en France ?

Le chômage remonte sans que l’IA en soit la cause démontrée, mais le premier emploi se raréfie dans les métiers exposés.

Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail atteint 8,3 % en France, en hausse de 0,7 point sur un an, soit 2,7 millions de chômeurs. Celui des 15-24 ans atteint 21,6 %, en hausse de 2,5 points.8 La DG Trésor note que « l’insertion professionnelle des jeunes semble ralentir », sans pouvoir l’attribuer à l’IA à ce stade.

Une étude de chercheurs d’HEC Paris, menée avec la Banque de France et publiée en octobre 2026, apporte la première mesure française de grande ampleur. Entre novembre 2022, lancement de ChatGPT, et mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % dans les métiers les plus exposés à l’IA, contre 8 % dans les moins exposés, soit environ 6 200 embauches de moins par mois. Pour les jeunes développeurs et ingénieurs informatiques, la baisse atteint 42 %, contre 11 %.9 Les auteurs présentent ces résultats comme descriptifs : ils ne prouvent pas, à eux seuls, que l’IA en est la cause.

Recul des embauches en CDI des 21-29 ans, novembre 2022 – mars 2026 (%)
Métiers les plus exposés à l’IA −28,3 % Métiers les moins exposés −7,5 % Jeunes développeurs et ingénieurs informatiques −42 % Autres métiers, hors les plus exposés −11 %

Source : Palladino, Bergeaud, Bertheau, Bunel, Degos, LIFT – HEC Paris, avec la Banque de France, octobre 2026.

Une étude de l’École d’économie de Paris (Andreescu et Maurin, septembre 2026) montre que les offres d’emploi de France Travail destinées aux informaticiens spécialistes ont baissé d’environ 30 % début 2025 par rapport à fin 2022, relativement aux métiers témoins, tandis que le nombre de candidats par poste augmentait d’environ 50 %.10 Selon l’Insee, la baisse de l’emploi dans les activités informatiques (−3,0 % entre fin 2023 et fin 2025) est « entièrement portée par les jeunes ».

06

Pourquoi les débutants sont-ils les premiers touchés ?

Parce que l’IA sait faire les tâches par lesquelles on apprend un métier.

Les carrières qualifiées commencent par des tâches codifiables : chercher, résumer, rédiger un premier jet, écrire du code simple. C’est ce que l’IA générative fait le mieux. Or c’est en les faisant que le débutant acquérait le savoir tacite et le jugement qui font les seniors. Les entreprises sont en train de scier le premier barreau de l’échelle par lequel tout le monde est passé. Comment devenir senior si l’on ne peut plus devenir junior ?

Les institutions convergent. Pour le FMI, l’emploi des jeunes se concentre dans les métiers exposés et peu complémentaires qui servent de marchepied de carrière (janvier 2026). La DG Trésor écrit qu’en automatisant les tâches des débutants, l’IA pourrait dégrader leur insertion et poser à terme un problème de renouvellement des postes seniors (juin 2026). À Bangkok, Kristalina Georgieva a désigné les jeunes qui arrivent sur le marché du travail comme les premiers dont il faut se soucier.2

L’OCDE nuance (juillet 2026) : l’écart de chômage entre jeunes diplômés et ensemble de la population se creuse depuis bien avant l’IA générative, qui n’en serait « probablement pas le facteur principal » ; elle qualifie toutefois sa conclusion de préliminaire.

Nos affirmations

« Nous le disons simplement : on ne devient pas senior sans avoir été junior, et une économie qui supprime ses débutants prépare sa pénurie d’experts. »

07

Les robots arrivent-ils dans les usines ?

Les robots industriels changent d’échelle en Chine ; les humanoïdes en sont encore aux promesses.

Selon la Fédération internationale de la robotique (IFR), 603 307 robots industriels ont été installés dans le monde en 2025 (+11 %), dont 354 226 en Chine, soit 59 %. Le stock mondial en service atteint 5 millions de robots. L’IFR prévoit 655 000 installations en 2026 et 806 000 en 2029. La France a installé près de 4 500 robots en 2025 (−8 %), troisième de l’Union européenne derrière l’Allemagne (24 800) et l’Italie (7 800) ; elle en installait 7 380 en 2022. L’Union recule de 11 %, à 60 500 installations.11

Robots industriels installés en 2025 (unités)
Chine 354 000 Allemagne 24 800 Italie 7 800 France 4 500

Source : IFR, World Robotics 2026 (24 septembre 2026), chiffres arrondis.

Que disent les études sur l’emploi ? Aux États-Unis, un robot de plus pour 1 000 travailleurs réduit le taux d’emploi local de 0,2 point (Acemoglu et Restrepo, 2020). En France, les entreprises qui adoptent des robots augmentent leurs heures travaillées mais voient reculer la part du travail dans leur valeur ajoutée de 4 à 6 points, et leurs concurrents perdent des emplois (Acemoglu, Lelarge et Restrepo, 2020).

Les humanoïdes passent de la démonstration à l’usine, avec des annonces très supérieures aux volumes livrés. Tesla affiche pour Optimus une ligne « conçue pour 1 million de robots par an » à Fremont, mais, à la mi-octobre 2026, la production n’est pas confirmée ; le chinois AgiBot annonçait son 10 000e humanoïde en mars 2026. En Chine, les autorités elles-mêmes ont mis en garde contre un risque de bulle (novembre 2025).

Nos affirmations

« Nous constatons que la Chine installe près de 80 fois plus de robots industriels que la France. »

08

Qui gagne, qui perd ?

Les plus qualifiés et les détenteurs du capital gagnent le plus ; les qualifications intermédiaires et les débutants sont les plus fragiles.

Pour le FMI, les métiers les mieux payés sont aussi ceux où l’IA aide le plus, d’où un risque d’aggravation des inégalités de revenus du travail. Il évoque un « rétrécissement potentiel de la classe moyenne » (janvier 2026), et juge que « le lien traditionnel entre emploi et revenu pourrait s’affaiblir » (avril 2026). Selon l’Organisation internationale du travail, la part du travail dans le PIB mondial est passée de 53,0 % en 2014 à 52,4 % en 2024. En France, elle reste autour des deux tiers de la valeur ajoutée des sociétés non financières (DG Trésor).

Quels métiers ? Les plus exposés sont ceux dont l’essentiel peut être codifié : saisie de données, comptabilité courante, traduction standardisée, rédaction, relation client, programmation. Selon l’étude Coface et Observatoire des emplois menacés et émergents (mars 2026), l’exposition atteint environ 29 % des tâches dans l’ingénierie et 27 % dans les professions juridiques, financières et créatives. Le soin, le bâtiment, l’artisanat et les services à la personne, souvent en tension, restent peu exposés (OCDE).

Quels territoires ? L’OCDE estimait en 2024 que 32 % des actifs urbains étaient exposés à l’IA générative, contre 21 % des actifs ruraux. Outre-mer, l’IA arrive sur un marché du travail déjà fragile : en 2024, le chômage des 15-29 ans atteint 30 % en Guyane, 29 % en Martinique et 28 % en Guadeloupe, contre 14 % dans l’Hexagone.

09

Que font la France et les autres pays ?

La France multiplie les plans ; leurs crédits se consomment lentement et l’aide à la diffusion dans les entreprises reste modeste.

Le plan « Osez l’IA » (juillet 2025) fixe pour 2030 l’objectif de 80 % des PME et ETI utilisatrices, avec 200 millions d’euros. « Impulsion IA 2027 » (ministère du Travail, septembre 2026) compte douze mesures et plus de 80 millions d’euros. Or la Cour des comptes relevait en novembre 2025 que 35 % seulement des 1,1 milliard d’euros programmés pour 2023-2025 étaient consommés à mi-2025, et jugeait l’aide à la diffusion dans les entreprises « très modeste ».

Le Code du travail (article L2312-8) impose de consulter le comité social et économique sur « l’introduction de nouvelles technologies » : les tribunaux judiciaires de Nanterre (février 2025) et de Créteil (juillet 2025) ont suspendu des déploiements d’outils d’IA jusqu’à la fin de la consultation. Aucun accord national interprofessionnel sur l’IA n’existe à ce jour ; les partenaires sociaux, de la CFDT au MEDEF, convergent pourtant sur l’anticipation des compétences.

Quelques réponses étrangères
Pays Mesures
Singapour Crédits de formation SkillsFuture pour tous les adultes ; aide couvrant 50 % de l’investissement numérique des PME
Allemagne Formation des salariés des entreprises de moins de 50 salariés prise en charge jusqu’à 100 %
Danemark 42 % d’entreprises utilisatrices ; fonds de reconversion et intégration de l’IA aux négociations tripartites (juin 2026)
Chine Plan « IA+ » (août 2025) : plus de 70 % d’adoption des terminaux et agents intelligents en 2027, plus de 90 % en 2030
Union européenne Obligations du règlement sur l’IA pour les systèmes à haut risque dans l’emploi reportées au 2 décembre 2027

Nos affirmations

« Nous constatons que le Danemark compte 42 % d’entreprises utilisatrices et la France 18 %, avec les mêmes technologies à disposition. »

10

Que peut-on projeter d’ici 2032 ?

Toutes les institutions annoncent la vague ; aucune ne peut dire qui la surfera.

Projections et scénarios pour la période du prochain quinquennat (non des constats)
Source Projection ou scénario
Forum économique mondial (janvier 2025) 170 millions d’emplois créés et 92 millions supprimés d’ici 2030, soit un solde de +78 millions ; 22 % des emplois bouleversés
DG Trésor (juin 2026) Avec une IA agentique largement adoptée, plus de 40 % des métiers auraient plus de 30 % de tâches automatisables
FMI (avril 2026) Hypothèse d’une IA de niveau expert humain en cinq ans : l’IA serait à traiter comme une « transition macro-critique »

Les échéances, elles, sont connues : règles européennes sur l’IA à haut risque dans l’emploi en décembre 2027, vente annoncée des premiers humanoïdes Tesla fin 2027, objectifs du plan « Osez l’IA » en 2030.

Nos affirmations

« Nous constatons que le prochain quinquennat ne décidera pas s’il y aura une révolution de l’IA, mais seulement si la France la subit ou la conduit. »

11

Ce que le Projet 2027 en tirera

D’abord les faits, ensuite les propositions : celles-ci feront l’objet d’un rapport séparé.

Notre dossier est un état des lieux et ne contient aucune proposition. C’est voulu : il fallait d’abord distinguer ce qui est mesuré, ce qui est projeté et ce qui n’est qu’annoncé. Les propositions du Projet 2027 feront l’objet d’un rapport séparé, puis de deux rapports complémentaires, sur l’entrée des jeunes dans l’emploi et sur le partage de la valeur entre travail et capital.

Les constats désignent déjà les questions auxquelles elles devront répondre. Comment préserver le premier emploi, sans lequel il n’y aurait plus demain d’experts ? Comment faire entrer l’IA dans les PME et transformer enfin l’investissement numérique en productivité ? Comment partager une valeur qui se déplace du salaire vers le capital ? Comment anticiper les compétences avec les partenaires sociaux plutôt que de laisser les tribunaux arbitrer chaque déploiement ? C’est sur ces quatre fronts que nous proposerons des mesures chiffrées, soumises comme le reste du programme à la discussion. Les prochains épisodes de la série détailleront chacun de ces constats.

Pour aller plus loin

La série « L’IA et le travail »

Sur le même sujet

À lire aussi

Sources

  • Élysée Conseils, « Le tsunami de l’IA — Intelligence artificielle, robots et emploi : état des lieux 2026 », document de travail, version 1, octobre 2026 (liste complète des sources en fin de document).
  • FMI, Kristalina Georgieva, « AI Will Transform the Global Economy. Let’s Make Sure It Benefits Humanity », 14 janvier 2024, et Staff Discussion Note 2024/001, Cazzaniga et al. — imf.org
  • Reuters, « AI “slow-moving tsunami” but holds global growth, IMF chief says », 12 octobre 2026, repris par Daily Sabah — dailysabah.com
  • BCE, António Dias da Silva, Laura Lebastard, David Sondermann, « AI adoption and the productivity promise: what workers report », blog, 26 août 2026 — ecb.europa.eu
  • Insee Première n° 2120, enquête TIC entreprises 2025, 21 juillet 2026 — insee.fr
  • Insee, Informations rapides n° 192, chômage au 2e trimestre 2026, 7 août 2026 — insee.fr
  • Conseil d’analyse économique, Note n° 94, Bergeaud, Bunel, Jaravel, Roulet, « Comment lutter contre le décrochage de la productivité ? », 17 septembre 2026 — cae-eco.fr
  • HEC Paris, « L’embauche des jeunes recule davantage dans les métiers exposés à l’IA », 9 octobre 2026, d’après Palladino, Bergeaud, Bertheau, Bunel, Degos, LIFT Working Paper 2026-02, avec la Banque de France — hec.edu
  • Challenger, Gray & Christmas, « Challenger Report — September 2026 », octobre 2026 — challengergray.com
  • Brynjolfsson, Chandar, Chen, « Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence », Stanford Digital Economy Lab, révision du 12 août 2026 — digitaleconomy.stanford.edu
  • IFR, « Five Million Robots now Operate in Factories Globally » et « China Installs 59 Percent of World’s Industrial Robots », World Robotics 2026, 24 septembre 2026 — ifr.org ; communiqué Chine (PDF)
  • DG Trésor, Trésor-Éco n° 391, « L’intelligence artificielle, quels effets sur l’emploi ? », juin 2026 ; Trésor-Éco n° 363, « Le partage de la richesse produite en France entre le travail et le capital », mai 2025.
  • OCDE, Perspectives de l’emploi 2026 et « Skills in the AI age », juillet 2026 ; OIT, « Generative AI and jobs: 2025 update », mai 2025.
  • Andreescu, Maurin, « Generative AI and the Changing Demand for Skills », PSE Working Paper n° 2026-27, 7 septembre 2026.
  • Cour des comptes, rapport sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, novembre 2025.
  • Acemoglu, Restrepo, « Robots and Jobs: Evidence from US Labor Markets », Journal of Political Economy, 2020 ; Acemoglu, Lelarge, Restrepo, « Competing with Robots: Firm-Level Evidence from France », AEA Papers and Proceedings, mai 2020.

Notes

  1. FMI, billet de Kristalina Georgieva du 14 janvier 2024 : « almost 40 percent of global employment is exposed to AI » ; environ 60 % dans les économies avancées, 40 % dans les pays émergents et 26 % dans les pays à faible revenu ; « roughly half the exposed jobs may benefit from AI integration ». Le tiers de l’emploi des pays avancés « très exposé et peu complémentaire » provient de la Staff Discussion Note 2024/001 qui accompagne ce billet. ↩
  2. Dépêche Reuters du 12 octobre 2026 : Kristalina Georgieva y qualifie l’IA de « slow-moving tsunami » susceptible de bouleverser le marché du travail, la fiscalité et l’éducation, et décrit le boom de l’investissement comme un « demand shock, an investment shock » ; la traduction française est la nôtre. Les propos sur les jeunes (« people to worry about, first and foremost, [are] young people that are coming into the labor market ») sont rapportés par le compte rendu de la session « Small AI: More and Better Jobs » publié par le site Congress.net ; nous n’avons pas trouvé de transcription officielle du FMI à la date de rédaction. ↩
  3. BCE, blog du 26 août 2026, d’après l’enquête sur les anticipations des consommateurs (environ 20 000 personnes interrogées chaque mois dans onze pays de la zone euro) : 26 % d’utilisateurs en 2024, 41 % en 2025, 52 % en 2026 ; gain de temps médian de trois heures par semaine (7,7 % du temps de travail médian). Seuls 48,8 % des travailleurs déclarent à la fois utiliser l’IA et gagner du temps, d’où un gain d’efficacité global estimé à environ 3,8 % ; les auteurs précisent que ce chiffre n’est pas une mesure directe de la productivité de l’économie. ↩
  4. CAE, Note n° 94 : « Nous estimons que 86 % du décrochage de la productivité se concentre dans les secteurs liés aux technologies du numérique ». La note fixe pour référence l’effort de Singapour en faveur de l’adoption de l’IA, 0,02 % du PIB. ↩
  5. Insee Première n° 2120 : 6 % en 2023, 10 % en 2024, 18 % en 2025 pour la France ; 20 % pour l’Union européenne ; 26 % pour l’Allemagne ; 15 % pour les entreprises de 10 à 49 salariés et 58 % pour celles de 250 salariés ou plus. L’Insee situe les pays nordiques et le Benelux entre 33 % et 42 % ; le chiffre de 42 % pour le Danemark provient d’Eurostat (décembre 2025), cité par notre dossier. ↩
  6. Challenger Report de septembre 2026, page 3 : « So far this year, AI has been cited in 120,136 job cut announcements, approximately 21% of all cuts, and it remains the leading reason year-to-date. » L’IA n’est en septembre que le cinquième motif cité. La technologie concentre 29 % des suppressions annoncées depuis janvier. ↩
  7. Stanford Digital Economy Lab, révision du 12 août 2026 : l’emploi des 22-25 ans des métiers exposés « now stands 19% below where it would be ». Il s’agit d’un écart relatif aux métiers moins exposés, non d’une baisse absolue ; les auteurs parlent d’« indicateurs précoces et descriptifs ». Notre dossier mentionne un écart de 13 % dans la première version (août 2025) et de 15 % avec la méthode révisée sur les données de juillet 2025. ↩
  8. Insee, Informations rapides n° 192 : champ incluant Mayotte. Le taux d’emploi des 15-64 ans s’établit à 69,0 %. ↩
  9. HEC Paris, 9 octobre 2026 : recul de 28,3 % dans les métiers les plus exposés et de 7,5 % dans les moins exposés (infirmiers, enseignants de maternelle, ouvriers qualifiés du bâtiment), soit un écart de 20,8 points ; environ 22 000 embauches mensuelles de jeunes en CDI dans les métiers les plus exposés fin novembre 2022, 6 200 de moins en mars 2026. Tous contrats confondus, CDD compris, les embauches reculent de 22,1 % dans les métiers les plus exposés et progressent de 1 % dans les moins exposés. Précision : notre dossier arrondit 7,5 % à 8 %. Le chiffre de « 75 000 CDI de moins par an » repris par une partie de la presse ne figure pas dans la présentation d’HEC ; il extrapole sur douze mois l’écart mensuel de mars 2026. Les auteurs citent d’autres facteurs possibles : correction du recrutement informatique après la pandémie, hausse des taux d’intérêt, essor de l’apprentissage. ↩
  10. La presse a attribué à cette étude une « chute de plus de 50 % » des offres d’emploi dans les métiers les plus exposés. Ce chiffre ne figure pas dans la version de l’étude consultée pour notre dossier (document de travail PSE n° 2026-27 du 7 septembre 2026) ; nous retenons les chiffres publiés par les auteurs. ↩
  11. Les communiqués publics de l’IFR du 24 septembre 2026 donnent des chiffres arrondis : « over 600,000 » installations dans le monde, 354 000 en Chine (+20 %), près de 4 500 en France ; les fournisseurs chinois réalisent 55 % des installations dans leur pays. Les décomptes exacts (603 307 et 354 226) sont ceux du rapport World Robotics 2026 tels que repris dans notre dossier ; nous n’avons pas consulté le rapport complet, payant. Le rapport Chine/France d’environ 80 se calcule sur ces chiffres. ↩

Philippe Agnelli, président d’Élysée Conseils. Le Projet 2027 est un programme ouvert, mis à disposition de tous les candidats à l’élection présidentielle : vos remarques et vos propositions sont attendues à mesidees@elysee-conseils.fr.

AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

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