Illustration : une calculatrice à 80 €, fabriquée en Asie, face à un téléphone déjà dans la poche ; en bas, les chiffres clés du coût pour les familles.
Chaque année, 60 à 100 millions d’euros pour une fonction que les familles possèdent déjà.

Calculatrices scolaires : 60 à 100 millions d’euros par an pour une fonction que les familles possèdent déjà

Éducation · Billet

Calculatrices scolaires : 60 à 100 millions d’euros par an pour une fonction que les familles possèdent déjà

Chaque rentrée, les listes de fournitures imposent une calculatrice. Nous avons fait le compte : entre 60 et 100 millions d’euros payés chaque année par les familles, pour une fonction déjà présente dans le téléphone de l’élève, l’ordinateur familial et, au lycée, la tablette offerte par la région.

Philippe Agnelli · Élysée Conseils · 23 septembre 2026 · Lecture : 4 minutes

Je m’en suis rendu compte à cette rentrée. Mon aîné est entré en seconde : il a fallu racheter une calculatrice, celle achetée en sixième n’étant « plus la bonne ». Mon deuxième, en quatrième, garde la sienne. Il me reste donc une calculatrice de collège inutile. Et bien sûr, j’avais dû en acheter deux, puisqu’ils avaient maths en même temps.

De là est venue une question simple : combien cela coûte-t-il, à l’échelle du pays, et pour quoi faire ? Nous avons fait le compte, avec Élysée Conseils.

Le document de travail complet en PDF

Une rente, pas une performance

Environ 1,2 million de calculatrices sont achetées chaque année, à l’entrée en sixième et en seconde. La calculatrice graphique vendue 80 € tourne sur un processeur hérité des années 1980. Une carte Raspberry Pi Zero 2 W, bien plus puissante, se vend 18 € ; un module ESP32, 3 €. L’écart de prix ne rémunère pas une performance : il rémunère une position.

Le prescripteur ne paie pas, le payeur ne choisit pas.

Au lycée, l’absurdité est complète : la région offre une tablette à chaque élève, et le lycée fait acheter en plus, sur le budget familial, un appareil mille fois moins puissant. Deux financements, l’un public, l’autre familial, pour une seule fonction.

Où va l’argent, et ce que l’on fabrique pour rien

Sur les 80 € d’une calculatrice graphique, environ 47 € quittent la France : la marque et la marge vont aux États-Unis ou au Japon, la fabrication en Chine. Au total, de l’ordre de 25 à 30 millions d’euros partent chaque année. Aucune usine, aucun emploi d’ingénieur ne dépend en France de ces achats.

Le carbone émis reste modeste, mais il l’est pour rien. Le vrai gâchis, ce sont les terres rares, le cuivre, l’étain et le lithium : environ 160 tonnes d’électronique mises sur le marché chaque année pour refaire, en moins bien, une fonction que chaque foyer possède déjà. Si toute l’Union européenne suivait la même règle, ce seraient près de 430 millions d’euros retirés chaque année au pouvoir d’achat des familles.

La triche ? Le verrou existe déjà

Depuis 2020, les calculatrices doivent passer en « mode examen » pendant les épreuves : mémoire verrouillée, communications coupées, voyant visible du surveillant. L’Éducation nationale sait donc déjà verrouiller un appareil. Le même verrou peut exister sur une tablette ou un téléphone.

La preuve qu’une alternative existe est française. NumWorks conçoit depuis 2017 une calculatrice dont le logiciel est ouvert (numworks.com, code source sur GitHub), et la publie gratuitement en application pour téléphone et tablette. Il ne lui manque, hors de la calculatrice, que le mode examen.

La calculatrice NumWorks affichée en application sur un téléphone tenu en main
La calculatrice NumWorks, en application gratuite sur téléphone. Photo : © NumWorks.

Au collège comme au lycée, les élèves arrivent avec leur téléphone dans le sac. Son usage est interdit pendant les cours, mais la loi réserve les usages pédagogiques prévus par le règlement intérieur : à la demande du professeur, il sort du sac le temps de lancer l’application de calculatrice. Et pour les familles qui préfèrent que leur enfant n’ait pas de téléphone, il reste une calculatrice conçue en France.

Nos quatre mesures

  1. Reconnaître l’équivalence fonctionnelle : autoriser aux examens une fonction, le calcul hors connexion en mode examen, et non un objet.
  2. Publier un référentiel « Calcul Examen » libre et auditable, ouvert à tous les constructeurs, y compris les actuels.
  3. Des listes qui prescrivent une fonction, jamais une marque : en priorité l’application en mode examen sur l’appareil déjà possédé ; sinon, des critères que remplit déjà un constructeur français.
  4. Organiser le réemploi avant d’organiser l’achat : une bourse des calculatrices, collectées en juin et redistribuées en septembre.

Les deux dernières ne coûtent rien et peuvent s’appliquer dès la prochaine rentrée.

Pour aller plus loin

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Sources

  • Élysée Conseils, Calculatrices scolaires, document de travail, septembre 2026 : chiffrage, hypothèses et note de méthode.
  • Ministère de l’Éducation nationale, effectifs de la rentrée 2026 (5 583 500 élèves du second degré).
  • Eurostat, statistiques de l’enseignement secondaire : 37,4 millions d’élèves du secondaire dans l’Union en 2023.
  • Circulaire n° 2015-178 du 1er octobre 2015 et arrêté du 6 juillet 2021 : mode examen des calculatrices, applicable depuis la session 2020.
  • NumWorks, fiche technique et application gratuite pour téléphone et tablette.

Philippe Agnelli · Élysée Conseils

AvertissementLes informations, chiffres et raisonnements contenus dans cet article dépendent des conditions économiques, environnementales et sociétales actuelles. Ils sont susceptibles d’évoluer avec elles. Les propositions formulées ici s’entendent dans le cadre de ces conditions, à la date de publication.

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